La bataille entre Jérôme Powell et Donald Trump.
L'enjeu est considérable pour les marchés financiers et l'économie mondiale
« L’info éco + » cette semaine avec les thèmes suivants :
Au cours des dernières semaines, le sujet Groenland a occupé les esprits avec les déclarations de Donald Trump, mais nous parlez ce matin de la bataille en cours entre Jérôme Powell, Gouverneur de la Banque centrale et Donald Trump, pourquoi est-elle importante ?
Parce que c’est une première dans l’Histoire des Etats-Unis, quand un haut responsable institutionnel américain, engage publiquement un rapport de force avec le Président des Etats-Unis. C’est le NY Times qui avait révélé le fait que le bureau du procureur fédéral du district de Columbia avait signifié une assignation à comparaître devant un grand jury au président de la Réserve fédérale, Jérome Powell, avec des menaces de poursuites pénales pour la rénovation d’un bâtiment historique. Et ce qui est clé c’est que Jérome Powell a réagi immédiatement à la parution de l’article du New York Times concernant l’enquête. Au lieu de publier un communiqué de presse, il a enregistré une vidéo qui est désormais virale. Plus de 80 millions de vues, c’est bcp + que les vidéos de Lady Gaga ! « J’ai un profond respect pour l’État de droit et la responsabilité dans notre démocratie. Personne, et certainement pas le président de la Réserve fédérale, n’est au-dessus des lois. Mais cette action sans précédent doit être replacée dans le contexte plus large des menaces et des pressions constantes exercées par l’administration ». On le sait depuis le début de son mandat, Donald Trump fait pression sur la FED (Réserve Fédérale) pour demander des baisses de taux d’intérêt agressives. La Fed a bien abaissé ses taux à trois reprises l’an dernier, principalement sous l’impulsion de Powell.
Dans ce contexte, cette action judiciaire apparait comme une escalade qui vise à remettre en cause l’indépendance de la banque centrale face au pouvoir exécutif. La Fed qui est en charge de la stabilité des prix et le plein emploi. Powell a toujours insisté sur le fait que la politique monétaire de la banque centrale repose sur la conjoncture économique, et non sur des préférences politiques. Cette dernière escalade a pris les analystes au dépourvu car Powell avait joué un rôle clé dans la baisse des taux d’intérêt lors des trois dernières réunions de la Fed. Le mandat de Powell à la présidence expire le 15 mai 2026. Cette bataille en cours pourrait avoir à terme de lourdes conséquences sur les marchés financiers
Les politiques « imprévisibles » de Donald Trump ont d’ailleurs incité le géant obligataire Pimco à diversifier ses investissements en s’éloignant des actifs américains. Dan Ivascyn, directeur des investissements de Pimco , a déclaré au Financial Times que le gestionnaire de fonds de 2 200 milliards de dollars « diversifiait » ses portefeuilles face aux politiques changeantes du président américain, qui ont provoqué des flambées de volatilité sur les marchés. « Il est important de comprendre que cette administration est assez imprévisible », dit-il. « Que faisons-nous pour y remédier ? Nous diversifions nos investissements… Nous pensons être entrés dans une période pluriannuelle de diversification de nos actifs, en nous éloignant des États-Unis. »
Une nouveauté en Europe le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières parfois appelé taxe « carbone » va avoir des conséquences économiques
Le Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières (MACF ou CBAM en anglais) impose aux importateurs de déclarer la quantité d’émissions importées dans les produits étrangers. Et de payer le prix carbone européen pour ces émissions. l’instrument va soumettre le fer et l’acier, le ciment, l’engrais, l’aluminium, l’électricité et l’hydrogène à un surcoût pour les importateurs lors du franchissement des frontières européennes L’Europe impose donc ses normes et ses prix à une partie du commerce mondial.
Cela va concerner des dizaines de milliers d’importateurs et plus de 150 millions de tonnes de marchandises par an, soit près de 200 Mt de CO₂. Et dès 2028, des produits transformés seront également inclus : pièces automobiles, électroménager, équipements industriels.
Comme toujours lors de ce genre de mesure, c’est de savoir si elles seront efficaces et si l’Europe en bénéficiera à la fin, l’objectif est de protéger son industrie face aux importations bon marché, et réduire sa dépendance énergétique ou géopolitique. L’Europe a des armes, elle doit juste faire aussi bien que les Etats-Unis ou la Chine qui contrairement à certains idées reçues ne sont pas si libérales que l’on pense en matière économique.
Didier, dans ce contexte économique compliqué, que disent les chefs d’entreprises que vous avez rencontré ?
C’est je crois un message rassurant, car effectivement eux sont confrontés chaque jour à cette volatilité, ces incertitudes économiques ou géopolitiques quotidiennes. J’ai vu 18 entreprises lors d’un évènement organisé par Oddo BHF à Lyon, qui représentent plus de 52 milliards de capitalisation boursière, donc du lourd. Secteurs représentés : conseils aux entreprises, Défense, divertissement, immobilier, logiciels, distribution colis, services, aéronautique, energie, évènementiel, réassurances, biotech, digital, cimentiers. Et si je me réfère à leurs projets 2026, ils avancent. Des PME et des ETI, et une entreprise du CAC40. Nous sommes loin du pessimisme ambiant si on les écoute, je cite « on a une très forte visibilité sur toute notre activité récurrente, on est très positif sur notre année 2026, sur l’aéronautique on est sur une dynamique forte. Je suis sûr que 2026 sera un grand cru m’a dit un autre. Bref, dans ce monde agité, complexe, on peut le dire, des entreprises françaises ont des atouts, un savoir-faire, ce n’est jamais facile, mais à ceux qui nous écoutent je dirais que parmi ces entreprises certaines ont déjà traversé des crises mondiales 2007/2008, où la crise internet pour ne citer que ses deux-là, et elles ont su trouver les ressources pour avancer, grandir, se développer dans le monde. C’est plutôt rassurant et je voulais le partager avec vous ce matin.
Didier, l’annonce de cette semaine choc, vient d’Allemagne sur le nucléaire
Friedrich Merz l’a tout simplement admis : abandonner le nucléaire était « une grave erreur stratégique » et l’Allemagne mène la transition énergétique la plus coûteuse au monde. « Il y a au moins trois ans, nous avons dû laisser les dernières centrales nucléaires allemandes sur le réseau afin de conserver au moins les capacités de production d’électricité dont nous disposions à l’époque. » Nous avons hérité d’une situation que nous devons maintenant corriger. Mais nous n’avons tout simplement pas assez de capacités de production d’énergie. À ceux qui en France pendant des années ont poussé les Gouvernements pour qu’on réduise le nombre de nos centrales, vous avez eu tout faux ! De là à ce qu’ils reconnaissent leurs erreurs, il ne faut pas rêver !













