Pierre Barral Gérant Convictions AM : "Le risque principal viendra du côté de la FED".
Actualités économique et financière : stratégie d'investissement et allocation d'actifs

6 juillet 2014 18 h 19 min
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Actualités économique et financière.

Bilan des dernières semaines, sur l’actualité, le comportement des investisseurs sur les différentes classes d’actifs.

Comment évolue la stratégie d’investissement ?

Pour Pierre Barral Gérant Convictions AM,  « le risque principal viendra du côté de la FED ».

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Pierre Barral, bonjour. Vous êtes gérant chez Conviction Asset Management. On va parler avec vous de marchés et de perspectives. Si on commence peut-être par un petit bilan, comment vous avez, je dirais, observé, réagi aussi à ce premier semestre favorable au marché actions, mais on avait eu un début d’année favorable au marché obligataire, donc pas forcément évident, quel est votre regard sur le marché aujourd’hui ?

Pierre Barral, gérant chez Convictions AM : Une chose est sûre, c’est vrai qu’il faut bien dire que le marché obligataire a surpris beaucoup de monde parce que, en effet, en début d’année dernière, si on se replace dans le contexte, on était globalement tous plus ou moins en faveur d’une anticipation de remontée, de renormalisation de la politique monétaire américaine, et donc d’une remontée des taux, au moins des taux américains, ce qui finalement ne s’est pas produit puisque les taux américains ont continué à baisser et ils ont continué à baisser sur un premier trimestre de croissance aux États-Unis qui a été, somme toute, très décevant puisqu’il affiche -2,9 %, ce qui est un chiffre extrêmement faible, et qui a été, pour beaucoup en tout cas, dû à des conditions climatiques terribles qui ont généré en effet une forte baisse de la croissance. Donc les actions de ce point de vue-là ont continué, ont plutôt bien performé, on peut le dire, mais force est de constater que l’on peut parler aujourd’hui de déception sur la performance des actions, de ce fait-là notamment, et c’est la performance obligataire qui a été la plus forte depuis le début de l’année en tout cas.

Web TV www.labourseetlavie.com : On pourrait dire qu’aujourd’hui effectivement tout le monde reste favorable à ces marchés actions, on dit souvent que l’on ne peut pas se battre contre la Réserve fédérale américaine, cela reste le cas c’est-à-dire qu’il y a un mouvement de fond, mouvements de liquidité qui  va se positionner sur cette partie-là ?

Pierre Barral, gérant chez Convictions AM : Oui c’est certain même si aujourd’hui on note quand même un décalage de plus en plus marqué et prononcé entre les banques centrales des grands pays développés, je pense notamment à la banque d’Angleterre qui sera probablement la première à remonter ses taux, en tout cas c’est ce qu’elle est en train de préparer. L’autre, c’est la Fed qui est très clairement en train de débattre et d’avoir un débat d’ailleurs qui est en train d’enfler autour du board de la Fed sur la nécessité d’un resserrement monétaire peut-être avant la date prévue, en tout cas la date estimée aujourd’hui par la Fed et par les marchés autour de la moitié de l’année 2015, il y a un débat qui est en train de naître sur la remontée de l’inflation c’est-à-dire que la Fed est en train de réussir son pari puisque elle a souhaité, elle a cherché à reflater l’économie depuis deux ans, trois ans, et aujourd’hui c’est un pari qu’elle est en train de regagner puisque l’inflation est en train de remonter, notamment depuis février où en a une pente et une accélération de l’inflation qui se fait sur un rythme cohérent aujourd’hui avec une renormalisation finalement peut-être un petit peu plus rapide que prévu des taux d’intérêt.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, la banque centrale européenne, celle-là, par contre effectivement elle… éventuellement il y a des risques de déflation, elle n’est pas dans le même calendrier, on peut dire ?

Pierre Barral, gérant chez Convictions AM : Exactement, donc c’est la troisième grande banque centrale. Avant celle-ci, je mettrais peut-être la banque du Japon, on en parlera après, mais c’est vrai que pour ce qui concerne la BCE, on en est à la fin en fait de ce décalage conjoncturel avec une BCE qui est confrontée, elle pour le coup, à une inflation qui continue à baisser ou qui reste en tout cas sur des niveaux extrêmement faibles avec un risque déflationniste qui est bien sûr toujours présent, mais une croissance qui a probablement touché un point bas qui est en train de commencer à remonter, ça c’est la bonne nouvelle, ce qui a donné en tout cas à M. Draghi et à l’ensemble de la BCE d’ailleurs la possibilité et la confiance pour pouvoir se lancer dans un très fort programme de politique, on va dire, hétérodoxe, en tout cas potentiellement, même si aujourd’hui les achats d’obligations ne sont pas encore entérinés et n’ont pas démarré, ils sont en tout cas dans les tiroirs, et c’est quelque chose qui pourrait arriver à un moment ou à un autre. En tout cas on a décidé à la BCE de mettre les taux de dépôts en négatif, ce qui n’a jamais été fait à la Banque centrale européenne, c’est quelque chose de très novateur, de très nouveau, donc ça c’est un point important qui montre à quel point on n’en est qu’au début finalement, au mieux au milieu, d’une politique monétaire qui va rester très accommodante et pendant probablement très longtemps. Donc on a des taux en Europe qui certainement eux vont rester bas pendant très longtemps.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous parliez du Japon, là il y a pas mal d’investisseurs qui ont raté, on va dire, le début, en tout cas sur la partie actions, comment on regarde de ce marché japonais avec là aussi une politique particulière qui a été mise en place, qui a eu un certain nombre d’effets, mais il y a aujourd’hui des questions, on va dire, sur la continuité de cette politique ?

