Philippe Pouletty Co-fondateur Truffle Capital : "Carmat est un magnifique projet industriel dans la santé".
La société Truffle Capital a été mise en cause par Envoyé Spécial (France 2) au sujet de son investissement dans Carmat

17 septembre 2014 11 h 04 min
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Depuis son introduction en Bourse la Web Tv www.labourseetlavie.com suit la société Carmat.

Le reportage dans Envoyé Spécial sur France 2 a gravement mis en cause la stratégie de l’entreprise Carmat (coeur artificiel) voire sa viabilité.

Pour Philippe Pouletty, « On serait aux Etats-Unis il n’y aurait pas ce type de reportage« ,  il revient sur les accusations avancées par France 2.

« Il faut être prudent, un recul plus long est nécessaire, mais j’ai toujours affirmé ma confiance (NDA pour Carmat) » dit encore Philippe Pouletty.

 

« Un projet d’innovation de rupture(…)c’est une grosse partie des gens qui n’y croient pas » répond Philippe Pouletty ajoutant « cest un projet qui a encore besoin de plusieurs années« .

 

L’interview complète de Philippe Pouletty (Tous droits réservés) :

Web TV www.labourseetlavie.com : Philippe Pouletty, bonjour. Vous êtes cofondateur de Truffle Capital. On va parler avec vous, à la fois de votre métier et puis de votre actualité puisque récemment on a pu voir un reportage sur France2 où on parlait notamment de la société Carmat dans laquelle vous avez investi depuis le début, Carmat qui a lancé ce projet de cœur artificiel dont on va reparler ensemble. Comment vous avez, je dirais, réagi puisque l’on vous avez interrogé dans ce reportage ? On a l’impression qu’aujourd’hui il y a une différence entre finalement ce que dit le financier, ce que vous dites-vous, et peut-être ce que disent les scientifiques. Comment vous avez réagi à cela ?

Philippe Pouletty, cofondateur de Truffle Capital : Avec une certaine distance, mais également un peu de dégoût sur la façon dont l’information est traitée. Carmat, c’est au monde un des plus magnifiques projets industriels dans le domaine de la santé. Cela peut être une révolution pour les malades et il n’y a aucun doute que, dans les 20 années qui viennent, les cœurs artificiels deviendront une banalité parce qu’il n’y a pas assez de transplantations d’organes et parce que les gens ont un cœur qui dysfonctionne très souvent. Alors, sur cette émission, elle était à charge depuis le début avec les méchants financiers, les bons médecins, les petits actionnaires, avec une vision de l’économie qui n’existe pas. Les projets de vaccins, de nouveaux médicaments, de medical device révolutionnaire, cela ne pousse pas sur les arbres. Ce n’est pas les caisses de retraite, la sécurité sociale qui vont les financer. On serait en Californie, jamais il n’y aurait ce type de reportage. Pourquoi ? Parce que les grandes aventures technologiques que  ce soit dans le domaine de la santé, que ce soit dans le domaine High T, c’est financé par le capital-risque, le marché boursier, là-bas, c’est le Nasdaq, et souvent cela donne des très belles entreprises, des Google, des Amgen, Etc.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui, il y avait cette idée peut-être suggérée de conflit d’intérêts, de dire que finalement le financier il a tout intérêt à dire que tout va bien, notamment pour la société  Carmat, et donc finalement rester, rester, continuer à acheter du Carmat ?

Philippe Pouletty, co-fondateur de Truffle Capital : Alors, moi j’ai pris beaucoup de risques avec notre fonds Truffle Capital. En 2008, quand on a créé la société, avec Airbus Groupe, c’était EADS, avec Alain Carpentier et  Truffle, sans Truffle ou sans Airbus ou sans Alain Carpentier, il n’y aurait pas de Carmat. C’est cela le capital-risque, c’est d’abord prendre un gros risque financier sur un projet difficile et lointain. Ensuite l’entreprise a été introduite en 2010 en bourse à un peu plus de 18 €, si ma mémoire est bonne, et donc le titre a été multiplié par quatre ou cinq. Donc, citez moi beaucoup d’entreprises dont le titre a été multiplié par quatre ou cinq en quatre ans. Donc c’est une réussite aussi pour les petits actionnaires qui ont investi en 2010. Alors pour ceux qui visent un rendement immédiat, spéculatif sur un projet technologique, effectivement le titre peut baisser temporairement, monter temporairement, ce n’est pas cela l’investissement dans des projets comme ça, il faut un peu de patience. Alors pour nous, est-ce que l’on dit que tout va bien ? Pas du tout. Moi j’ai été toujours dans ma communication sauf quand on prend des extraits tronqués sans prendre les phrases au total, j’ai  toujours dit qu’il faut être prudent, un patient ce n’est qu’un patient, un recul plus long est nécessaire, mais j’ai aussi toujours affirmé ma confiance parce que avant d’être financier, en fait je ne suis pas financier, je suis médecin entrepreneur depuis 30 ans et je connais très bien le domaine. Vous savez, il n’y a pas que Carmat. Cette semaine j’ai une entreprise dont Truffle  est le premier actionnaire, Symetis,  qui a 15 millions d’euros de chiffre d’affaires sur les valves cardiaques, qui concurrence Metronics et Edwards, les très gros du secteur, avec, Symetis ayant 25 % de parts de marché. On a eu notre société qui s’appelle Vexim qui a fait 6 millions d’euros de chiffre d’affaires avec un implant vertébral. Donc ces sociétés sont plus matures au point de vue commercial que Carmat, mais ce sont aussi des sociétés technologiques, et on sait mieux ce dont on parle que la personne, qui n’a aucune connaissance sur le domaine   des Biotech, des Medtechs, qui a prétendu s’exprimer sur Truffle Capital.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous avez entendu comme moi des médecins, alors parfois à visage caché, mais qui avaient l’air de dire « oui, quand ils parlent de 100 000 malades en Europe… », soit ils se trompent, soit ils sont malhonnêtes quand on entend cela ?

