Jacques de Larosière Président d'Eurofi lance un cri d'alarme pour le financement des PME.
Selon lui

6 août 2014 18 h 05 min
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Rencontres 2014 de Paris Europlace.

A cette occasion la Web Tv a interviewé des personnalités qui intervenaient lors de tables-rondes.

Jacques de Larosière, ancien banquier et ancien président du FMI a accepté mon invitation.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Jacques de Larosière, bonjour. Vous êtes le président d’Eurofi. On va parler avec vous notamment de votre table ronde puisque vous avez évoqué les prochaines priorités, alors l’Europe 2020, finalement ce n’est pas en très longtemps. On a  senti au cours de la conférence finalement pas  mal de blocages et  on peut même se poser la  question : est-ce que l’Europe finalement  fonctionne ?

Jacques de Larosière Président de Eurofi : C’est une bonne question que vous me posez. J’ai pris ce matin un exemple que je vais un peu développer avec vous si vous le permettez, c’est celui du financement des petites et moyennes entreprises. Normalement, ce financement devrait se faire sans problème par l’intermédiaire du système bancaire parce que ce sont les banques qui sont en vis-à-vis avec les petites et moyennes entreprises. Elles n’accèdent pas directement aux marchés financiers comme peuvent le faire  les très grandes maisons. Alors, ce que l’on constate, depuis maintenant plus de deux ans, c’est que le crédit aux entreprises est en train de se réduire sur le plan, je parle du plan européen, de l’euro zone. Il se réduit et il se réduit d’une manière assez dramatique parce que les chiffres globaux sont de l’ordre de -2,5 à -3 % par an, et c’est le stock de crédit aux entreprises. Alors c’est évidemment une contraction du crédit tout à fait significative qui est en train de nourrir la faiblesse de la demande en Europe et la faiblesse de la croissance économique qui est très, très fragile et balbutiante. Alors la question que l’on peut se poser, c’est pourquoi les banques se retirent-elles du marché du prêt aux entreprises ? Alors, il y a beaucoup de raisons. Il y a le fait que la demande globale étant plutôt faible, il y a moins de demandes de nouveaux crédits de la part des entreprises. Il y a le fait aussi que beaucoup d’entreprises ont été abîmées par la crise et que la qualité de leur bilan est telle que les banques se posent des questions avant de renouveler des crédits qui peuvent déjà être classés comme des crédits douteux. Tout cela, ce sont des raisons qui sont objectives et qui expliquent en partie le phénomène.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a beaucoup évoqué la partie réglementaire.

Jacques de Larosière Président de Eurofi : Oui, alors, il ne faut pas se limiter à ce que je viens de dire. Il faut en effet regarder l’impact réglementaire. Alors, l’impact réglementaire, il est très important. Nous avons à travers la réglementation de Bâle et ce qui va avec, on a demandé au secteur bancaire de doubler son capital, ses fonds propres, depuis deux ans. Il faut savoir que le doublement du capital d’un système bancaire, c’est une opération majeure. On avait pris à peu près 100 ans dans la période précédente pour doubler le capital des banques européennes, et là, on l’a fait en deux ans, deux ans et demi. Une opération aussi brutale est vouée à créer des problèmes au niveau de l’octroi de crédit. Et quand vous regardez cette banque européenne virtuelle qui est l’agrégation de toutes les banques de la zone euro et que vous regardez l’évolution du bilan avant la réglementation et après la réglementation, vous voyez que les banques prêtent moins, c’est ce que je viens de dire, prêtent de moins en moins, qu’elles prêtent de plus en plus court, de moins en moins long, et que elles s’orientent vers la détention de titres financiers qui satisfont bien aux critères de liquidité que l’on a imposés au système bancaire. Et donc vous avez un système qui est beaucoup moins efficient du point de vue de l’octroi de crédit et qui tend à faire des banques des détentrices d’actifs financiers plus que des détentrices de créances sur l’économie réelle. Alors cela se voit dans les statistiques de la politique monétaire. Normalement, quand vous avez un ensemble économique comme celui de l’Europe où du côté des budgets publics on restreint un peu, peut-être pas suffisamment, mais on reste un peu quand même les déficits et la demande publique, vous devez avoir en contrepartie une politique monétaire plus active, c’est ce que l’on appelle le « policy mix ». Or en fait la politique monétaire, elle est accommodante, les taux d’intérêt sont proches de zéro, on fournit beaucoup de liquidités aux banques, les dernières interventions de la BCE sont très remarquables de ce point de vue-là. Mais, mais cette politique libérale en matière d’octroi de liquidités ne trouve pas son chemin dans l’économie réelle.

