Robert de Vogüé Président Arkeon Finance : "Le PEA-PME c'est l'impossibilité absolue de se prémunir contre un risque de marché".
Financement PEA PME : le compte n'y est pas

14 octobre 2014 16 h 12 min
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Financement PEA PME : le compte n’y est pas

L’écosystème n’est pas là me dit Robert de Vogüé Président Arkeon Finance qui avait déjà alerté sur le manque de flux sur le PEA-PME, confirmé par une nouvelle étude : http://www.labourseetlavie.com/actualites/arkeon-finance-etat-des-lieux-de-la-collecte-et-des-performances-des-fonds-pea-pme,28848.html

Le débat ne fait que commencer sur l’évolution de ce produit qui visiblement ne répond pas aux attentes, et derrière une nouvelle fois, la question du financement des PME !

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Robert de Vogüé, bonjour. Vous êtes président d’Arkéon. On va parler avec vous de PME et de financement de PME. On avait évoqué le sujet ensemble il y a quelques mois maintenant. Vous aviez, vous, plutôt alerté finalement sur le fait que ce nouveau véhicule PEA PME ne fonctionnait pas, il n’y avait pas les souscriptions attendues. Avec ce premier bilan, est-ce que vous avez une idée de pourquoi cela n’a pas marché ?

Robert de Vogüé, Président d’Arkéon : Il y a plusieurs raisons à cela. La première raison, c’est parce qu’effectivement le produit qui a été mis en place, son écosystème n’est pas prêt, son écosystème n’est pas prêt. C’est un produit qui porte des péchés mortels presque, en particulier l’impossibilité absolue de pouvoir se protéger contre un risque de marché. On l’a bien vu au mois de juillet et au mois d’août lorsque les marchés ont beaucoup baissé, -11 % de performances sur les fonds PEA PME, et absolument aucune manière pour un gestionnaire de fonds aujourd’hui de se protéger. Pourquoi ? Parce que il a l’obligation d’être investi au minimum à 50 % d’actions éligibles, et pour le reste des 50 %, éventuellement en obligations, mais on a un produit hybride c’est-à-dire que les marchés montent si l’’allocation d’actifs a été mal faite, on n’est pas performant, les marchés baissent, alors là on est pris dedans c’est-à-dire qu’il n’y a aucun moyen de se protéger. Donc ça, c’est à mon sens une des grosses raisons de cette impossibilité d’attirer ou de mobiliser. La deuxième chose, c’est qu’aujourd’hui rien n’empêche un fonds PEA de faire tout ce qu’il est possible de faire dans un fonds PEA PME, autrement dit tous les titres éligibles au PEA PME sont éligibles au PEA. Donc on s’aperçoit qu’effectivement on n’a pas d’élément de différenciation entre le PEA et le PEA PME au moment où justement on a élevé les plafonds du PEA et que donc la première réaction d’un certain nombre d’investisseurs, c’est d’essayer de compléter leurs fonds PEA avant d’aller mettre des… d’ouvrir un compte PEA PME.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc quelque part le produit ne répondait pas véritablement à cette attente. Il y a quand même derrière le financement des PME, donc ce n’était pas non plus neutre, c’était important ce sujet-là ?

Robert de Vogüé, Président d’Arkéon : Alors il y a une attente, elle existe toujours, mais comme je le disais tout à l’heure, l’écosystème n’est pas là, donc aujourd’hui on n’est pas en confiance. L’investisseur n’est pas en confiance, le gestionnaire a un produit hybride qui ne répond à rien du tout. Donc il y a effectivement des ajustements à faire. Donc je pense que l’on est en bonne voie pour les réaliser et on a effectivement des idées sur ce que l’on pourrait faire pour faire évoluer les choses.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a vu aussi sur des fonds finalement les gestionnaires, ce qui est logique, aller choisir des sociétés de taille intermédiaire, donc on va dire les grandes mid cap ou les grandes small cap, si l’on veut, quelque part pour ces questions justement de liquidité et de protection ?

