Jean-Philippe Lahana Président JPL Finances : "le seul problème des pays développés, la croissance".
Bourse et perspectives : au delà du Brexit, la croissance n'est pas au rendez-vous

9 juillet 2016 10 h 59 min
+ de videos
70
Views

Le Brexit a-t-il été un « accident » boursier comme les marchés financiers savent en faire régulièrement, faisant plonger les indices, de manière globale ?

Ou derrière le Brexit, un autre sujet devrait préoccuper les investisseurs internationaux, le manque de croissance des pays développés. Si on l’entendait après la crise de 2007, cette croissance molle n’est pas sans conséquences.

Je parle de ces marchés financiers, et de cette situation économique, avec un esprit libre, Jean-Philippe Lahana Président de JPL Finances.

 

 

Web TV www.labourseetlavie.com Jean-Philippe Lahana, bonjour.

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : Bonjour, Didier.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes donc président de JPL Finances. On va parler avec vous de marchés et de perspectives après ce Brexit. On s’est souvent vus avant l’été et souvent il s’est passé des choses difficiles sur les marchés. Là on peut dire que ça y est. Ça a commencé avec le Brexit. Quelle est votre vision aujourd’hui des marchés ? Qu’est-ce qui coince ?

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : J’ai une vision extrêmement simple. Je pense que tous les problèmes qui arrivent, que ce soit des problèmes économiques, des problèmes politiques ou autres, tiennent à un seul phénomène, c’est la faiblesse de la croissance des économies développées. Nous vivons dans un monde où la croissance est faible et en plus, elle va rester faible. C’est-à-dire que la croissance potentielle, comme on a l’habitude de l’exprimer, des différentes économies développées est coiffée, capée par des éléments structurels qui sont, on peut les énumérer les uns après les autres. Le premier, c’est le vieillissement démographique. Le deuxième, c’est la dette et la charge de la dette. Le troisième, c’est peu ou prou le taux de chômage et la précarité des conditions de vie des différentes populations. Et puis vous avez aussi, qui ajoute à la situation délicate ou difficile dans laquelle nous sommes, la montée en puissance de l’économie numérique qui est un facteur de bouleversement et qui pèse à la fois pratiquement, parce que quoi qu’on en dise, elle supprime des emplois et elle pèse économiquement parce que ça permet de faire des gains de productivité et autres. Et donc vous avez à partir de là un problème majeur qui est un problème de croissance et puis vous avez des dérivés ou des problèmes secondaires qui sont des problèmes politiques, le Brexit. Vous pouvez avoir demain des problèmes sur les marchés d’actions. Vous pouvez avoir toutes sortes de problèmes qui sont en fait liés ou dépendants d’un seul facteur qui est la faiblesse de la croissance.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, on avait eu bien sûr cette crise de 2007 – 2008 et on a eu quand même beaucoup d’actions des banques centrales. On a eu les gouvernements, vous avez parlé de l’endettement, conséquence de l’action des gouvernements. On disait certes qu’on n’allait pas retrouver la croissance d’avant cette crise financière, notamment aux États-Unis, mais on ne pensait pas à une japonisation de l’économie, par exemple européenne, ce qui est un peu ce que vous évoquez là.