Philippe Pouletty, co-fondateur de Truffle Capital : La réponse est très simple. On n’a jamais parlé de 100 000 malades en Europe, c’est 100 000 malades dans le monde. C’est le marché potentiel total des insuffisances cardiaques bi-ventriculaires qui sont des contre-indications, qui ne peuvent pas recevoir de transplantation, et dont la taille anatomique est compatible avec le cœur artificiel. Mais les gens, pourtant cela s’apprend à l’ESSEC en première année, les gens confondent marché potentiel, prévisions de vente et pénétration du marché. Donc il suffit aux gens de s’informer un peu, de regarder ce qu’écrivent les analystes sur les prévisions de vente de Carmat, c’est-à-dire un tout petit pourcentage de ce marché potentiel total, pour savoir que la société a dit des choses raisonnables.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous avez aussi entendu que moi : « oui, je leur ai dit depuis le début, ce car il est trop gros », ça c’est comme un argument…

Philippe Pouletty, co-fondateur de Truffle Capital : Effectivement, pour faire de la transplantation chez l’enfant d’un cœur artificiel ou chez les femmes petites, cela n’est aujourd’hui pas compatible. Mais les études faites suggèrent qu’environ 70 % des hommes français, cela veut dire un peu plus des grands néerlandais et des américains, sont anatomiquement compatibles. Et d’ailleurs, quand les gens  comparent le poids du cœur Carmat avec un cœur, ils le font avec un cœur sain, donc Carmat c’est 900 g, un cœur sain, c’est 300 g, mais un cœur malade, c’est cela qui est important puisque le cœur artificiel va remplacer un cœur malade, c’est en général autour de 800 g. Donc ceux qui disent « il est trop gros », ils ont raison, cela ne couvrira pas 100 % des besoins immédiatement, mais cela couvrira une grosse partie des besoins. Et puis, comme tout produit médical, il y a des générations futures, certains seront plus petits, etc., mais c’est la même chose quand on développe des implants vertébraux ou des valves.

Web TV www.labourseetlavie.com : Effectivement on a pu entendre certains légalement dire : « finalement il y a 70  patients par an et pas forcément besoin d’un cœur artificiel complet, Carmat ce n’est pas la solution. »

Philippe Pouletty, co-fondateur de Truffle Capital : Mais c’est cela un projet… À quoi on connaît un projet d’innovation de rupture ? C’est que vous avez une partie des gens, en général les mieux informés, les plus visionnaires, les plus expérimentés qui y croient et une grosse partie des gens qui n’y croient pas. Les innovations marginales, tout le monde y croit, tout le monde sait que cela marche. Donc bien sûr… et puis, c’est très franco-français, vous savez, l’auto dénigrement. Mais ce qui est intéressant de voir, c’est qu’aux Etats-Unis les articles dans le World Trade Journal, dans le New York Times, où des médecins américains s’expriment, de voir ce que dit la FDA, ils l’attendent ce cœur artificiel avec grande impatience. Et puis à la fin, ce seront les faits qui démontreront la réalité des choses. Donc moi j’ai confiance dans ce projet. Pourquoi j’ai confiance ? Parce qu’il y a un grand besoin médical, parce que la technologie est formidable, parce que les hommes, Alain Carpentier, le management de Carmat, Jean-Claude Cadudal, Marcello Conviti, Patrick Colombier, etc., sont des gens exceptionnels, parce que la technologie qui a été développée est remarquable. Maintenant c’est un projet qui a encore besoin de plusieurs années.

