Laetitia Baldeschi Co-responsable Etudes et Stratégie CPR AM : "Toujours sur le marché européen, avec des couvertures".
Bourse : Perspectives d'investissement, Brexit en vue

18 juin 2016 9 h 59 min
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#Bourse : les investisseurs ont désormais les yeux rivés sur une date, le 23 juin, jour du référendum en Grande-Bretagne pour la sortie ou non de l’Union Européenne. Il y a un an, et même il y a six mois, aucun investisseur n’avait ce sujet en tête. Mais voilà sondage après sondage, un #Brexit est devenu possible avec à la clé son lot d’incertitudes.

Nous parlons de ce sujet et des dernières actualités sur les marchés (Fed, BCE, zone euro, émergents…) avec Laetitia Baldeschi Co-responsable Etudes et Stratégie CPR AM.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Laetitia Baldeschi, bonjour.

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Bonjour.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes co-responsable des études et de la stratégie chez CPR Asset Management. On va parler avec vous de marchés et de perspectives. Il y a un sujet dont on parlait peu il y a quelques mois, mais qui est aujourd’hui au cœur des questions des investisseurs, c’est le Brexit. Clairement, les investisseurs l’avaient mis de côté et puis là, on voit de la volatilité, des craintes. En termes de gestion, comment on se prépare à ce genre d’évènements ?

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Eh bien, on essaye de protéger les portefeuilles pour l’essentiel puisqu’on n’est pas du tout maître de la décision finale qui reviendra au vote des Anglais. Et donc, on protège nos portefeuilles. Nous avons choisi de passer évidemment par des couvertures sur toutes les poches actions et puis de garder quelques protections sur les taux très longs américains, de façon à couvrir tous risques et être prêts à réinvestir évidemment le plus rapidement possible si par chance, si on peut dire, le choix de rester dans l’Union Européenne prévaut à la fin de ce référendum.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a vu tout de même les marchés européens baisser, avant même ce référendum. Est-ce qu’ils ont baissé quelque part suffisamment ? Est-ce qu’ils ont commencé à anticiper parce qu’on a quand même eu des baisses significatives ?

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Oui, on a une baisse significative de 7 – 8 %, là sur les quelques derniers jours. Pour nous, il nous semble qu’il reste une grosse baisse à venir si d’aventure, le Brexit l’emportait. Nous anticipons, dans notre scénario de risque sur le Brexit, une baisse des marchés actions de l’ordre de 12,5 à 15 % sur cet évènement. Bien évidemment, là pour le moment, on a juste des anticipations des craintes. Mais si la décision est avérée, alors le mouvement sur les marchés serait beaucoup plus important.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a même vu certains évoquer de l’équivalent à Lehman Brothers. C’est toujours difficile. On sent qu’on a une période un peu agitée.

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Voilà ! On n’est plus dans cette époque-là. Il y a tout le vécu depuis, mais il est clair, on le voit, le retour sur des valeurs dites de safe haven, vraiment de refuge depuis quelques jours sur les taux longs allemands, américains, sur l’or, c’est vraiment des positions de repli et d’attente. Bien sûr, la réaction des marchés risque d’être importante.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, on a eu aussi bien sûr la Réserve Fédérale Américaine. Là, on pourrait dire que trimestre après trimestre, vous avez fait votre réunion récemment, on recule cette échéance de hausse de taux aux États-Unis.

