Frédéric Lasserre Directeur C&M Finance : "Le marché commence à espérer un QE à la chinoise".
Matières premières : la chute des cours du pétrole et les perspectives

14 avril 2015 9 h 25 min
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Comment évolue la tendance de fond sur ce marché qui a fait l’actualité à travers la baisse spectaculaire des prix ?

Nous parlons des ces marchés et des perspectives avec mon invité Frédéric Lasserre Directeur C&M Finance.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Frédéric Lasserre, bonjour. Vous êtes directeur chez CM Finances. On va parler avec vous de matières premières et notamment de pétrole. C’est vrai que l’on a connu des mouvements spectaculaires au cours des derniers mois, qu’elle est un peu votre analyse du moment ? On a l’impression qu’effectivement, pour l’instant, cela devient peut-être un peu plus volatil, sur la tendance de fond ?

Frédéric Lasserre, Président de Belaco Capital : Sur la tendance de fond je pense que, après l’effondrement des cours qui a été expliqué, pas seulement, mais en grande partie par cet afflux de pétrole de schiste en provenance des Etats-Unis, le marché attend de voir si la baisse des prix aura cet effet d’ajustement et donc qui, là, montre quelques signes d’impatience, d’où cette volatilité que vous mentionnez sur la baisse, la réduction de la production américaine de pétrole de schiste qui, pour l’instant, se fait attendre, c’est normal, la baisse est relativement récente, il y a un effet d’inertie tout à fait compréhensible lié à la nature même de cette industrie, ce n’est qu’à partir de la fin de l’année que l’on devrait assister à cette baisse tant attendue de la production américaine.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il faut peut-être rappeler que, justement, ce gaz, il y avait des coûts de production différents du pétrole traditionnel et, à quel moment justement, on va dire, il y avait un vrai sujet pour les Etats-Unis, pour les acteurs en tout cas ?

Frédéric Lasserre, Président de Belaco Capital : Il y a aujourd’hui un grand débat effectivement sur essayer d’estimer, d’évaluer quel est le point mort pour ces producteurs. Est-ce qu’aujourd’hui la baisse des prix est suffisante ? Finalement est-ce que l’on est passé en dessous du seuil de douleur pour ces producteurs indépendants qui va les forcer à réduire leurs investissements ? Il semblerait que ce soit déjà le cas puisque l’on a eu des annonces très fortes, des annonces pour l’instant, de réduction de Capex de l’ordre de 35 à 40 %, ce qui est vraiment très significatif. Encore une fois, cela ne s’est pas encore traduit de façon perceptible sur le terrain par une réduction de la production. Ce que l’on voit en revanche, c’est qu’il y a moins de puits de forages qui ont été commandés, et donc, encore une fois, le processus est engagé, mais le dernier maillon, ce sera effectivement le ralentissement de la production, voire, à terme, une baisse, si les prix restent au niveau actuel.

Web TV www.labourseetlavie.com : On est toujours au niveau global, au niveau mondial, sur une surproduction c’est-à-dire en tout cas par rapport à la demande, que ce soit la demande européenne, demande américaine ?

Frédéric Lasserre, Président de Belaco Capital : Tout à fait, aujourd’hui, en instantané, le marché porte un excédent d’environ 2 millions de barils par jour, donc rapporté à 92, 93 millions de barils par jour pour la demande, donc on est sur 2 %, un peu moins, autour, d’excédents, donc c’est à la fois peu rapporté à la demande, mais c’est beaucoup en fait pour un excédent. Et puis, le marché s’inquiète un peu de la possibilité de voir cet excellent s’accroître, d’une part, on en a parlé, parce que la production américaine ne ralentit toujours pas, et puis le retour de l’Iran, à la suite des négociations qui semblent plutôt bien engagées maintenant, pourrait rajouter un gros million de barils par jour, par-dessus cet excédent, et là le marché devrait encore une fois baisser pour, finalement, intégrer dans les cours l’accroissement de l’excédent.

Web TV www.labourseetlavie.com : On avait eu, au cours des dernières années, la Chine qui était au cœur, je dirais, de la hausse, quand on parlait des cours de pétrole, c’était toujours en suivant la courbe de la croissance chinoise. Aujourd’hui, on a des vraies inquiétudes sur… en tout cas, on voit que le niveau de croissance n’est plus le même, qui, finalement, est à la manœuvre, en quelque sorte, sur ces prix du pétrole ?

Frédéric Lasserre, Président de Belaco Capital : Aujourd’hui, on a un ensemble de facteurs, à la fois fondamentaux, physiques, vous l’avez mentionné, la demande qui a été aussi l’un des éléments qui a expliqué l’ampleur de la correction des cours, en 2014, la demande mondiale a été très faible relativement au PIB mondial, en termes d’élasticité, de rapports de l’un à l’autre, on est sur des niveaux historiquement bas. La météo explique sans doute en partie ce déficit, mais également peut-être une tendance plus profonde de meilleure efficacité énergétique, autrement dit la croissance mondiale est de moins en moins énergivore, y compris en Chine où on voit maintenant une normalisation de la consommation relativement à la croissance économique.