Pierre Barral, gérant chez Convictions AM : Il y a deux points en ce moment très importants qui expliquent la remontée du Nikkei, du marché japonais, ou du Topics. C’est vrai que l’on constate un retournement du marché. Au mois de juin par exemple parmi les marchés développés, c’est le marché japonais le best performer, celui qui a établi la meilleure performance depuis le début de l’année. Ceci est probablement dû à de choses, un les Abenomics qui continuent à être mis en œuvre par le gouvernement Abe, même si on a encore beaucoup de questions sur leur efficacité et sur le temps qu’il faudra avant qu’elles délivrent vraiment de l’efficacité, notamment en ce qui concerne cette fameuse troisième flèche. Le vrai point qui, selon moi, est important, c’est également la décision de faire du GIPF qui est le fonds de pension national et qui est un fonds très important en encours, de réallouer assez progressivement, mais dans des proportions relativement importantes, son allocation des taux vers les actions. Donc ça, c’est un point de vue très important du point de vue des flux, on a des flux qui sont porteurs sur le Nikkei aujourd’hui, c’est aussi une des raisons pour lesquelles on arrive à… on constate une progression du marché qui, et cela ne se faisait pas jusque-là, se fait sans baisse à nouveau du yen, et ça c’est assez nouveau dans ce phénomène, c’est probablement dû en effet à des flux très porteurs sur les actions.

Web TV www.labourseetlavie.com : On voit ces politiques monétaires, ces banques centrales qui finalement mènent le jeu, on peut le dire, on a vu ce que cela avait donné d’ailleurs sur les marchés émergents, à un moment donné, est-ce qu’il y a, de votre point de vue à vous, plus d’opportunités aujourd’hui sur les marchés émergents ou il y a toujours ce risque d’effets secondaires quelque part par rapport à la politique monétaire de la Fed ?

Pierre Barral, gérant chez Convictions AM : Le risque essentiel auquel vous faîtes allusion, c’est en effet celui qui a délivré beaucoup de souci, beaucoup de gérants d’ailleurs c’est à dire la baisse de l’année dernière, en mai juin de l’année dernière, avec un débouclement des carry trade et des positions de portage qui s’étaient accumulées au long des années sur les marchés émergents, c’est vrai qu’il y en a beaucoup moins pour le coup. Aujourd’hui, ce que l’on constate, c’est que le marché émergent dans son ensemble est beaucoup moins homogène qu’il ne l’était il y a encore quelques temps, on a un marché qui est très hétérogène, et il faut vraiment travaillé ce marché-là, point par point, marché par marché, puisque chacun de ces marchés a sa spécificité aujourd’hui et on ne peut que difficilement parler globalement des marchés émergents. Ce que je voudrais juste préciser de ce point de vue-là, c’est que jusque-là en tout cas, on n’a pas encore de vraies surperformances des marchés émergents, mais on a les prémices de certains marchés qui sont probablement en train de pouvoir bénéficier de la reprise de la croissance mondiale, une croissance mondiale qui va s’établir entre 3 et 3,5 %, et qui donc va bénéficier à certains de ces pays, à partir du moment où il s’agit de pays qui auront entamé des réformes et des réformes qui seront comprises par le marché et cohérentes, et à partir du moment également où les calendriers politiques, puisque cela a été le cas jusque-là, les calendriers politiques seront moins chargés qu’ils ne l’étaient auparavant.

Web TV www.labourseetlavie.com : Le mot de la fin, les principaux risques aujourd’hui, vous les voyez où sur cette « euphorie » sur les marchés actions, en tout cas cette préférence pour les marchés actions, vous les voyez sur la géopolitique qui s’installe puisque pour l’instant on voit peut-être… Il y a tellement de flux que finalement les investisseurs, on va dire, je l’ai dit récemment, ont chaussé leurs lunettes roses ?

Pierre Barral, gérant chez Convictions AM : Oui, ils ont chaussé leurs lunettes roses, et pour cause, les banques centrales, vous l’avez dit, sont toujours présentes, même si la Fed arrêtera à octobre, a priori fin octobre, d’injecter des liquidités, la BCE est encore dans ce principe-là, on l’a dit, la banque du Japon également. Donc là on est toujours dans ce phénomène-là. Le risque principal aujourd’hui, selon moi, viendra du côté de la Fed et de sa capacité à communiquer auprès du marché le moment où elle va devoir commencer à remonter ses taux. Et on a bien vu l’an dernier à quel point c’est un exercice difficile parce qu’il peut avoir des conséquences très néfastes, notamment sur le marché obligataire. Aujourd’hui où il y a énormément de positionnements sur des taux qui sont devenus extrêmement faibles, il est absolument évident que le travail de la Fed pour préparer le marché à une remontée des taux, voire à une baisse de son bilan parce qu’il va falloir qu’elle rabaisse son bilan, sera l’exercice probablement plus compliqué et même peut-être le plus dangereux, évidemment la géopolitique est un enjeu important, la géopolitique on y est confronté régulièrement, on l’a vu avec l’Ukraine, on l’a vu avec la Russie, on le voit avec l’Irak aujourd’hui. Malheureusement c’est toujours difficile de gérer en prévision, cela reste évidemment des risques très importants.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Pierre Barral d’avoir été avec nous.

Pierre Barral, gérant chez Convictions AM : Je vous en prie.

 

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