Robert de Vogüé, Président d’Arkéon : Cela a été une surprise, parce que ça, on ne s’y attendait absolument pas. On s’attendait à un effet de ruissellement. On s’était dit : « les investisseurs dans un premier temps vont se précipiter, les gestionnaires professionnels ou les particuliers vont se précipiter sur les sociétés les plus connues, donc les plus liquides, celles dont les capitalisations seront les plus importantes. » Et on s’était dit une fois que ces sociétés auront trouvé des valorisations, je dirais, généreuses, immédiatement il y aura un effet de ruissellement et que petit à petit on descendra sur les sociétés moins capitalisées ou en tout cas de moins grande taille et on ira vers les sociétés d’Alternext. Pas du tout, pas du tout. Nos gestionnaires, une fois qu’ils ont eu fait le plein des valeurs françaises, sont allés regarder ailleurs, et en particulier en Allemagne, des sociétés qui répondaient aux critères d’éligibilité du PEA PME, même d’une manière complètement moutonnière c’est-à-dire que l’on retrouve dans le les portefeuilles des fonds éligibles au PEA PME, des sociétés qui ont fait un déjeuner ou une présentation à Paris et tout le monde s’est précipité dessus. C’est un peu à la limite, c’est caricatural mais on est dans la limite du système.

Web TV www.labourseetlavie.com : On peut dire que l’on a été européen mais ce n’était pas forcément ce qu’avait en tête Bercy au départ.

Robert de Vogüé, Président d’Arkéon : Exactement, ce n’était pas du tout ce qu’avait Bercy, et c’est vrai que c’est très difficile d’obliger à des quotas de valeurs françaises aujourd’hui.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous parliez justement de protection. Aujourd’hui clairement on n’a pas cette protection. Est-ce que vous imaginez justement comme type de protection ? Est-ce que c’est juste dans le contenu du portefeuille, dans les outils que l’on va pouvoir utiliser dans ce véhicule-là ?

Robert de Vogüé, Président d’Arkéon : Sur les outils on est très limité puisque, dans le cadre du PEA, on a accès à toutes les grandes capitalisations bien évidemment. Dans les grandes capitalisations on a tous les produits de couverture de risque avec des couvertures sur indice, des couvertures sur certains titres, donc le gestionnaire est complètement équipé. Aujourd’hui 22 % des fonds PEA sont des fonds qui sont soit… qui visent à fond ces couvertures, soit pour faire de la flexibilité, c’est-à-dire que je fais varier mon risque actions de 0 à 100 %, soit pour aller de même sur des fonds qui sont définitivement organisés pour ne pas provoquer ou exposer au risque le fonds de trésorerie PEA. Sur les sociétés éligibles au PEA PME, on est sur des capitalisations qui sont inférieures à 1,5 milliards d’euros, et bien évidemment il n’existe aucune couverture, couverture sur indice il n’y a rien, couverture sur action il n’y a rien. Donc il faut trouver, je dirais, un élément de couverture naturelle. Cet élément de couverture, on le connaît, ce sont les obligations convertibles qui avaient d’ailleurs été évoquées dans le projet initial du PEA PME et qui aujourd’hui ne sont pas autorisées dans le PEA PME. Alors, ces obligations convertibles permettraient d’avoir des fonds qui pourraient être complètement investis en obligations convertibles avec un risque moins élevé, je ne dis pas « pas de risque » parce qu’effectivement on a deux risques qui subsistent, il y a le risque de l’émetteur bien sûr, et puis le risque de liquidité, Didier, que vous avez évoqué tout à l’heure, d’une manière générale sur l’ensemble des sociétés petites et moyennes. Mais en laissant ces obligations convertibles accessibles sans réserve et sans limite à des fonds, non pas directes à des particuliers, on aurait effectivement un véhicule qui pourrait être moins risqué et qui répondrait à la problématique de protection du risque de marché pour l’investisseur.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc là, cette question de sécurisation des portefeuilles quelque part qui est la clé… ?

