Renaud Dutreil Président de Smile & Pay : "Nous avons voulu démocratiser l’outil de paiement".
Ancien Ministre des PME, Renaud Dutreil est devenu depuis plusieurs années investisseur

2 février 2016 12 h 36 min
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Renaud Dutreil ancien Ministre des PME, est depuis plusieurs années investisseur, il vient de prendre la présidence de Smile & Pay, et s’en explique ainsi que sur le financement des entreprises. Les politiques sont-ils au fait des entreprises ? Sa réponse est directe.

Découvrez là dans cette interview inédite.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Renaud Dutreil, bonjour.

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : Bonjour.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes donc ancien ministre en charge des PME. Vous êtes investisseur depuis maintenant de nombreuses années. Vous avez été aussi chez LVMH, donc dans ce groupe de luxe. Aujourd’hui, vous devenez président de Smile & Pay, une fintech, dont on va parler avec vous. Au cours des dernières années, vous avez été surtout un investisseur ?

 

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : « Alors, je suis rentré chez LVMH en 2008, j’en suis parti en 2012 pour créer ma propre entreprise, avec l’envie d’être un entrepreneur et en même temps un investisseur dans des entreprises qui créent des modèles de rupture. C’est ça qui m’a passionné. Et donc comme on dit souvent aux États-Unis, il faut investir sur le jockey plutôt que sur le cheval, donc j’ai identifié des entrepreneurs qui étaient talentueux, qui avaient la capacité à créer des modèles de vraie rupture sur différents secteurs : biotech, commerce, secteurs aussi traditionnels comme les entreprises du patrimoine vivant qui sont un de mes dadas. Donc, secteurs très variés, mais chaque fois, le sentiment qu’on alliait l’héritage d’une entreprise qui avait vraiment quelque chose de particulier et puis la rupture l’innovation, la création, avec un entrepreneur dominant. »

 

Web TV www.labourseetlavie.com : On en parle de plus en plus de cette disruption comme disent les Américains. Est-ce que véritablement aujourd’hui il n’y a pas une bulle sur ce secteur des start-ups parce qu’il y a beaucoup d’argent disponible ? Comment on fait attention à ce genre de choses ?

 

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : « D’abord, le secteur des start-ups est extrêmement varié. Donc, on ne peut pas dire qu’il y a une bulle. Il y a peut-être des micros bulles dans ce secteur. Mais il est clair que l’économie moderne a un seul moteur, c’est l’innovation et que donc l’argent doit aller à l’innovation. L’un des problèmes d’ailleurs en France, c’est que l’argent ne va pas suffisamment à l’innovation. Dans le bas de laine, on voit beaucoup d’argent qui ne sert pas à financer le futur. Préparer notre avenir, c’est investir dans des entrepreneurs et dans des modèles économiques qui sont nouveaux, qui vont inventer le monde de demain. Donc, je crois que c’est très important d’encourager les investisseurs à se diriger vers l’innovation, ne pas avoir peur. Il y a une part de risque, mais en mitigeant les risques aussi, on arrive à les réduire. Donc, c’est le travail de l’investisseur : savoir identifier la bonne entreprise, celle qui va trouver son chemin dans un univers compliqué, compétitif, mais où il y a de la place pour ceux qui ont des idées neuves. »

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, vous êtes aussi le président de FTI Consulting. Vous avez plusieurs casquettes, on pourrait dire aujourd’hui. Président de Smile & Pay, ça va être pour quoi faire pour vous ?

 

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : Alors, pourquoi Smile & Pay ? Parce que d’abord, j’ai toujours soutenu une cause très simple : démocratiser l’entreprise, faire en sorte que l’entreprise soit vue comme un véhicule que chacun peut un jour emprunter pour faire un bout de chemin, pour porter ses rêves, porter ses projets, porter ses compétences. Et donc pour ça, il faut que devenir un entrepreneur soit très facile, très simple. Il faut se former, il faut être prudent, mais il ne faut pas qu’il y ait d’obstacles inutiles. L’un des obstacles aujourd’hui et dans tout ce qu’on appelle les transactions, le commerce au sens large, j’achète, je vends, cette transaction très très simple qui existe depuis les origines de l’humanité, c’est que souvent les moyens de paiement sont complexes, dès lors qu’ils sont sécurisés. Smile & Pay, c’est un outil de paiement très simple et totalement sécurisé puisqu’on utilise une carte bancaire avec un terminal qui est un terminal qui a été conçu spécialement par Smile & Pay et son smartphone, donc une liaison 4G ou 3G qui peut être évidemment très facile à obtenir. Donc, un outil de paiement très simple pour des gens qui font des petites transactions. Et de plus en plus, vous avez des micros entreprises qui font quelques centaines ou quelques milliers d’euros de chiffre d’affaires. Elles n’osent pas évidemment aller acquérir un terminal de paiement dans une banque parce que c’est cher. Avec Smile & Pay, elles ont un outil extrêmement commode et accessible. C’est ça que nous avons voulu faire avec Smile & Pay. C’est démocratiser l’outil de paiement le plus sophistiqué qui soit aujourd’hui, le plus moderne, le plus fiable : c’est la carte bancaire avec un terminal lié à un smartphone. »

