Interview Jean-Marie Mercadal Directeur Général Délégué en charge des Gestions OFI AM : "Plus de prudence sur les marchés actions".
Bourse : Stratégie d'investissement et perspectives de l'allocation d'actifs

23 mars 2014 12 h 27 min
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Bourse : Stratégie d’investissement et perspectives de l’allocation d’actifs.

« Plus de prudence sur les marchés actions », c’est ce que nous dit Jean-Marie Mercadal Directeur Général Délégué en charge des Gestions OFI AM en introduction de notre interview, voilà donc une excellente entrée en matière pour parler de la stratégie d’investissement et son évolution.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Jean-Marie Mercadal, bonjour. Vous êtes le directeur général délégué en charge des gestions chez OFI Asset Management. On va parler avec vous de l’actualité des marchés et des perspectives. Comment vous envisagez, vous, la stratégie d’investissements aujourd’hui ? Est-ce qu’elle a changé ? C’est vrai que quand on regarde globalement ce qui s’est passé sur les marchés, on voit la plupart des investisseurs assez favorables au marché actions

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : Alors, on a un petit peu changé. C’est vrai que depuis deux ans, on a un message très positif vis-à-vis des actions et d’une façon générale vis-à-vis de tous les actifs risqués. Aujourd’hui c’est vrai que l’on a un message un petit peu plus prudent parce que on trouve que, premièrement, il n’y a plus de décote de valorisation. Autant les marchés étaient « donnés » il y a deux ans ou même il y a cinq ans parce qu’on a l’anniversaire du plus bas de mars 2009, aujourd’hui ce n’est plus le cas premièrement. Et deuxièmement, sur le plan international, on a un certain nombre de nouvelles qui sont un petit peu plus préoccupantes. On ne sait pas si elles sont complètement négatives aujourd’hui, mais aux États-Unis, l’économie, les chiffres montrent que cela ralentit, peut-être que c’est dû à l’hiver très froid, et puis sur le plan international, en Chine il y a beaucoup de choses qui se passent, on craint un ralentissement, voire une explosion de bulles, on n’y croit pas vraiment, mais enfin les marchés peuvent y prendre peur. Et puis sur le plan géopolitique, inutile de faire un dessin, cela se complique un petit peu.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc quelque part peut-être une remise en cause de la stratégie précédente… ?

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : Le problème c’est qu’aujourd’hui, autant il était évident qu’il fallait aller sur les actions, autant aujourd’hui les actions c’est moins en ligne droite, par contre aller sur quoi ? Le reste, ce n’est pas très attractif non plus parce que les taux sont très bas, les investissements sur les obligations gouvernementales ne procurent plus de rendement, sur les obligations d’entreprises non plus. Le High Yield devient très dangereux. Alors, on peut se dire qu’il faut juste faire une petite pause pour revenir sur les actions si jamais il y a des phases de volatilité, et donc auquel cas il faut rester en cash ou aller vers des fonds, comme on dit en jargon technique, absolute return, diversifiés, des fonds d’allocation gérés par des gérants qui sont capables d’être un peu mobiles en restant dans des zones de risques limitées.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : On disait souvent ou on entendait en tout cas clairement côté marché américain, on était arrivé, on va dire, sur la valorisation, à ce pic que vous évoquiez, et on avait tendance à… on entendait en tout cas que les marchés européens avaient eux un potentiel… ?

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : C’est vrai qu’il y a une décote naturelle sur le marché européen parce que il a commencé beaucoup plus tard dans la remontée, mais d’un autre côté, le marché américain, ce n’est pas le même. Il est naturellement plus cher parce qu’il y a beaucoup plus de secteurs qui sont des secteurs de croissance, notamment dans la technologie, dans la biotechnologie, dans des secteurs innovants. C’est vrai que l’on ne parle pas des secteurs de l’économie des réseaux sociaux où là les valorisations sont excessives, mais enfin naturellement la bourse américaine est toujours plus créative. Et si on regarde historiquement, la bourse américaine a toujours le meilleur ratio rendement-risque. Donc je dirais qu’il faut regarder la bourse américaine qui donnera la direction et peut-être que la bourse européenne fera mieux en relatif, mais de toute façon, la bourse américaine, c’est le baromètre N° 1. Et donc de ce point de vue-là on pense qu’il peut y avoir une phase de pause,  d’observation, de consolidation légère qui donnera lieu à des phases où on pourra revenir sur des belles valeurs, éventuellement européenne d’ailleurs.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, ce qui s’est passé sur les derniers mois, notamment du côté des pays émergents, on a dit, oui, il faut parler de certains pays émergents, de pays par pays presque, même pour l’investisseur, de votre point de vue, cette crise des pays émergents, elle est toujours là ?