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Effectivement, nous sommes une des maisons qui avons été le plus agressif en termes de prévisions de hausse de taux américains parce que nous analysons la situation économique et nous interprétons cette situation dans le sens d’une normalisation de la politique monétaire, quelque chose qui serait vraiment une bonne nouvelle, je dirais, pour cette économie américaine. Pour le moment, la décision a été reportée. L’analyse apportée par Mme Yellen dans son communiqué puis dans sa conférence de presse laisse quand même un temps de prudence accrue, plutôt une prudence accrue de l’ensemble des membres du FOMC. C’est d’ailleurs ce qui ressort des dots, ces fameux dots, les prévisions de chacun des membres de ce FOMC. Donc clairement, on prend en compte la situation internationale, les marchés, la volatilité actuelle, les craintes sur le Brexit, les craintes sur la Chine qui reste un sujet, entre autres, d’inquiétude sur le moyen terme et donc la FED est prudente et estime qu’il n’y a pas urgence à monter immédiatement, donc prend son temps pour normaliser. Vraisemblablement, un ou deux mouvements sur la fin de l’année. C’est en tout cas ce que nous anticipons.

Web TV www.labourseetlavie.com : Ce qui fait, quand on regarde les performances, on va avoir des performances sur l’obligataire, encore une année qui va être bonne pour l’obligataire.

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Voilà !

Web TV www.labourseetlavie.com : Une année de plus.

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : De nouveau. Une année de plus. Et pourtant Dieu sait si nous anticipons la fin de ce mouvement depuis longtemps, mais on est à chaque fois un petit peu surpris par l’évolution de ces taux longs.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc là, on est encore un petit peu dans le flou, mais on n’est pas encore sur cette repentification attendue ?

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Pas encore. Alors, si les choses se passent bien, que les Anglais restent dans l’Union Européenne, que la Chine continue de se stabiliser tel qu’on le voit aujourd’hui, que les élections espagnoles se passent à peu près correctement, il nous semble qu’à ce moment-là, on reviendra sur les fondamentaux. Et là, à ce moment-là, peut-être qu’il y aura une réaction des marchés. C’est un des risques que nous avons en tête, un risque obligataire de repricing tout bêtement des taux longs, notamment américains.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui, parce que là, on a vu en Europe. Effectivement l’évènement des derniers jours, c’était le Bund allemand, un Bund à dix ans qui effectivement était passé en territoire négatif. Donc là, on arrive un peu dans des territoires, quand on regarde les trillions, puisqu’on parle de trillions de dollars de taux négatif dans le monde…

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Tout à fait.

Web TV www.labourseetlavie.com : … une période qui est quand même compliquée pour l’investisseur.

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Très compliquée pour l’investisseur, très compliquée pour beaucoup de secteurs, notamment le secteur bancaire, le secteur de l’Asset management. Ça oblige à revoir les modèles et les stratégies d’investissement sur cette période très compliquée.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, on pourrait dire que si ces taux américains remontent un peu plus tardivement dans l’année, est-ce que ça redonne un attrait aux marchés émergents ? Puisqu’on avait souvent en tête, on entendait dire « si on a cette hausse de taux, ça ne va pas être bon pour les marchés émergents », marchés émergents qui ont été largement mis de côté par les investisseurs.

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Moi, j’ai un peu le sentiment que le mouvement a été quand même largement fait depuis mai 2013, puisque la première crainte de remontée de taux date de mai 2013. Depuis, de l’eau a coulé sous les ponts, notamment côté marché actions émergents, on a vu un très fort ajustement à la baisse. Les devises ont très largement aussi corrigé. Donc, il me semble que l’essentiel du mouvement de correction est fait aujourd’hui et qu’il y a un potentiel de rebond de ces marchés. On l’avait vu il y a deux mois, un semblant de redémarrage avec la baisse du dollar. Le fait que Mme Yellen donne un petit peu de temps encore, ça, c’est plutôt positif pour les émergents. Après, dans les émergents, on parle toujours d’une classe d’actifs au sens global. Je crois qu’il va falloir là aussi, dès qu’on aura passé cette période du Brexit, revoir un petit peu les fondamentaux. Il y a des pays qui peuvent très bien s’en sortir, même s’il y a une remontée de taux américaine. Parce que de toute manière, on n’anticipe pas un mouvement très fort. Donc, il y a beaucoup de pays qui n’ont pas besoin de se financer sur les marchés à l’extérieur ou de façon très modérée, qui ne sont pas endettés en dollars. Donc ces pays-là ne devraient pas trop souffrir de cette remontée de taux américaine.