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Aujourd’hui quand on est investisseur pour ce type d’entreprises, on regarde si elles ont une vocation internationale et une vocation mondiale. Est-ce que c’est le cas pour Smile & Pay ? Parce qu’effectivement, il y a la France, mais est-ce qu’il y a d’autres pays qui sont concernés ?

 

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : « La progression logique, c’est de réussir sur son marché local et ensuite d’aller à l’international. Smile & Pay a un premier objectif qui est de conquérir tous les micros entrepreneurs français. C’est une entreprise française, avec du savoir-faire français, une technologique française. Et les concurrents existent bien entendu, mais ils ne sont pas français. Il faut jouer aujourd’hui la carte française dès lors qu’en termes de qualité, on est mieux ou équivalent à des compétiteurs étrangers. Donc première chose, une entreprise cocorico française, bien de chez nous, mais qui est en même temps à la pointe du progrès et rend un vrai service à des micros entrepreneurs. Deuxièmement, Smile & Pay, c’est la fintech. La fintech, qu’est-ce que c’est ? C’est introduire des technologies dans le monde de la finance. Beaucoup de nos concitoyens aujourd’hui trouvent que la finance est un secteur opaque et également confiscatoire, qui prélève une part importante de la ressource, du travail en fait des Français sans qu’on sache vraiment si cette ressource est affectée à notre avenir, à la préparation de notre avenir. La fintech apporte des solutions de transparence. C’est la façon de mieux allouer la ressource monétaire, financière, de la diriger vers des projets qui sont des projets créateurs d’emplois, créateurs de services, qui améliorent la vie des gens qui vont faire l’économie de demain. Donc la fintech me paraît être une révolution très intéressante à soutenir, à encourager, pour que la finance devienne plus transparente, moins couteuse pour nos concitoyens et également plus efficace en termes d’allocation de la ressource financière. »

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, je parlais de vos différentes casquettes. Vous êtes aussi basé à New York. Vu de New York, les levées de fonds françaises paraissent parfois dérisoires ou voire ridicules quand on voit ce qui se passe sur le Nasdaq, quand on voit ce qui se passe avant même le Nasdaq, les levées de fonds possibles pour des start-ups. Est-ce qu’aujourd’hui on peut lever assez de fonds en France pour aller aussi vite que des boîtes américaines ?

 

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : D’abord, il y a énormément d’argent en France. Vous savez que nous sommes un pays qui épargne beaucoup, donc les Français mettent de l’argent de côté. La question est de savoir, s’ils le mettent de côté, est-ce qu’ils le mettent au bon endroit ? Est-ce qu’il faut le mettre dans l’assurance vie essentiellement ? Est-ce qu’il faut en distraire une partie vers des projets peut-être plus risqués, mais qui vont rapporter beaucoup plus et notamment tout ce secteur des entreprises innovantes ? Évidemment, la réponse est oui. Il faut investir dans l’innovation. C’est beaucoup plus intéressant en termes de retour sur investissement, mais c’est aussi participer à la création de la France de demain. Donc, la France est un formidable pays pour les entrepreneurs. Nous sommes aujourd’hui une terre d’entrepreneurs. Le système est hostile. Le système, on va dire, public. Il est plutôt hostile aux entrepreneurs. Il n’y a pas de reconnaissance, si vous voulez, sociales des entrepreneurs. On les regarde un petit peu comme s’ils étaient des vilains petits canards dans l’environnement français. C’est une erreur majeure. Ce sont nos héros, ce sont nos champions. Ce sont ceux qui vont demain porter les couleurs de la France et aussi créer de la richesse et de l’emploi pour tout le monde. Donc, il faut les encourager. Et la meilleure façon de le faire, c’est de les soutenir financièrement, avec évidemment tous les conseils qui peuvent garantir que les projets sont sérieux et qu’ils sont bien managés. »

