Nicolas Chéron Stratégiste CMC Markets : "Il ne faut pas se précipiter trop rapidement sur les marchés émergents".
Stratégie d'investissement et perspectives

20 novembre 2015 14 h 11 min
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Tv Bourse : Retour sur l’actualité économique et financière après les dernières publications de la Réserve Fédérale américaine.

Une hausse des taux qui semble désormais se confirmer. Avec toujours le même impact pour les marchés ?

Comment doit évoluer la stratégie d’investissement dans ce nouvele environnement alors que la Banque Centrale européenne, elle, risque d’accentuer le volume de son « Quantitative Easing ». Et quels risques ou opportunités sur les pays émergents ?

Mon invité est Nicolas Chéron Stratégiste CMC Markets. 

Web TV www.labourseetlavie.com : Nicolas Chéron, bonjour.

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : Bonjour.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes stratégiste chez CMC Markets. On va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés. L’actualité de cette semaine, c’est bien entendu la Réserve Fédéral américaine. Est-ce qu’aujourd’hui on peut enfin avoir une certitude sur la hausse des taux aux États-Unis en décembre ?

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : Disons que cette possibilité prend du galon. Nous avons vu les taux à deux ans aux États-Unis inscrire des nouveaux plus hauts de cinq ans, ce qui montre bien qu’il y a une volonté là des marchés d’aller de l’avant vers ce changement de politique. On peut regarder aussi les FED funds qui sont passés de 68 % à 72 %. Donc certes, il y a une augmentation de la probabilité de cette hausse de taux, mais elle n’est pas beaucoup plus forte qu’elle ne l’était déjà. On a quand même l’impression qu’en décembre, la FED va se mouiller et va enfin monter les taux de 0,25 point de base.

Web TV www.labourseetlavie.com : La vraie question reste la même, c’est-à-dire finalement une petite hausse de taux qui va arriver, donc qui ne change pas fondamentalement le panorama global.

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : C’est là où il y a eu un changement de rhétorique dans les minutes du FOMC d’hier, c’est qu’on nous parle d’une possible hausse de taux unique, seule. Donc en fait, ça pourrait être une hausse de taux accommodante. Vous voyez le paradoxe. La FED et Janet Yellen s’est mouillée au début de l’année 2015 et elle nous a dit « L’économie américaine est en train de se reprendre, on est là dans un cycle de croissance. Nous devons donc monter les taux. Je le ferai en 2015. » Donc, en décembre, plus qu’un changement de politique monétaire. C’est la parole de Janet Yellen qui importe. Et je pense que les États-Unis feront tout pour que la directrice de la Réserve Fédérale américaine garde la tête sur les épaules. Et donc il y a de très grandes chances qu’on ait une hausse de taux de principe.

Web TV www.labourseetlavie.com : Aujourd’hui, on a l’impression côté effectivement investisseurs que désormais c’est acté et il n’y a plus là peut-être les paniques qu’on a pu voir à certaines occasions quand on évoquait ce même sujet.

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : Oui, il y a six – huit mois, une hausse de taux faisait peur aux investisseurs. On disait que les marchés étaient correctement valorisés, voire survalorisés sur certains secteurs. Une hausse de taux mécaniquement rend le l’obligataire plus attractif et donc on peut avoir des sorties sur le marché action. Mais ce qui s’est passé par la suite, cet été, c’était un manque de visibilité de la part de la FED et je crois que c’est vraiment la chose que n’aiment pas les marchés. Si les marchés détestent quelque chose, c’est l’incertitude. Et donc quand Janet Yellen n’était pas certaine de pouvoir monter ou non les taux, là on a vu des dégagements sur le marché action. Et ce qu’on constate aujourd’hui, c’est que les marchés sont contents, soulignent le fait que ça y est, la politique va changer et que la FED a en main toutes les cartes pour pouvoir se faire. Le synonyme, c’est que théoriquement la croissance américaine est là, le chômage est faible et donc nous sommes ancrés dans un cycle positif.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, il y a souvent une traduction une fois qu’on a parlé de cette hausse de taux qui arrive et on peut le lire ici ou là, donc forcément le dollar va monter. Est-ce que c’est le scénario que vous, vous préconisez, derrière cette hausse de taux ?

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : Pas particulièrement et pour de nombreuses raisons. Notamment quand on regarde les dernières hausses de taux de ces 20 dernières années, si on remonte jusque même en 1994, à cette époque-là, la FED avait commencé un cycle de hausse de taux et le dollar n’a fait que se déprécier dans les six et douze mois qui ont suivi. Dans les autres cycles de hausse de taux potentielle, on a vu le dollar consolidé un certain nombre de semaines avant de reprendre le dessus. Et ce matin, nous avons vu le dollar américain consolidé de nouveau parce qu’encore une fois, on ne nous a pas parlé de cycles et de hausses de taux à répétition, mais bien d’une hausse de taux unique. Et en parallèle de cela, fait très intéressant, on nous parle aussi des possibilités qu’aurait la FED en cas d’aggravation de la situation et nous parle alors de taux négatifs. Puisque je crois qu’après le QE 1, 2 et 3, on évite de trop rapidement mettre le QE 4 sur la table, même si – il faut le garder à l’esprit – en 2016, ça pourrait une option au même titre que des hausses de taux supplémentaires.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc, ce n’est pas forcément aussi simple une hausse de taux, hausse de dollar.