Robert de Vogüé, Président d’Arkéon : C’est la clé, c’est la clé, et cela répond… Vous savez qu’à l’origine du PEA PME, c’était financer les entreprises petites et moyennes qui ont moins de facilités ou moins d’accès, je dirais, à des financements de grosses entreprises. Donc il est évident qu’aujourd’hui, si on regarde le gisement des sociétés petites et moyennes et les émissions obligataires attachées à ces sociétés, on s’aperçoit aujourd’hui que 2 % des sociétés, donc les plus grosses, les Maurel et Prom, les Solocal et d’autres, représentent… 2 % des sociétés cotées, représentent 80 % de l’encours des obligations émises par ce gisement de sociétés. Et en dessous de 250 millions d’euros de capitalisation, vous avez 0. Alors il y a eu quelques tentatives, mais qui sont très modestes. Le gisement global fait 4 milliards d’euros. Si on prend une initiative excellente mais qui reste limitée, ce seront les fameux fonds Mikado, Mikado, c’est 100 millions d’euros, à comparer avec 4 milliards d’euros, donc cela ne répond pas au sujet. Donc effectivement ces sociétés sont également très intéressées à émettre des obligations convertibles, pourquoi ? Didier, vous êtes dirigeant d’une société cotée sur le PEA PME, vous venez me voir pour faire une augmentation de capital, la première chose que je vais dire, c’est « cours de bourse -30 %, donc on va faire une décote ». Si j’émets une obligation convertible, elle peut se convertir en actions, mais j’aurais une prime de conversion, donc par rapport au cours de bourse aujourd’hui, si je fais une augmentation de capital, je suis à -30 %, donc c’est très dilutif si, Didier, vous détenez mettons 20 ou 30 % du capital de votre entreprise. En revanche, avec une obligation convertible, vous allez avoir une émission d’actions avec une prime de 30 % ou plus ou moins par rapport au cours de bourse, et donc quelque part on aura écrasé votre dilution de 60 %, -30, +30.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc c’est un sujet effectivement qu’il va falloir traiter dans les prochains mois. Qu’est-ce que l’on peut faire justement pour relancer la collecte puisque finalement, on l’a dit initialement, cette collecte elle n’est pas là aujourd’hui, il y a ces éléments-là, et qu’est-ce que l’on pourrait faire d’autre ?

Robert de Vogüé, Président d’Arkéon : Sur les obligations convertibles, vous avez un vrai élément de différenciation puisque je vous rappelle que dans les fonds PEA ou dans le PEA vous ne pouvez pas avoir d’obligation du tout, vous n’avez droit à des actions. Alors, on contourne le sujet par les fameux dérivés dont on parlait tout à l’heur. Là, vous auriez un produit, je dirais, moins risqué, vous auriez éventuellement un produit avec du rendement. Bien évidemment, quand une société petite va émettre des obligations convertibles, quelle que soit sa structuration, on peut penser qu’elle va rémunérer l’investisseur. Donc on va faire apparaître une notion de rendement qui sera, je pense, incitative pour les particuliers. Souvenez-vous que sur le PEA, qu’est-ce qui a fait exploser le PEA à son origine, cela a été la possibilité pour les investisseurs de mettre l’emprunt Balladur qui venait d’être émis, c’était quelque mois après la création du PEA, et l’explosion du nombre de… la création d’un nombre extrêmement important de comptes PEA a été fait par des investisseurs pour loger l’emprunt Balladur et s’exonérer de fiscalité sur la rémunération, sur l’intérêt de l’emprunt Balladur. En recréant les obligations convertibles à travers des fonds PEA PME, on aurait probablement, je dirais, le même nombre, le même genre de réaction de la part du public.

Web TV www.labourseetlavie.com : On suivra cela et on en reparlera bien sûr à Bercy. Merci d’avoir été avec nous Robert de Vogüé.

Robert de Vogüé, Président d’Arkéon : Merci Didier.

 

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