Frédéric Rollin Conseiller en Investissements Pictet AM : "S'il y avait Brexit, il faudrait réviser notre vision sur les actions européennes".
Bourse : perspectives dans un nouvel environnement plus incertain

8 juin 2016 9 h 50 min
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Bourse et Marchés : Les investisseurs dans l’expectative et des indices dans le rouge, 2016 n’est pas pour l’instant bien orientée.

Même si une hausse des taux aux Etats-Unis semble acquise, le calendrier est loin d’être aussi sûr.

La Réserve Fédérale américaine pourrait tenir compte de facteurs exogènes comme le #Brexit pour ajuster son calendrier. Et s’il est difficile d’y voir clair dans les sondages, mais le risque est à prendre en compte.

La Banque centrale européenne est elle dans un schéma toujours plus accommodant.

Quid de la croissance en Chine, et des marchés émergents ?

Mon invité pour parler de ces marchés financiers est Frédéric Rollin Conseiller en Investissemtns chez Pictet AM.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Frédéric Rollin, bonjour.

Frédéric Rollin – Conseiller en Investissements Pictet AM : Bonjour.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes conseiller de stratégies et investissements chez Pictet Asset Management. On va parler avec vous de marchés et bien sûr de perspectives. On a un climat quand même un peu compliqué pour les investisseurs, toujours les banques centrales qui sont bien sûr à la manœuvre, mais quand on regarde bien les performances des marchés, on se dit qu’il s’est passé quelque chose effectivement de pas forcément positif. Qu’est-ce qui aujourd’hui bloque sur les marchés ? C’est la croissance, le manque de résultats des entreprises ? Qu’est-ce qui bloque le plus ?

Frédéric Rollin – Conseiller en Investissements Pictet AM : Je crois qu’effectivement, si depuis 12 mois et en tout cas depuis le début de l’année sur les actions européennes, on a des performances en général sur les actions qui sont plutôt médiocres, malgré finalement des banques centrales qui poussent à la hausse, eh bien, c’est principalement pour deux raisons. La première et probablement la plus importante, c’est les déceptions quant aux résultats bénéficiaires des entreprises. Alors, elles ont surpris à la hausse, mais après des révisions à la baisse très très fortes, donc effectivement des résultats des entreprises qui ne suivent pas, je dirais, la politique des banques centrales. Et puis quelques déceptions aussi au niveau de la croissance économique mondiale, avec un ralentissement marqué aux États-Unis au premier trimestre, probablement deux trimestres assez faibles en Europe, donc dans l’ensemble, quelques doutes sur la reprise de la croissance économique.

Web TV www.labourseetlavie.com : On avait quand même, parmi les facteurs positifs, cette baisse des marchés pétroliers, mais si on regarde bien, ça a plutôt inquiété finalement en allant aussi bas les investisseurs. Ça ne les a pas vraiment rassurés.

Frédéric Rollin – Conseiller en Investissements Pictet AM : Alors, il y a toujours deux effets dans une baisse des marchés pétroliers. Le premier effet, c’est celui négatif des entreprises du secteur qui sont toujours des entreprises plus rapides à réagir que le consommateur et qui ont drastiquement diminué leurs investissements, avec en plus des inquiétudes des marchés sur les pays émergents qui dépendent fortement du pétrole. Donc, un premier effet négatif. Et un deuxième effet positif qu’on est quand même en train de voir aujourd’hui, parce que malgré tout effectivement, le consommateur, enfin la consommation en général à travers le monde, est plutôt solide. C’est ça qui tire la croissance et c’est en partie dû, d’une part aux améliorations des conditions de l’emploi dans certains pays et puis d’autre part aussi, à la baisse des prix à la pompe. Donc, c’est quelque chose qu’on voit aujourd’hui, mais qui est évidemment plus diffus et plus long terme, donc un peu moins spectaculaire que la baisse des investissements des entreprises.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, la vraie question effectivement, c’est sur les marchés obligataires, cette période de taux bas très très longue. Est-ce qu’on en sortira vraiment cette année avec la Réserve Fédérale Américaine ? Est-ce qu’il y a encore des doutes ?