Web TV www.labourseetlavie.com : On pourrait dire, si on revient à l’aspect financier, votre métier c’est donc d’investir dans ces entreprises-là, d’investir sur beaucoup de projets, et puis de sortir aussi à certaines périodes, et puis là finalement cela vous a été reproché en disant « Finalement, regardez, Truffle Capital est sorti de Carmat, ils ne croient plus au projet. »

Philippe Pouletty, co-fondateur de Truffle Capital : D’abord, vous avez peut-être remarqué que cette dame, qui gère un fonds d’investissement,  elle a dit un mensonge caractérisé, grave, puisque c’est un peu de la manipulation de cour,  de la part d’une spécialiste du monde financier, elle a dit : « Truffle a vendu la moitié de ses actions ». C’est factuellement faux puisque Truffle possède encore 74,3 % de toutes ses actions d’origine de 2008, ce qui est remarquable, parce que la plupart des fonds de capital-risque sortent dans les deux ans qui suivent une introduction en bourse. L’introduction en bourse, elle a eu lieu il y a quatre ans. On aurait pu vendre beaucoup plus. Pourquoi on ne l’a pas fait ? On a vendu, bien sûr, parce que l’on a une obligation réglementaire sur les FCPI qui sont des fonds à vie de 10 ans de vendre les actions des plus vieux fonds. On n’a pas le choix, ce sont des fonds réglementés AMF. Et puis notre métier, c’est de faire gagner de l’argent aux milliers de souscripteurs qui ont investi dans ces FCPI, mais parce que l’on a une grande confiance dans le projet, on a souhaité garder une très grande partie, les trois quarts, de cette position. Alors les gens disent : « ils vendent quand il y a des bonnes nouvelles », mais c’est  ignorer totalement les problématiques d’un marché boursier. Quand vous êtes actionnaire et administrateur, vous n’avez pas le droit de vendre lors des fenêtres négatives, vous n’avez pas le droit de vendre quand vous avez une information matérielle qui n’est pas connue du public, et vous ne pouvez vendre, si vous ne voulez pas poser sur le cours de l’action, que quand il y a du volume. Quand est-ce qu’il y a du volume ? Quand il y a un communiqué de presse qui dit : « voilà, une étape est franchie » et à ce moment-là tout le monde a l’information et c’est comme cela que ça se passe. Mais quelques commentaires de plus. Aujourd’hui Truffle  détient à peu près la même part de capital que Airbus Groupe. On parle de Truffle, on ne parle pas d’Airbus, vous voyez. Donc nous ne sommes pas les méchants financiers qui profitent de l’aventure Carmat pour se faire de l’argent, moi Philippe Pouletty, sur le dos des petits actionnaires. Nous sommes un fonds d’investissement, le seul qui ait pris le risque de financer Carmat à l’origine avec Airbus et avec Alain Carpentier, et nous faisons notre métier comme nous le faisons dans les multiples sociétés dans lesquelles nous sommes cofondateurs et investisseurs.

Web TV www.labourseetlavie.com : Peut-être le mot de la fin. Pour Carmat, les prochaines étapes puisque finalement on le voit bien sur ces sociétés-là, les investisseurs particuliers, ils scrutent chaque nouvelle, il y a des nouvelles plus ou moins importantes, il y a des nouvelles qui ont un sens effectivement, si on regarde le calendrier futur, qu’est-ce qu’il va falloir regarder pour l’investisseur ?

Philippe Pouletty, co-fondateur de Truffle Capital : Je ne vais pas dire quoi que ce soit de différent que ce que la société a dit. La société a annoncé que la SNM et les comités de suivi du premier essai clinique avaient donné leur accord pour faire les quatre patients, donc ça ce sont les échéances importantes. Il y a eu un deuxième patient de fait, d’ailleurs fait après que cette émission dont vous parliez ait été tournée, ils l’ont passé un peu sous silence. Ensuite il y aura, si les quatre patients se passent bien, d’autres essais cliniques, et ensuite c’est la perspective du marquage C.E. c’est-à-dire qui ouvrira la voie à la commercialisation. Je rajouterai un mot parce que il y a eu plein de contrevérités dans ce reportage. J’ai bien dit que le cœur était industrialisé et je le maintiens. Les gens qui prétendent le contraire ne connaissent rien  au dispositif médical.

Web TV www.labourseetlavie.com : Industrialisé, cela veut dire quoi finalement ?

Philippe Pouletty, co-fondateur de Truffle Capital : Cela veut dire quoi ? Il a une réglementation européenne très stricte. Vous n’amenez pas en essai clinique un prototype. Vous devez amener en essai clinique un produit dont le process industriel a été totalement défini avec son contrôle de qualité, avec son assurance qualité et avec la validation des procédés. Pourquoi ? Parce que l’essai clinique valide le produit qui va aller sur le marché, et donc c’est bien un produit industrialisé qui était en essai clinique de la même façon que le premier Airbus qui a volé était industrialisé, ce qui ne veut pas dire que l’échelle de production est ce qu’elle sera dans cinq ans de la même façon qu’Airbus n’avait pas produit 200 A380 avant que Singapour Airlines prenne livraison de son avion.

Web TV www.labourseetlavie.com : On suivra bien sur ce dossier. Merci Philippe Pouletty d’avoir été avec nous.

Philippe Pouletty, co-fondateur de Truffle Capital : Merci beaucoup.

 

© www.labourseetlavie.com. Tous droits réservés, le 17 septembre 2014.

 

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