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, le mot de la fin. En 2015, en 2016, on n’a pas arrêté de parler des start-ups, la french start-up nation. Et puis on en oublierait presque les PME et les ETI. Alors, les PME que vous connaissez bien et aujourd’hui c’est vrai qu’on parle de ces entreprises de taille intermédiaire, on se compare à l’Allemagne. Clairement, on a un déficit de ce côté-là et puis quand on voit le chômage en France, on se dit, il y a forcément quelque chose en rapport. Qu’est-ce qu’on pourrait faire aujourd’hui pour ces ETI ? Parce qu’on a l’impression qu’elles sont les victimes qu’on oublie.

 

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : « Quand j’étais ministre, j’avais expliqué les choses comme ça : il y a les souris, il y a les gazelles et il y a les éléphants. Et nous avons en France besoin de gazelles, donc d’entreprises de taille intermédiaire qui sont capables de grandir et de devenir des entreprises de taille mondiale. Alors, qu’est-ce qu’il leur faut ? D’abord, il faut qu’elles dépassent le marché français. Le marché français en tant que tel est un marché trop étroit pour constituer des entreprises de taille intermédiaire. Donc, il faut aller à l’international. L’international aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’Europe, c’est l’Amérique du Nord. C’est un marché extrêmement dynamique aujourd’hui. C’est la partie du monde où la croissance est la plus forte. Et puis c’est évidemment l’Asie où il y a une très forte reconnaissance du savoir-faire français et des produits français. Donc, il y a des débouchés, il y a des possibilités, mais il faut y aller. Ça, c’est la première chose. Deuxième chose, il faut que le financement accompagne cette croissance. Et troisièmement, il faut une flexibilité qui n’existe pas aujourd’hui en France, notamment en matière de droit du travail ou en matière de droit fiscal. Il faut que ces entreprises aient le sentiment d’évoluer dans un environnement qui les soutient et non pas dans un environnement qui les considère comme des coupables ou alors des empêcheurs de tourner en rond. L’environnement participe à l’efficacité des ETI. Et je crois qu’aujourd’hui, les Français sont conscients qu’ils ont besoin d’entreprises de taille intermédiaire. »

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous étiez ancien ministre, on l’a dit, investisseur, entrepreneur. Vous avez vraiment basculé de ce côté-là ou la politique reviendra un jour vous séduire ?

 

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : « La politique est un monde extrêmement stérile. Aujourd’hui, nous avons un problème majeur, c’est que la classe politique est complètement déconnectée de la réalité et notamment la réalité économique. Ce sont des gens qui font des carrières qui commencent très très jeunes – ils commencent à 25 ans – et qui arrêtent à 70 ans – 80 ans. Donc toute leur vie n’a été consacrée qu’à une seule chose : faire des campagnes électorales, se passionner pour la conquête du pouvoir. Mais il faut considérer aussi que nos hommes politiques ne savent pas exercer le pouvoir. Ils sont extrêmement faibles dans ce qu’on appelle le management des organisations modernes. Ils ne savent pas faire. Ils pensent qu’ils savent faire, mais on s’aperçoit au résultat évidemment que c’est un désastre. Donc, le problème français, c’est ça. C’est que la classe politique française n’est absolument pas à même aujourd’hui de diriger un pays aussi complexe, dans un environnement aussi complexe que l’est celui de la France. »

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous, vous préférer cet univers d’entrepreneur ?

 

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : « Moi, j’aime bien agir et j’aime bien avoir des résultats. Quand j’étais ministre, j’ai toujours considéré que je serai jugé sur les résultats et non pas sur les paroles. Or, le monde de la politique aujourd’hui, pour moi, c’est du blabla blabla. Ce sont des gens qui parlent et qui savent très bien que ce qu’ils disent n’a aucun effet, n’aura aucune conséquence et qu’ils ne seront même pas jugés sur les paroles et les engagements qu’ils prennent. Donc ce monde-là m’a lassé, m’a fatigué et je m’en suis détourné. Et je suis beaucoup plus heureux dans ce monde de la réalité qui est celui de l’entreprise. »

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Eh bien, on suivra vos investissements de près. Merci Renaud Dutreil.

 

Renaud Dutreil – Président Smile & Pay : Merci.

 

 

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