Web TV www.labourseetlavie.com : Pour aller jusqu’aux PME, aux besoins par exemple…

Jacques de Larosière Président de Eurofi : Pour aller jusqu’aux PME et toute cette liquidité, elle reste encore dans la sphère financière. Les banques peuvent apporter des titres publics à la BCE pour recevoir du cash en contrepartie qu’elles mettent alors dans des comptes de liquidités, mais si vous voulez…

Web TV www.labourseetlavie.com : Quand on dit cela tourne en rond…

Jacques de Larosière Président de Eurofi : Cela tourne un peu en rond dans la sphère…

Web TV www.labourseetlavie.com : Cela ne va pas changer

Jacques de Larosière Président de Eurofi : Financière ou la sphère des titres publics, et c’est ce qui explique que les spreads, c’est-à-dire les écarts de taux sur les valeurs d’État, sont extraordinairement faibles. Mais il faut se rappeler que le vrai créateur de monnaie, ce n’est pas la banque centrale, ce sont les banques. Ce sont les banques qui créent la monnaie, on l’apprenait autrefois dans les cours d’économie, on disait loans make deposit. Quand vous avez obtenu un prêt d’une banque, la première chose que vous faites, c’est que vous mettez ce prêt dans un compte de la banque et donc vous créez de la monnaie. Or cette création monétaire par le crédit, elle a disparu. Elle représente à peu près 90 % de la création monétaire sur une longue période. Donc vous avez 90 % de ce qui serait l’expansion monétaire désirée sur laquelle on a mis un frein. Alors, inutile de se demander pourquoi on a maintenant une évolution de l’inflation qui va vers 0,5 %, alors qu’elle devrait être autour de 2, inutile de vous demander pourquoi les valeurs monétaires M3 sont glissantes, tout cela, c’est parce que le canal du crédit est bloqué. Alors, c’est là où j’en viens,…

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui, comment le remettre en fonction quelque part…

Jacques de Larosière Président de Eurofi : Oui, comment le remettre en fonction. Alors, il y a une manière qui serait de changer la réglementation bancaire pour rendre les banques moins dépendantes des ratios qui leur sont imposés, je crois que ce n’est pas une bonne idée. Je pense que tout cet appareil réglementaire avait ses justifications dans la crise, le fait que les banques étaient probablement insuffisamment capitalisées, donc je pense qu’il ne faut pas toucher à cela. Mais il y a une idée très simple qui a été longtemps d’ailleurs la manière dont les États-Unis se sont financés, et qui consiste à sortir du bilan des banques qui sont à leurs yeux trop engagés sur l’économie réelle, à sortir des crédits, notamment des crédits aux petites et moyennes entreprises, à en faire des paquets qui sont l’objet d’une titrisation, qui deviennent des titres et qui peuvent être vendus à des acheteurs que sont des compagnies d’assurances, des fonds de pension, des fonds de gestion de fortune, etc.

Web TV www.labourseetlavie.com : C’est ce que l’on appelle la titrisation effectivement…

Jacques de Larosière Président de Eurofi : C’est ce que l’on appelle la titrisation.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors qui n’a pas forcément une bonne image à cause des différentes crises même si… donc il faut la réhabiliter de votre point de vue ?