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : C’est vrai que c’est difficile pour les investisseurs de faire le tri entre les marchés émergents, donc on a tendance à les regarder globalement, c’est beaucoup plus simple, mais c’est vrai qu’il y a eu un déphasage entre les marchés occidentaux et émergents, et aujourd’hui il y a une vraie décote de valorisation. Nous on pense que c’est le moment de s’y intéresser parce qu’il y a des pays qui sont vraiment intéressants. Il y a des belles valeurs dans les pays émergents qui représentent quand même 40 % de l’économie mondiale, et donc ça c’est incontournable, et les valorisations aujourd’hui, il y a une décote d’à peu près 30, 40 % par rapport aux actions occidentales. Donc c’est vrai qu’à court terme, il y aura probablement encore un petit peu de volatilité parce que les flux internationaux ne vont pas revenir demain matin. Maintenant, les investisseurs qui ont un petit peu de temps devant eux, probablement c’est là qu’il y aura matière à faire des performances intéressantes pour le moyen terme, nous on y croit.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Il y avait aussi, pareil, toujours dans ces pays émergents, valeurs européennes mais qui bénéficiaient des pays émergents, on a vu l’impact sur les résultats de certaines de ces entreprises…

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : Oui, évidemment, il y aura un impact parce que cela ralentit et tout. Après, toute la question c’est la Chine. La Chine, si la Chine ralentit sérieusement, il y aura un impact généralisé, mais pas que sur les pays émergents, sur tout le monde. De ce point de vue-là, nous on ne croit pas à un ralentissement trop fort de la Chine. On pense que l’objectif de 7 % de croissance est un petit peu surévalué, on va être autour de 5 %, mais on ne croit pas à un scénario à 2 % de croissance en Chine, donc du coup les marchés émergents deviennent intéressants.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Cela fait longtemps que l’on parle de ce hard landing pour la Chine, certains le lancent et puis c’est toujours…

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : Oui, c’est vrai, cela fait très longtemps que l’on parle et on voit aujourd’hui la matérialisation des inquiétudes, et elles sont modérées parce que effectivement le monde occidental n’est pas tellement investi sur les banques chinoises. En fait, c’est un système de bulles, si bulle il y a, qui est en circuit interne. Donc l’impact qu’il peut y avoir éventuellement sur le monde occidental, c’est si la Chine ralentit très fortement, ce qui n’est pas le scénario que l’on privilégie parce que le gouvernement a les moyens, justement, d’éviter un Lehman « à la chinoise » et surtout il va faire attention à ce que dans le pays il n’est pas trop de casse sociale parce qu’il faut justement absorber les classes nouvelles qui viennent travailler et ils ont, ne l’oublions pas, 4000 milliards de dollars de réserves de change pour, justement, faire face à ces besoins éventuels.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Pas très loin de là, c’est le Japon, alors ça, il y a eu des investisseurs qui clairement ont raté ce marché, cela était tellement rapide, il y a aussi là des questions sur la politique économique suivie par le Japon et sur l’investissement au Japon ?

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : Tout à fait, je dirais que nous, nos fonds internationaux, on ne les a pas ratés parce que on s’était mis comme le benchmark tout en sachant qu’au Japon quand il y a des mouvements, ils peuvent être très violents, soit à la hausse, soit à la baisse. Donc là c’était un mouvement violent à la hausse. Alors, est-ce qu’il y aura un deuxième mouvement violent à la hausse dans la foulée du premier ? Pas évident, pas évident parce que les marchés vont demander un peu des concrétisations, justement, des espoirs qu’il y a eu sur la nouvelle politique menée par le nouveau premier ministre Abe. Je pense que l’on a un petit peu de temps pour observer et savoir si cette concrétisation a lieu ou pas. Donc je dirais qu’aujourd’hui le Japon peut faire une petite pause.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté de la stratégie d’investissement de l’allocation d’actifs, on voit que moins… peut-être plus prudent sur les actions, vous dites, c’est vrai, qu’il n’y a pas trop de perspectives et l’argent, on peut dire l’argent, le cash rapporte peu…

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : Le cash ne rapporte rien du tout, ce n’est pas peu, c’est zéro, les obligations très peu. Nous on trouve que les segments ??? (7’13) sont très dangereux aujourd’hui parce qu’il n’y a plus de rendement et il peut y avoir un risque fort parce que, si jamais tout le monde sort en même temps sur un marché peu liquide, cela peut être dangereux. On dit juste à nos investisseurs « cela fait deux ans que l’on vous dit d’aller à fond sur les actions. Là aujourd’hui, on vous dit qu’il faut y aller, mais attention. Faites attention parce qu’il peut y avoir des phases de correction ». Donc je pense qu’il ne faut pas abandonner les actions sur le moyen terme, mais il faut faire attention, il faut rentrer avec discernement, éventuellement avec des phases de consolidation. Et puis entre-temps, il faut rester  en cash même si cela ne rapporte rien, de toute façon…

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Peut-être le mot de la fin sur les matières premières. Ce qui se passe sur les matières premières, c’est assez… Il y a certains qui disent « regardez… », on parlait de la Chine, forcément cela a un impact, mais on voit une série de matières premières qui sont en train de chuter là…

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : Justement, ça c’est peut-être le fait de… C’est pour ça que le marché à un petit peu peur, c’est ce que l’on n’arrive pas à mesurer, effectivement les matières premières nous montrent que en Chine cela peut la ralentir plus fort que ce que l’on attend. Nous on a un scénario qui n’est pas trop catastrophique sur la Chine. Maintenant si les marchés des matières premières ont raison, cela veut dire que l’on a raison d’être prudent aussi, donc effectivement, on n’est pas des spécialistes des matières premières, mais c’est vrai que c’est un signal qui nous incite aujourd’hui à conseiller de prendre un petit peu plus de mesures de prudence.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci d’avoir fait le point avec nous Jean-Marie Mercadal, donc directeur général délégué en charge de la gestion chez OFI Asset Management.

 

Jean-Marie Mercadal, Directeur général délégué en charge des gestions chez OFI AM : Merci

 

© www.labourseetlavie.com. Tous droits réservés, le 23 mars 2014

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