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : Oui, mais ça, on pouvait en parler. En tout cas, c’est évident qu’on est tous dans une situation de japonisation des économies puisqu’elles ont toutes les mêmes caractéristiques. Le Japon, c’est l’extrême. Il n’y a que le vieillissement de la population au Japon, c’est un extrême par rapport à d’autres pays. Mais vous prenez des pays en Europe, vous prenez l’Allemagne, même la France, elle s’en sort sur le plan démographique parce qu’elle bénéficie de l’immigration, mais elle est aussi dans une situation où le vieillissement de la population pose problème. La charge qui est représentée par ce phénomène, la charge liée aux dépenses sociales, aux dépenses d’aménagement et autres, c’est un phénomène qui pèse extrêmement lourd. Alors en 2008, on a utilisé une arme dont on est en train de voir la fin, le bout, c’est-à-dire la baisse des taux d’intérêt. C’est sûr que maintenant on est en taux négatif. Alors, on ne peut pas aller beaucoup plus loin. On peut être encore plus négatif que négatif, mais à un moment ou à un autre, il va y avoir une limite. Ce qu’il faut voir quand même, c’est que toutes les dettes d’État aujourd’hui, on prend l’ensemble des dettes des pays développés inférieures à sept ans, elles sont toutes négatives. À quelques exceptions près. Je ne vais pas vous dire, la Grèce est encore un peu positive. Les pays d’Afrique, mais ce n’est pas des pays développés, sont positifs. Enfin, bref. Par contre, tous les pays développés sont tous négatifs. La France est un exemple extraordinaire. L’emprunt d’État français à dix ans est à 0,20 ou 0,25 de rendement. La dette à moins de sept ans est négative partout. C’est une anomalie économique, mais c’est la conséquence de l’action des banques centrales. Maintenant, c’est fini. C’est-à-dire que l’action des banques centrales, ce n’est pas qu’elle va s’arrêter, elle va continuer, mais elle a déjà eu un effet extrêmement faible et là, elle va avoir un effet totalement nul. Donc, on est ce qu’on appelle dos au mur. Alors pour prendre une expression anglaise, puisque c’est un peu à la mode : we’re going nowhere, on ne va nulle part, c’est-à-dire on est dos au mur et on ne va nulle part. Qu’est-ce qui va se passer ? Je n’en sais rien. Je ne suis ni apprenti sorcier ni homme politique. Heureusement pour moi. En tout cas, la décision ou le futur est entre les mains des hommes politiques. Mais il peut se passer n’importe quoi sur le plan politique. Le Brexit est un exemple du n’importe quoi. on peut très bien, moi je pense que la chance de l’élection de Donald Trump aux élections américaines est très plausible, elle est même plus que plausible. Je pense qu’en France, quand on regarde les choses, les chiffres du bon côté, enfin du bon côté, objectivement, quand vous ajoutez le Front national et l’Extrême Gauche, vous avez presque la majorité. C’est quand même extrêmement…

Web TV www.labourseetlavie.com : Des partis traditionnels complètement…

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : C’est quand même extrêmement grave. Qu’est-ce qui va se passer ? Je n’en sais rien. Moi, je suis un analyste de marchés, je regarde les choses telles qu’elles sont. Je regarde simplement qu’aujourd’hui, on a imprimé les assignats, que la monnaie n’a pas beaucoup de valeur en tant que telle, d’ailleurs elle a un taux négatif. Il faut en tirer des conséquences pratiques.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il y a bien longtemps de ça, puisqu’on parle de l’Europe, on disait pour le capitalisme, pour « se réformer » ou trouver une solution à l’économie, on faisait des guerres. C’est pour simplifier.

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : Heureusement qu’aujourd’hui, c’est un phénomène impossible. Mais c’est sûr qu’aujourd’hui, c’est normalement, c’est une situation qui s’imposerait pratiquement. C’est-à-dire que vous avez des pays qui ont des excédents, d’autres qui ont des déficits, normalement c’est un sujet de conflit majeur. Vous avez les pays dont la population vieillit. Vous en avez d’autres dont la population est jeune. Vous prenez la guerre des croisades pour prendre un exemple simple, c’était une guerre de populations entre des excédents de population jeune et des excédents de population âgée, surtout un déséquilibre à l’époque entre les hommes et les femmes. On ne sait pas ce qui peut arriver. On n’est pas là pour jouer les apprentis sorciers et pour dire ça va se passer comme ci ou ça va se passer comme ça.

Web TV www.labourseetlavie.com : Ça veut dire qu’il faut que l’investisseur se mettre clairement en tête qu’il est là sur une période de croissance molle ou faible croissance et la période, il n’a aucune idée de la durée. Donc, il faut qu’il s’habitue à ça et qu’il aille…

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : Il y a deux choses qu’on ne connaît pas. On ne connaît pas la durée du phénomène. Malheureusement si on ne fait rien, elle va être longue. La deuxième chose qu’on ne connaît pas, c’est les remèdes que les médecins politiques vont nous donner pour essayer de régler ce problème. Ça, on n’en sait rien. Ils prient tous ou ils espèrent tous en un retour de l’inflation. Je dirais heureusement ou malheureusement, il y a l’Allemagne qui aujourd’hui est le coffre-fort du monde et je dirais qu’elle tient la clé. Et donc comme elle tient la clé, elle n’ouvre pas le coffre-fort. Et donc tant qu’il y a l’Allemagne et les pays qui lui sont un peu ressemblants, il n’y aura pas d’inflation. Parce que le moyen de créer de l’inflation, c’est de créer un impôt négatif et donc de laisser courir les déficits publics, mais autrement que ce qu’on fait jusqu’à présent, puisqu’aujourd’hui, on a un déficit public qui est là pour financer le courant. Là, on fabriquerait un déficit en donnant, en créant artificiellement de la demande à travers un impôt négatif. Je pense que ça viendra. Puisque déjà quand on vous parle d’hélicoptères monnaie, de distribution de billets et tout, c’est une forme d’impôt négatif, en tout cas une forme de distribution. Ça viendra, mais on n’est pas encore mûr pour ça.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors pour l’investisseur, on a vu des investisseurs qui diversifient à tour de bras en allant vers du private equity, en allant vers de l’immobilier, en diversifiant au maximum les classes d’actifs, quel est le… ?