Jacques de Larosière Président de Eurofi : Il faut la réhabiliter. Elle a une mauvaise image, et à juste titre d’ailleurs parce que dans les années 2005-2006-2007, on a abusé de la mauvaise titrisation en titrisant des crédits qui étaient de très mauvaise qualité et que l’on baptisait Triple A dans un véritable scandale qui a été celui des subprimes aux États-Unis. Mais il n’est pas du tout question de rétablir ce genre d’errements. Il est question tout au contraire de réhabiliter, comme vous l’avez justement dit, de réhabiliter cette pratique qui est en fait une pratique qui est vieille comme le monde et qui permet d’élargir au-delà des banques le financement de l’économie, il s’agit de le réhabiliter en isolant les meilleurs de ces crédits des moins bons, et pour ce qui est des meilleurs, il faut les noter, il faut les analyser, il y a des banques centrales qui savent le faire, c’est par exemple le cas de la Banque de France qui a une très ancienne tradition de notation de l’ensemble des entreprises en France et de leur qualité, et ne retenir, dans un premier temps, que le groupe des meilleures entreprises. Alors ce n’est pas négligeable. En France par exemple, vous avez 60 000 entreprises PME qui sont de très bonne qualité c’est-à-dire dont la performance de crédit, que l’on peut ramener, si vous voulez, à la probabilité de défaut, sont remarquablement élevées en qualité avec des… la notion technique, c’est pas plus de 0,40 % de risque de défaut sur une période de trois ans. Vous avez à peu près 60 000 entreprises en France qui répondent à ces critères d’excellence et le sous-jacent, c’est-à-dire les crédits dont elles disposent et qui pourraient être titrisés, représente quelque chose comme une centaine de milliards d’euros. Donc ce n’est pas du tout négligeable, et au plan européen, si on élargissait cette conception à l’ensemble pan européen, on aurait des chiffres considérables.

Web TV www.labourseetlavie.com : Qu’est-ce qui bloque aujourd’hui de votre point de vue peut-être pour terminer ?