Web TV www.labourseetlavie.com : On parlait des politiques des banques centrales et de la banque centrale américaine. Quand on regarde au Japon, c’est le Premier Ministre, effectivement la politique économique du Premier Ministre. Il y a des doutes maintenant effectivement sur ces effets, ces fameux abenomics qu’on avait beaucoup mis en avant en expliquant que ça allait relancer l’économie japonaise et puis là on a l’impression que ça s’essouffle là aussi.

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Les abenomics, ça reposait sur plusieurs niveaux de réforme. Vous aviez des réformes structurelles de moyen – long terme accompagnées d’effets plus conjoncturels. Et ça, c’était la BOJ qui faisait baisser le yen par sa politique d’expansion quantitative et ça permettait de soutenir l’économie. On a eu les premiers effets. Le problème, c’est que le Japon vit dans un monde qui bouge et est très lié à la conjoncture notamment émergente et asiatique. Donc forcément, avec ce ralentissement qu’on observe surtout depuis l’été 2013 dans les pays émergents, il n’y a pas eu l’accélération de demande extérieure qui aurait permis d’enclencher quelque chose d’un petit peu plus durable pour le Japon. Et puis M. Abe héritait de la décision du gouvernement, prise par le gouvernement précédent, de monter la hausse de TVA. On le voit de nouveau, des Japonais allergiques complètement à la TVA. C’est clair. Donc une demande intérieure qui s’est trouvée complètement anémiée et anesthésiée par cette hausse de TVA. On commence seulement à sortir des effets de la hausse de 2014. Donc l’un des points positifs récents, c’est le report de la troisième hausse de taux de TVA pour le mois d’octobre 2019. Ça laisse un petit peu de temps. Et puis, plus le temps avance, plus on reçoit quand même les effets bénéfiques des réformes structurelles de moyen – long terme de cette économie prise par M. Abe dans le cadre des abenomics. Là, c’est très long encore à venir, mais vous avez une économie japonaise qui ne va pas vite, mais qui va au-dessus de son potentiel. On a comblé « l’outputgap ». Donc clairement, on sort de cette période de déflation. Ce n’est pas encore assez vigoureux, mais il veut relancer la natalité. Un bébé, il faut un certain temps. Et puis il faut l’élever, de façon à ce que… Donc, les effets se verront à moyen terme, mais surement pas demain.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, le mot de la fin sur l’évolution de l’allocation d’actifs. Parce qu’on parlait des marchés actions européens, comment évolue l’allocation d’actifs ?

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Alors, chez CPR, nous avons la gamme croissance, des fonds d’allocation d’actifs plus monde, ce qui nous permet d’aller chercher un petit peu de sources de rendement ailleurs. Alors effectivement, de par notre définition, nous sommes toujours très présents sur le marché américain. On voit que le marché actions américain est plus résilient, résistant, défensif dans ses phases de stress et de retour d’aversion au risque sur les marchés. Donc, on a une part de notre actif qui est investie sur ces marchés actions américains. On est toujours sur le marché européen, même si, comme je vous l’ai dit, on a adopté des couvertures via des options de façon à se protéger à très court terme. Et puis nous avons tenté de nous diversifier un peu. Donc, nous avons pris quelques mines d’or depuis quelques semaines maintenant, quelques mois, ce qui permet d’avoir une diversification et un actif plutôt décorrélé aux marchés actions, ce qui est plutôt intéressant. Et nous avons monté un début de position sur les émergents justement, en actions plutôt côté Asie puisque c’est la zone que nous pensons en potentiel le plus dynamique dans les prochains mois et également une position sur la dette émergente qui offre des rendements encore intéressants.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Laetitia Baldeschi.

Laetitia Baldeschi – Co-responsable Études et Stratégie CPR AM : Merci.

 

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