Frédéric Rollin – Conseiller en Investissements Pictet AM : Nous, on pense qu’effectivement, sur les taux, il y a vraiment deux régions qui nous intéressent, les États-Unis et l’Europe, et c’est vraiment des régions qui vivent des cycles très différents. Aux États-Unis, nous, on pense que la croissance va repartir. On a des hausses de salaire importantes. On voit une pression à la hausse de l’inflation. Donc, il nous paraît assez naturel que la FED monte ses taux, probablement deux fois cette année. Donc, je dirais que de ce point de vue là, on est un petit peu plus sévère que le marché. En Europe, en revanche, une croissance économique qui a peine à repartir. Elle est là, mais elle peine à repartir. Elle est très récente. Et donc des taux bas à zéro ou même négatifs sur une grande partie des obligations qui sont offertes sur le marché, pour une période très très longue qui se compte en années. Donc, des taux à zéro en Europe pour très très longtemps.

Web TV www.labourseetlavie.com : On se pose beaucoup de questions là-dessus aussi forcément parce qu’on voit déjà des taux à 5 – 7 ans en Allemagne, en France, effectivement déjà négatifs. Pour les investisseurs, ça pose quand même un vrai problème, pour de nombreux investisseurs y compris des investisseurs institutionnels d’ailleurs.

Frédéric Rollin – Conseiller en Investissements Pictet AM : Alors effectivement, le tableau qui est brossé ici, c’est une croissance qui est là, mais qui est quand même relativement modeste en général, des taux très très bas et donc pour l’investisseur, une difficulté à avoir de l’appréciation en capital et une difficulté à avoir du rendement. Donc effectivement, ce n’est pas un moment très facile. Néanmoins, il y a plusieurs choses qui nous paraissent intéressantes. D’abord, il y a certaines obligations qui offrent du rendement et qui sont assez bien disposées pour le contexte actuel, notamment les obligations high yield, donc des entreprises fortement endettées et des obligations des États émergents. Alors, pourquoi les obligations fortement endettées ? Parce qu’on a quand même de la croissance en Europe, pas suffisamment pour que les managements commencent à prendre des risques, mais suffisamment pour qu’ils remboursent la dette. Donc ça, c’est un bon moment pour les obligations qu’on appelle high yield, à haut rendement qui offrent aujourd’hui des niveaux légèrement supérieurs à 4 %. 4 %, ce n’est quand même pas mal, compte tenu d’une inflation aujourd’hui à zéro. Et puis les obligations émergentes, alors là plutôt en dollars ou en euros, parce qu’il s’agit là de la capacité de remboursement des États émergents. Aujourd’hui, ces États ont quelques difficultés économiques, mais qui, pour nous, n’engagent pas un risque de faillite de ces pays. Et donc là, on a des rendements qui sont proches des 6 %, entre 5,5 et 6 %, qui nous paraissent intéressants. Donc, il y a des alternatives sur des classes d’actifs sur lesquels effectivement les investisseurs ont un petit peu moins l’habitude d’aller, mais qui sont néanmoins particulièrement intéressantes.

Web TV www.labourseetlavie.com : Un marché où on voit cette discussion entre banque centrale et puis gouvernement, c’est le Japon où par exemple sur la TVA, peut-être ça va être retardé effectivement, compte tenu du contexte. Le marché japonais, on voit qu’il a réagi quand même nettement à certaines de ces informations. Est-ce qu’il a de l’attrait, ce marché japonais, ou pas ?