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : Je pense que c’est cosmétique pour moi tout ça. Le private equity, l’intérêt du private equity, c’est que l’économie numérique est en train de prendre une place de plus en plus grande et que ça va s’accroitre. Puisqu’aujourd’hui, je crois que l’économie strictement numérique ou en tout cas liée à l’internet doit représenter quelque part autour de 10 % du PNB. On ira beaucoup plus loin. Donc, il y a de la marge. Donc, il y a des entreprises qui vont se créer et donc il y a un intérêt de ce côté-là. Sinon, la seule chose qui présente un intérêt, c’est ce qu’on appelle grosso modo les valeurs de rareté ou les valeurs refuges. Pour moi, la valeur numéro un, celle que je mets en avant, j’ai commencé à être très agressif sur le sujet en juin de l’année dernière, donc j’avais un peu d’avance, mais incontestablement, il faut avoir de l’or sur toutes ses formes. Il peut y avoir un mouvement sur l’or physique et sur ses dérivés qui peut être extraordinaire. C’est-à-dire qu’on est peut-être très loin des cours qu’on va connaître dans les deux, trois, quatre ans qui viennent. Quand moi je m’y suis intéressé, ça valait autour de 1 200 dollars l’once. On est retombé à pratiquement 1 000.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il y en a qui disent 1 400, maintenant on peut lire.

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : Non, mais je pense qu’on peut voir 2 000, 3 000 ou 4 000. Ce n’est pas…

Web TV www.labourseetlavie.com : Mais ça, c’est de la peur normalement quand on arrive à…

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : Non, ce n’est pas de la peur.

Web TV www.labourseetlavie.com : Non ?

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : Non. C’est ce qu’on appelle l’or monétaire. C’est-à-dire que vous avez une monnaie que personne ne contrôle. Il y a des stocks. Il y a une production extrêmement faible : 3 000 tonnes par an. Donc, c’est extrêmement faible par rapport aux besoins mondiaux. Quand on pense que les bourses ont perdu 2 000 milliards de dollars dans la journée de vendredi, on n’est pas quand même dans des niveaux très importants. On peut voir, comme on a vu le Dow Jones passer de 600 – 700 à 18 000. Peut-être qu’aujourd’hui, on est à l’envers de ce qu’on a connu dans les années quatre-vingt. Les années quatre-vingt, on avait des taux très élevés et des marchés très bas, les taux se sont effondrés pour être négatifs et les marchés ont beaucoup monté. L’or à l’époque n’intéressait pas grand monde. On est peut-être à l’envers aujourd’hui. C’est-à-dire qu’on est peut-être à un moment où l’or va passer de 1 300 dollars à 3 000 – 4 000. Je ne sais pas, je n’ai pas de niveau. Mais je pense qu’acheter aujourd’hui des aurifères, c’est un cadeau, c’est un don du ciel. Depuis le début de l’année, c’est vrai qu’on a fait à peu près entre 80 et 100 % sur les aurifères. Ok. Mais on est encore 80 % en dessous du niveau d’il y a cinq ans, donc il y a de la marge. Maintenant à côté de ça, vous achetez un peu d’immobilier, un peu de valeurs dites de père de famille, les L’Oréal, les Air Liquide, des choses comme ça et puis vous attendez que ça se passe et puis vous ajustez en fonction des décisions politiques.

Web TV www.labourseetlavie.com : Ça sera le mot de la fin. Merci, Jean-Philippe Lahana, d’avoir été avec nous.

Jean-Philippe Lahana – Président JPL Finances : Avec plaisir Didier. Avec plaisir.

 

Print Friendly