Jacques de Larosière Président de Eurofi : Ce qui bloque, c’est très simple ce qui bloque et c’est enfantin à débloquer. Ce qui bloque, ce sont deux règles qui sont issues de l’histoire des subprimes parce que après le traumatisme des subprimes, la crise et tout, on a dit « il faut arrêter cette titrisation démentielle ». Et alors en effet on l’a arrêtée. Et les deux verrous qu’il faut faire sauter pour les titrisations de haute qualité, pas pour les autres, mais pour les titrisations de haute qualité, sont les suivants : si une banque détient par exemple, je ne sais pas, un titre Siemens Triple A de bonne qualité en direct sur ses livres, elle paie en termes d’obligation de capital une très faible, très faible contribution. Si ce même crédit Siemens est l’objet d’une titrisation, supposez que Siemens ait reçu les crédits bancaires et que l’on désire les titriser, vous avez le même sous-jacent, vous avez le même risque, vous avez la même entreprise, eh bien la banque qui détiendrait le produit utilisé serait obligée de payer huit fois plus de capital que pour le titre sec. Alors, pour les PME qui ne peuvent pas aller directement, contrairement aux grandes entreprises comme Siemens, qui ne peuvent pas aller directement sur le marché obligataire, une PME ne peut pas le faire, elle est dans la main de sa banque et si la banque ne veut pas prêter et que l’on essaie de faire une titrisation qui est ultra chère et pénalisée, personne ne va acheter le produit de cette titrisation et donc vous n’aurez pas les compagnies d’assurances, vous n’aurez pas les banques qui détiennent une partie des titres qu’elles titrisent, et donc vous tuez le marché. Il n’y a pas de miracle. Le marché de la titrisation, il est mort depuis quelques années dans les pays comme la France et il ne peut revivre que si vous faites sauter ce verrou réglementaire qui n’a plus aucune espèce de logique car quand vous parlez aux régulateurs, vous leur dites « la base de tout ce que vous faites, c’est que vous appliquez des surcharges en capital à risque égal. Et si vous avez deux risques égaux, pourquoi est-ce que vous appliquez dans un cas huit fois plus de capital et huit fois moins dans l’autre si c’est la même qualité ? » Alors, face à cette question, je dirais élémentaire mon cher Watson, le régulateur ne peut rien dire. Mais la réglementation conserve encore cette pénalisation. Alors, j’essaie avec d’autres, bien sûr je ne suis pas le seul, mais Eurofi s’est un peu pris de jeu là-dessus, et nous essayons de faire sauter ces deux verrous réglementaires qui ne mettent absolument pas en cause l’architecture de base. C’est… l’immense édifice de Bâle reste intact, il y a une petite brique qui a été placée malencontreusement à un endroit que l’on veut déplacer, c’est à peu près cela le problème. Cette petite brique, j’essaie de la faire sauter. Mais ce qui est désolant, et je voulais le dire à votre radio en ligne parce que, télé en ligne, parce que c’est quand même quelque chose d’affolant, c’est que la simplicité de l’action à prendre et qui passerait, je dirais, totalement inaperçue, les chaumières ne vont pas s’inquiéter de cette mesure élémentaire et rationnelle dont je parle, et pour les réglementaires européens et les décideurs européens parce que c’est dans les mains de la Commission européenne cette affaire-là, quelque chose de très difficile parce que cela fait partie de l’administration, de la bureaucratie, de la réglementation existante. Alors changer la moindre petite chose, c’est un problème. Alors que l’on devrait, comme les chefs d’entreprise le font tout le temps dans la vie, ils innovent, ils s’adaptent, ils trouvent de nouveaux clients, ils font des choses, mais dans le monde administratif, on est régi par l’existant. Et donc j’essaie de bouger cela, mais je suis un vieil homme et je me dis vraiment c’est désolant de voir que vous avez des jeunes types de 30 ans dans la commission qui pourraient être heureux de faire repartir un peu l’économie parce que il s’agit d’une chose vraiment importante. Si les PME, qui sont les grandes créatrices d’emplois, plus de 50 %, 60 % des emplois sont créés par les PME, et si elles sont dans un corset qui les empêche d’emprunter aux banques et qui les empêche aussi de titriser les crédits qu’on leur a faits, elles n’auront pas de croissance et elles vont continuer à péricliter. Alors c’est vraiment un cri d’alarme, ce n’est pas une petite mesure technique, c’est une mesure technique, mais fondamentale, voilà.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a entendu. Merci Jacques de Larosière d’avoir été avec nous aujourd’hui.

Jacques de Larosière Président de Eurofi : Voilà, je vous remercie beaucoup de m’avoir écouté.

 

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VERSION ANGLAISE de cette interview (ENGLISH VERSION of this interview, only the French video will be considered as certain) :

Web TV  www.labourseetlavie.com  :  Good morning, Jacques de Larosière  You are the president of Eurofi. We will be talking among other things about your round table during which you considered our future priorities… Europe 2020, finally seems to be lurking around the corner… During the conference we felt there were quite a number of obstacles and one may wonder if  Europe is finally working.

Jacques de Larosière – President of Eurofi: You are asking a very good question indeed. I would like to discuss an example with you if you will, bearing on the financing of small and medium enterprises. Normally, this type of funding should take place seamlessly through the banking system because banks deal directly with small and medium-sized enterprises. These do not directly access financial markets like big corporations. Yet, for more than two years now, we have been witnessing a drop in credit to businesses at the European level, I mean the euro area. It is dwindling in a most conspicuous way : the overall numbers for the stock of credit to businesses are currently in the range of -2.5 to -3% per year. Obviously this significant credit contraction is nurturing the weak demand in Europe and the weak economic growth which can be described as best as fledgling.  Therefore the question that one may ask is why banks are shirking away from the market of loan to businesses. There are several reasons to this. First, aggregate demand being rather low, there is less demand for new loans from companies. It is also a fact that many businesses have been hurt by the crisis and that the quality of their balance sheets is such that banks are having second thoughts about renewing credits that can already be classified as bad debt. All these are objective reasons that partly explain the phenomenon.

Web TV  www.labourseetlavie.com  :  Much has been said about the regulatory aspect.

