Philippe de Cholet Président Matignon Finances : "Il faut rester investi sur les actions".
Stratégie et perspectives 2015 sur les marchés

2 juin 2015 13 h 33 min
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Actualités économique et financière, revue de détails des marchés (Wall Street, Zone euro, émergents…).

Mon invité pour parler de la stratégie d’investissement et les perspectives est Philippe de Cholet Président Matignon Finances 

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Philippe de Cholet, bonjour. Vous êtes le président de Matignon Finance. On va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés. Comment vous regardez ce qui s’est passé au cours des dernières semaines ? On va dire que la plupart des investisseurs étaient largement favorables au marché Actions et puis on avait cette réaction sur les marchés obligataires, est-ce qu’elle vous a inquiété sur les marchés ou elle vous a semblé normale ?

Philippe de Cholet, Président de Matignon Finance : Elle pouvait se comprendre du fait quand même des tensions inflationnistes qui pouvaient réapparaître ici et là, mais heureusement, je pense que les investisseurs ont vite compris que la tendance de fond n’était quand même pas remise en cause. La seule chose qui aujourd’hui pourrait effectivement peser sur les marchés, à mon sens, serait une remontée plus rapide que prévu des taux d’intérêt aux États-Unis. Pour le moment, cette perspective s’est un peu éloignée, bien que Madame Yellen ait annoncé clairement qu’il y aurait sans doute cette année, à la fin de cette année, une première phase dans cette remontée des taux, mais elle me semble assez largement anticipée et ne devrait pas être de nature à remettre en cause la tendance haussière des marchés.

Web TV www.labourseetlavie.com : C’est-à-dire que l’on a toujours en tête le scénario de 1994, peu favorable effectivement pour les marchés, vous êtes de ceux qui pensent que l’on n’est pas dans ce même cadre et que l’on n’aura pas forcément de reproduction à l’identique de ce qui s’est passé en 94 ?

Philippe de Cholet, Président de Matignon Finance : Oui, je pense que le cycle ne sera pas le même. D’abord, les données quand même ont changé. Je pense que le monde occidental est maintenant, j’allais dire, inscrit dans une politique de taux bas qui est en fait la résultante de cette politique monétariste qui avait été mise en place dans les années 80 par toute l’école de Milton Friedman, l’école monétariste, et que l’on n’en est pas sorti du tout, du tout, du tout, surtout en plus avec une Banque centrale européenne qui est quand même sous contrôle allemand, pour qui l’inflation reste l’ennemi. Donc je ne vois pas aujourd’hui, dans le monde occidental, une remontée des taux qui soit brutale et violente, susceptible donc de remettre en cause ce qui est fondamentalement favorable aux marchés et en particulier au marché Actions. Le coût de l’argent aujourd’hui n’est pas très cher et donc les seuls actifs qui rapportent encore quelque chose, ce sont les actifs risqués, donc les actions.

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté de l’Europe, de la Banque centrale européenne, on avait effectivement vu que le quantitative easing avait été bien mis en place, qu’il avait très bien fonctionné, on avait peut-être en tête qu’il allait être plus court que ce qui avait été anticipé, et puis on avait eu un des membres de la BCE dire « En mai, juin, la BCE sera là », est-ce qu’il y a eu, je dirais, des interprétations différentes de ce qui s’est dit du côté de la Banque centrale européenne ?

Philippe de Cholet, Président de Matignon Finance : Je pense que, de toute façon, il est toujours un petit peu difficile d’anticiper ce que peut être la demande des banques en Europe, d’abord parce que d’un pays à l’autre, la situation varie quand même beaucoup, et je crois que la BCE a eu la sagesse d’étendre son plan jusqu’au mois de septembre 2016, donc se donnait quand même une grande latitude. Et, dans l’état actuel des choses, oui, on peut quand même considérer qu’elle a ramené la confiance, en tout cas celle des investisseurs. À elle maintenant de montrer, par ce biais-là, qu’elle participe à la reprise de la croissance, et là, c’est un débat qui est assez compliqué. On n’a pas encore beaucoup de recul pour être absolument certain de ce que l’on affirme lorsque l’on dit que oui, le quantitative easing contribue directement à la reprise de la croissance. On le pense mais il est difficile de le mesurer très précisément. Ce que je vois aujourd’hui, en tout cas, c’est que les indices européens sont plutôt quand même en voie d’amélioration et que tout indique que, dans un contexte de taux bas, les marchés Actions soient encore durablement, je pense, bien orientés.

Web TV www.labourseetlavie.com : Dans ce contexte-là, on peut dire que c’est peut-être de plus en plus compliqué d’investir justement sur ces marchés Actions puisque il y a certains secteurs, certains pans de la côte qui ont fait de tels parcours que pour les investisseurs, ce n’est pas forcément évident d’y aller ?