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : C’est quelque chose que les marchés ont anticipé. On dit souvent : « On achète la rumeur, on vend la nouvelle. C’est ce qui s’était passé en 1994. À très court terme, c’est ce qui s’est passé ce matin. Donc, il ne faut pas oublier que les marchés sont dans l’anticipation.

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté de l’Europe, la Banque Centrale Européenne, là on sent aussi venir d’autres choses, c’est-à-dire sans doute un élargissement du quantitative easing. C’est un facteur de soutien des marchés action ?

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : Bien évidemment, oui. Là en Europe, nous avons eu des chiffres solides quand même, des chiffres trimestriels remarquables alors qu’aux États-Unis, on était quand même dans le rouge par rapport à l’année dernière. Donc, on a les résultats qui sont en soutient, on a la politique monétaire de la Banque Centrale qui est en soutien, on a un euro faible qui est en soutien pour certaines entreprises et puis on a le pétrole qui reste faible également. Donc, on a comme ça une conjonction de facteurs qui soutiennent le marché européen. On a aussi, je pense, des flux de capitaux qui sont sortis, soit d’un marché chinois où des opérateurs se faisaient un peu peur à cause de la volatilité, soit de marchés américains considérés comme un petit peu surévalués et l’Europe pour l’instant a l’air d’avoir l’attrait pour beaucoup de géants.

Web TV www.labourseetlavie.com : Et ce qui s’est passé sur le plan, la France par exemple, ces attentats terroristes, on a vu des menaces en Allemagne, est-ce que ça, ça a pu créer des inquiétudes et faire que des flux par exemple ne soient pas investis en Europe ou est-ce qu’on n’a rien vu de particulier ?

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : Ce qu’on a pu constater, c’est que les marchés très froidement, lorsqu’on a ouvert à – 2 lundi, ont payé les yeux fermés. C’est-à-dire que déjà, d’une part, j’ai l’impression qu’il y avait un consensus sur le fait qu’on n’allait pas jouer contre l’Europe ni jouer contre la France, que ce soit sur le marché obligataire ou le marché action. Si on regarde historiquement ce qui s’est passé lors d’attentats, on sait que ça a un impact relativement faible sur la croissance et sur les bénéfices des entreprises. On est dans une tendance haussière sur ces marchés. On sait que potentiellement nous allons avoir un petit peu de quantitative easing européen lancé au mois de décembre ou du moins ce sera une piste pour le début de l’année 2016. Donc, j’ai vraiment l’impression que dès le début de la semaine, c’était un petit peu les soldes sur les indices, à – 2 % et preuve en est, nous avons pris pas loin de 5 – 6 % en ligne droite depuis ces fameux supports.

Web TV www.labourseetlavie.com : Et alors d’autres environnements et d’autres marchés, les marchés émergents. Si on a ce scénario de la FED qui commence à relever ses taux, il y avait même des pays émergents qui disaient « Allez-y, parce que… »

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : Oui, comme ça, ce sera fait.

Web TV www.labourseetlavie.com : … ce sera fait. Est-ce qu’aujourd’hui ça redonner peut-être des opportunités d’investissement sur ces marchés ou il y a encore des risques qui font qu’on va être en retrait par rapport à ces marchés ?

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : Il ne faut pas se précipiter trop rapidement, je pense, sur les marchés émergents. Déjà d’une part parce que dans certains pays émergents, ce ne sont pas des problèmes économiques, mais politiques. Je pense notamment à la Turquie, je pense également au Brésil où là les gouvernements sont un petit peu empêtrés dans des crises autres qu’économiques. Et donc, se porter de nouveau trop rapidement sur ces marchés pourrait être dangereux. On a d’autres pays émergents qui sont très dépendants du cours des matières premières. Or, on a constaté que le pétrole, même si au début de l’année 2015, tout le monde nous disait qu’il allait retourner rapidement à 80 ou 100 dollars, eh bien, il continue d’être baissier et sous pression, avec notamment la forte offre de la part des pays du Golfe et puis des États-Unis, ne l’oublions pas. L’or également reste baissier. Donc voilà, ce n’est pas encore des éléments qui jouent, qui plaident pour un point bas sur les pays émergents.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Nicolas Chéron.

Nicolas Chéron – Stratégiste CMC Markets : Merci.

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