Jacques de Larosière – President of Eurofi: Yes, but things are not  limited to what I just said. It is indeed necessary to consider the regulatory impact, which is very important. Through Basel regulation and its implications, we have asked the banking sector to double its capital, its equity, for two years now. Note that doubling of the capital of a banking system is a major operation. It took about 100 years in the previous period to double the capital of European banks, while the same has just been done in, let’s say, two and a half years. Such a heavy-handed operation is bound to raise issues in the granting of credit. And when you look at the virtual European bank which is an aggregation of all banks in the euro area and examine the evolution of the balance sheet before and after the regulatory rules, it appears that the banks are lending less, that they are favoring short term over long-term loans, and that they are moving towards holding securities that meet the liquidity criteria that was imposed on the banking system. Thus we now have a system that is much less efficient from the perspective of credit granting and which tends to turn banks into holders of financial assets rather than holders of debt on the real economy. This clearly shows in the statistics of monetary policy. Generally, economic bodies such as Europe, whose public budgets are restricted to some extent, arguably not enough, but which are still to some extent holding back on deficits and public demand, you need to have a more active monetary policy as a counterpart, this is what is known as the Policy Mix. But in fact monetary policy is accommodative, interest rates are near zero, plenty of liquidity is provided to banks and the latest ECB interventions are quite remarkable in that sense. But this liberal policy on liquidity provision does not find its way into the real economy. 

Web TV  www.labourseetlavie.com  : To meet SMEs’ needs for instance…

Jacques de Larosière – President of Eurofi: To meet SMEs’ needs indeed, while all this liquidity remains within the financial sphere. Banks can turn to the ECB to exchange government securities for cash which they then put in cash accounts, but if you want …

Web TV  www.labourseetlavie.com  :  That said, we are going round in circles

Jacques de Larosière – President of Eurofi: Things are getting somewhat circular in the ….

Web TV  www.labourseetlavie.com  :  Something is going wrong…

Jacques de Larosière – President of Eurofi: Financial sphere or the sphere of government securities, and this explains why spreads on state securities are extraordinarily low. But it must be remembered that the true creator of money, is not the Central Bank, but the banks. It is the banks that create money, as we were taught years ago in economics courses, « loans make deposits » as they said. When you obtain a loan from a bank, the first thing you do is you put the loan in an account of the bank and thereby you create money. But today this process creating money through credit has been crossed out. On the long run this represents up to 90% of monetary creation. Thus, 90% of what would be the desired monetary expansion has been brought to a standstill. Therefore, it seems needless to wonder why inflation is heading towards 0.5%, while it should be around 2%, and needless to ask why the M3 monetary values are slippery, all this is because the credit channel is blocked. And this brings me to…

Web TV  www.labourseetlavie.com  :  Yes, how to turn it back on somehow ?

Jacques de Larosière – President of Eurofi: Yes, how to turn it back on. One way would be to change banking regulations to make banks less dependent on ratios imposed on them, but I think it is not a good idea. I think this whole regulatory structure had its justification in the crisis, the fact that banks were probably insufficiently capitalized, so I think that we should not touch it. But there is a very simple idea that has long been in fact the way the United States has financed itself and which consists in removing loans from the balance sheets of banks that they deem too involved in the real economy, including loans to small and medium enterprises, to turn them into packages that undergo securitization, which are turned into securities that can be sold to purchasers that are insurance companies, pension fund, asset management funds, etc..

Web TV  www.labourseetlavie.com  :  This is what is called securitization, indeed…

Jacques de Larosière – President of Eurofi: Exactly.

Web TV  www.labourseetlavie.com  :  …Which does not necessarily have a positive image because of different crises even though … but it deserves to be rehabilitated according to you?