Philippe de Cholet, Président de Matignon Finance : Non, c’est vrai, c’est pour ça que c’est important quand même d’avoir une approche assez sélective. Dans les marchés européens, il y en a manifestement qui sont encore un peu à la traîne. Je pense à l’Espagne en particulier. C’est vrai que l’Espagne vient de subir le contrecoup des élections politiques qui sont peu favorables à la poursuite d’une politique d’austérité, mais néanmoins, quand même, la croissance espagnole est bien repartie. Il n’y aurait pas de raison que le marché ibérique ne rattrape pas son retard par rapport notamment au marché italien. Mais même le marché français n’est pas aujourd’hui survalorisé. Il y a encore de nombreuses opportunités. Mais je pense qu’il convient plutôt de procéder par approche thématique ou sectorielle que de prendre le marché dans son ensemble. Si on raisonne en termes d’approche sectorielle, vous avez quand même des thèmes encore porteurs, les financières qui, à mon avis, n’ont pas encore totalement rattrapé leur retard, surtout si on se reporte au niveau d’avant la crise financière de 2008. En termes de ratios boursiers, les banques ne sont pas encore excessivement payées aujourd’hui. Vous avez les utilities qui amorcent quand même un redressement significatif, lié à tout ce repositionnement de ces groupes depuis maintenant presque cinq ans, Veolia, Gaz de France GDF Suez. Donc là, il y aura mon avis aussi un potentiel encore non négligeable. Et puis, si reprise il y a, toutes les valeurs cycliques en profiteront. On commence à le voir déjà mais cela devrait être encore sans doute plus significatif, auquel cas l’automobile, malgré le rallye de ces derniers mois, peut-être n’est pas encore terminé. On peut tout à fait imaginer Peugeot à 24 – 25 €, n’oublions pas que l’on vient de plus de 40 €. Donc il y a encore d’opportunités à saisir sur les marchés européens.

Web TV www.labourseetlavie.com : Si on regarde plus loin c’est-à-dire du côté des pays émergents, on voyait que la Chine effectivement, la croissance était plus faible, qu’il y avait un peu plus de questions sur la Chine, les marchés émergents, avec ce qui s’est passé également sur le pétrole, sur le dollar, on a vu que les investisseurs les avaient mis un peu de côté, est-ce que l’on y revient et par quels moyens ?

Philippe de Cholet, Président de Matignon Finance : Là aussi, je pense que, lorsque l’on parle de marchés émergents, il faut être sélectif. Il y a des zones, à mon avis, qu’il vaut mieux éviter en ce moment, je pense en particulier à l’Amérique latine qui est empêtrée dans des problèmes structurels assez sérieux et cela pénalise la croissance de ces pays. Je pense en particulier au Brésil qui a une croissance aujourd’hui quasiment flat. Mieux vaut rester quand même sur les zones de croissance, en particulier l’Asie du Sud-Est, et en particulier le Japon qui a très bien géré pour le moment sa politique aussi de yen bas, avec une vraie cohérence entre l’action politique et la mise en œuvre d’une politique donc de création monétaire par la banque du Japon. Et vous avez aussi en Chine quand même, malgré certes une décélération de la croissance, une politique de repositionnement du modèle économique, donc plutôt axée sur la consommation intérieure, contrairement à ce qui avait été le cas ces dernières années. Cela pèsera sans doute, les autorités chinoises l’ont déjà annoncé, mais ils le font avec beaucoup de doigté, comme toujours, et je pense qu’en Chine on est loin, très loin d’avoir encore épuisé le potentiel de hausse, malgré le rallye de ces six, douze derniers mois qui, il est vrai, est impressionnant.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui parce qu’on a parlé de bulle chinoise, clairement.

Philippe de Cholet, Président de Matignon Finance : Absolument, oui, tout à fait. Les Chinois de toute façon sont de grands joueurs et c’est vrai que, de temps en temps, le gouvernement est obligé de resserrer un peu la vis pour éviter que la machine ne s’emballe. Mais fondamentalement, je pense que la machine économique chinoise tourne encore à plein régime et que le repositionnement d’un modèle, cela se fait toujours dans la durée, c’est parfois un peu douloureux, les besoins sont encore immenses, et puis l’émergence d’une classe moyenne chinoise importante devrait contribuer à ce maintien d’une croissance élevée.

Web TV www.labourseetlavie.com : Le mot de la fin, donc clairement on reste encore sur les actions, mais en étant peut-être un peu plus… allant chercher peut-être valeur par valeur, un peu plus loin que… ?

Philippe de Cholet, Président de Matignon Finance : Oui, ce sera sans doute le grand retour du stop-picking lorsque les indices comme cela ont progressé de 20 à 30 %, il convient d’être plus sélectif, mais je pense qu’il faut rester investi sur les actions, oui, clairement.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Philippe de Cholet d’avoir été avec nous.

Philippe de Cholet, Président de Matignon Finance : Au revoir.

 

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