Web TV www.labourseetlavie.com : On voit tous ces conflits au Moyen-Orient, au Proche-Orient, qui auraient pu avoir de l’impact finalement, quand on voit effectivement des pays en proie à la guerre civile complète, des puits de pétroles qui peuvent être attaqués, finalement on n’a pas eu tellement d’effets géopolitiques, on pourrait dire, en tout cas jusqu’à présent ?

Frédéric Lasserre, Président de Belaco Capital : Non, c’est vrai, vous avez raison, la prime de risque traditionnelle géopolitique a été gommée, en quelque sorte, par justement l’excédent d’offres en provenance des Etats-Unis. Donc le marché avait ce sentiment de sécurité en se disant quoi qu’il arrive, même si la Libye est restée absente du marché pendant de longs mois, il y a maintenant un producteur autre que l’Arabie Saoudite capable de faire l’ajustement, d’offrir ce pétrole supplémentaire, donc la prime de risque est restée modeste. Cela pourrait changer si, encore une fois, dans le même temps, on avait un ralentissement de la production américaine et des événements géopolitiques beaucoup plus importants. On voit que dans la région, après la Libye, la Syrie, l’Irak, maintenant l’Arabie Saoudite avec le Yémen, c’est un nouveau sujet d’inquiétude pour le marché.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui, il y a 10 ans de cela ou 15 ans de cela, on aurait parlé du détroit d’Ormuz, de bateaux de guerre dans le détroit d’Ormuz, il y aurait eu un impact effectivement immédiat sur les cours du pétrole, ce n’est plus forcément le cas ?

Frédéric Lasserre, Président de Belaco Capital : Tout à fait, alors là on est de l’autre côté du détroit d’Ormuz, on est plutôt dans le détroit de Bab el-Manded, qui est juste entre le golfe d’Aden et la mer Rouge, mais il y a également des enjeux pétroliers, cela n’est pas un rail aussi important que le détroit d’Ormuz, mais il y a quand même 3,5 millions de barils par jour qui passent là dans les deux sens, en remontant et en descendant, donc effectivement une prise de contrôle de l’ensemble du Yémen par les milices chiites pro-iraniennes, il faut le dire, pourrait porter une certaine menace sur ce détroit qui est critique, et c’est pour cela que l’Arabie Saoudite d’ailleurs est intervenue de façon préventive pour que l’on n’en arrive pas jusqu’à cette extrémité.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a aussi souvent parlé sur ces marchés de cycles pour les matières premières en général en disant que l’on était à la fin d’un cycle, est-ce que l’on a une idée de où on se situe justement par rapport à ce cycle parce qu’il y a souvent des cycles assez longs ?

Frédéric Lasserre, Président de Belaco Capital : Il y a deux visions qui s’opposent. Il y a ceux qui sont les tenants du super cycle en disant que nous faisons une sorte de pause dans le super cycle, qu’il y a une pause de croissance économique au niveau mondial, on l’a vu dans toutes les grandes zones, l’Europe, mais également l’Asie, les grands émergents sont un petit peu en panne de croissance, ils cherchent des relais pour relancer leur croissance. Et puis il y a ceux qui disent que, finalement, cela n’était pas un super cycle, que l’on a connu un cycle un peu plus fort que les autres et que nous sommes dans la phase de normalisation. On a réinvesti dans des capacités de production et où maintenant on reporte de nouveau un excédent global, en dehors du cadre du pétrole même, d’excédents de production dans les métaux, dans l’énergie, à certains égards sur certains produits agricoles également, donc on est dans la phase descendante ou d’amortisation plutôt des investissements déjà consentis dans la phase précédente.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui parce que on regardait souvent sur ces métaux que vous évoquez des signaux pour voir si la croissance chinoise allait repartir ou pas, quand on voit les graphiques aujourd’hui, on se pose pas mal de questions, vu les niveaux atteints ?

Frédéric Lasserre, Président de Belaco Capital : Oui, alors la croissance chinoise est un peu dans cette situation de croissance faible, relativement à la taille du pays, 7 %, tout le monde s’en contenterait, pour les Chinois, c’est maintenant un peu la limite basse. Il ne faudrait pas que cela descende plus bas, sinon cela pourrait s’appeler une récession, même à 5 % de croissance nominale. En revanche, c’est vrai qu’aujourd’hui le marché commence à espérer et à lire, dans les communications de la banque centrale chinoise et des autorités, la possibilité d’aller vers un QE à la chinoise, ce qui ouvrirait les espoirs de voir effectivement l’investissement, la consommation repartir en Chine, et qui donnerait un coup de fouet au marché des matières premières, en particulier les métaux, qui, on le sait, sont encore plus que le pétrole sensibles à la demande chinoise.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Frédéric Lasserre d’avoir fait le point avec nous.

Frédéric Lasserre, Président de Belaco Capital : Merci.

 

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