Jacques de Larosière – President of Eurofi: It must be rehabilitated. It has a negative image, and rightly so because in the years 2005-2006-2007,  securitization was used and abused through loans which were of very poor quality and labeled Triple A during that absolute scandal called the subprime crisis in the United States. But there is no question of restoring this kind of errors. Instead, as you rightly said, it is all about rehabilitating this age-old practice which benefits not only the banks but the whole economy by separating the best of these credits from the worst, and properly grading and analyzing them, which central banks have the know-how thereto, the Banque de France for instance has a very old tradition of rating French companies. Then, a shortlist of the top performing companies can be established. This is all but insignificant. Take France for example, we have 60 000 SMEs that are very good in terms of their credit performance, their creditworthiness if you will, and it is remarkably high… Technically speaking, their default risk is no more than 0.40% over a period of three years. Now almost 60,000 companies in France meet these criteria of excellence and the underlying, that is to say the credits they have and that could be securitized, represents something like a hundred billion euros. So it is not at all negligible, and at European level, if we expanded this concept across Europe , we would have considerable numbers.

Web TV  www.labourseetlavie.com  :  On a final note, what is the stumbling block remaining today?

Jacques de Larosière – President of Eurofi: What stands in the way is a very simple impediment which would be as easy as pie to untangle. You see, there are two rules that are derived from the history of subprime crisis because after the trauma it gave rise to, it was agreed that « this insane securitization must be stopped » And so indeed it was stopped. And the two hurdles that need to be broken down for high quality securitizations, and only high quality securitizations, are as follows: if a bank holds, say, a high quality Siemens Triple A security on its books, it pays a very weak contribution in terms of capital obligation. If the same Siemens credit is subject to securitization, supposing Siemens has received bank loans and securitization is desired, while you have the same underlying, the same risk, the same business, the bank that holds the product would be obliged to pay eight times more capital than for the unsecured bond. So an SMEs which, unlike large companies like Siemens, cannot go directly to the bond market, depends utterly upon its bank and if the latter does not want to lend it money then trying to do an overly expensive and penalized securitization would result in no one willing to buy the securitized vehicle and therefore neither insurance companies nor banks would be willing to hold a portion of the securities they securitize, and this would kill the market.

And unsurprisingly, the securitization market has died in recent years in countries such as France and can only be restored if you waiver this regulatory lock that does not make sense anymore because today what you can tell the regulators today is : « What you are doing is merely applying capital surcharges in spite of equal risk. And if you have two equal risk levels, why do you apply eight times more capital in one case while they are both of the same quality? » So, put to this question, which I would say is elementary my dear Watson, the regulator cannot say anything. But this penalty still remains in the regulation. That is why, along with others, of course I’m not the only one, but Eurofi has decided to put its two cents in the debate, and we are trying to help unfasten these two regulatory locks that otherwise by no means put the whole architecture into question. You see … the towering edifice of Basel remains intact, but there is a small brick that was inadvertently misplaced and wants to be moved, that’s about the problem. It is this small brick I am trying to rid us of. But what is disheartening, and I wanted to say it on your online TV, because it’s quite scary is that the simplicity of the action to take and which would go, I would say, totally unnoticed, and while this elementary and rational measure would hardly be heeded by most people, European regulators and European policy makers would have a very hard time because it is in the hands of the European Commission as it is part of the administration, the bureaucracy, the existing regulations. At that level, the slightest tweak is a major problem. While we should do as entrepreneurs do all the time, i.e. innovate, adapt, find new customers, do things, the administrative world, is governed by the existing. And therefore I am trying to move things, but I am an old man and I’m really finding it disheartening to see that you have young guys in their thirties in the Commission that might otherwise be happy to get the economy going again because it is really important. If SMEs, which are major job creators, more than 50%, 60% of jobs are created by them, and if they are in a straightjacket that prevents them from borrowing from banks and also prevents them from securitizing the credits they have been granted, they will have no growth and they will continue to decline. So this is really an alarm I am raising, it is not just a small technical measure, it is a technical but a fundamental measure.

Web TV  www.labourseetlavie.com  :  We heard your message. Thank you Jacques de Larosière for being with us today.

Jacques de Larosière – President of Eurofi: Thank you very much for listening to me.

 

Retrouvez l’ensemble des interviews réalisés lors des Rencontres de Paris Europlace 2014 sur ce lien : Europlace 2014 

 

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