Frédéric Rollin – Conseiller en Investissements Pictet AM : Alors effectivement, donc là, on regardait le marché obligataire, mais si maintenant on regarde les marchés actions, nous, il nous paraît que le marché actions américain, même si effectivement la croissance est là, comme la FED monte ses taux et qu’il est cher, ce n’est probablement pas aujourd’hui la meilleure opportunité. Donc nous, on va s’intéresser au marché japonais, au marché européen, pour des raisons finalement, les nouvelles économiques ne sont pas si bonnes que ça, mais ont un gros potentiel d’amélioration. Donc au Japon effectivement, on a eu déjà un report de la TVA. On s’attend, nous, à un package budgétaire probablement relativement important et puis une accentuation de la politique monétaire de la banque centrale. Et en Europe, c’est un petit peu la même chose sur les fondamentaux économiques qui sont quand même un peu meilleurs. Une banque centrale qui va continuer d’appuyer sur l’accélérateur et probablement, on l’a déjà vu cette année, des politiques fiscales qui sont un petit peu plus accommodantes. On l’a vu en Allemagne avec les dépenses pour les migrants, on le voit en France avec notamment les hausses de salaire dans certains secteurs de la fonction publique. On commence à avoir un apport positif de la politique fiscale en Europe, donc finalement un soutien en Europe et au Japon des politiques qui permettront quand même aux entreprises d’afficher des croissances bénéficiaires satisfaisantes.

Web TV www.labourseetlavie.com : En conclusion, les marchés émergents, on a vu les investisseurs forcément sortir au cours des derniers mois. Certains commençaient à y revenir à un certain moment effectivement. Est-ce que c’est encore trop tôt ? Est-ce qu’il y a des choses à faire sur ces marchés émergents ?

Frédéric Rollin – Conseiller en Investissements Pictet AM : Alors nous, on a suivi, je dirais, le pas inverse. On a commencé à investir au début d’année parce que les marchés émergents nous paraissaient particulièrement sous-valorisés. Ils se sont relativement bien tenus par rapport aux marchés développés et aujourd’hui, on a tendance à en sortir. On fait un petit peu l’inverse de ce qui a été fait par d’autres investisseurs. Alors, pourquoi on en sort aujourd’hui ? Parce que, malgré tout, la FED est en train de monter ses taux. Donc ça, ce n’est pas très bon parce qu’il va y avoir des flux qui vont aller vers le dollar et donc qui vont peser sur les marchés émergents et puis parce que le cycle économique qui a commencé à se rétablir en Chine paraît finalement fragile. Il semble que les autorités chinoises soient décidées, au bout du compte, à maintenir finalement une croissance relativement modérée parce qu’ils veulent essayer de dompter aujourd’hui leur croissance de crédit. Donc, on commence à avoir des chiffres en Chine qui sont un petit peu moins bons. Donc, Chine un peu moins bons, FED qui monte ses taux, on ressort momentanément des marchés émergents, même si on sait qu’on va y re-rentrer parce qu’ils sont particulièrement bon marché aujourd’hui.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, il y a un risque qui est apparu aussi et qui apparaît de plus en plus, c’est le risque de sortie, de Brexit, dont on parle là à horizon fin juin. Est-ce que ça, les investisseurs ne l’ont pas sous-estimé ?

Frédéric Rollin – Conseiller en Investissements Pictet AM : Alors, probablement un petit peu sous-estimé. Quand on regarde les probabilités, c’est de l’ordre de 20 % puisque finalement, on se cale sur les seuls qui nous donnent des probabilités, qui sont les bookmakers anglais. Je pense qu’il ne faut pas trop avoir confiance aujourd’hui. Il y a effectivement une assez grande conviction du marché qu’au dernier moment, les électeurs britanniques vont reculer et donc vont préférer, je dirais, un certain conservatisme plutôt que se lancer dans le vide de la sortie de l’Union Européenne. Néanmoins, ce qu’on constate aujourd’hui, c’est que les électeurs ont de moins en moins peur de se jeter dans le vide, en tout cas de la nouveauté. Donc, la probabilité est probablement supérieure à 20 %. Néanmoins, pour nous, elle est largement inférieure à 50 %. Donc, je dirais qu’aujourd’hui, ce n’est pas ce qu’on craint. Si jamais il y avait Brexit, alors effectivement, il faudrait vraiment réviser notre vision, notamment sur les actions européennes parce que ça ouvre la porte effectivement à tous les mouvements politiques anti-européens et ça sera probablement un précédent qui pèsera sur les marchés. Donc, c’est quelque chose qu’on surveille de près, mais nous, on pense quand même que la probabilité d’un Brexit reste très inférieure à 50 % encore aujourd’hui.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Frédéric Rollin.

Frédéric Rollin – Conseiller en Investissements Pictet AM : Merci.

 

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