Gustavo Horeinstein Gérant Dorval Finance : "La période reste favorable aux marchés actions".
Tv Bourse : Stratégie et perspectives d'investissement

29 juin 2014 18 h 23 min
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Bourse : Vers un rééquilibrage durable de la croissance mondiale au profit des économies développées ?

Quelles tendances boursières ?

Les réponses de mon invité Gustavo Horeinstein Gérant Dorval Finance.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Gustavo Horenstein, bonjour. Vous êtes gérant chez Dorval Finance. On va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés. On a globalement des investisseurs qui restent favorables au marché actions, est-ce que c’est toujours le cas pour vous ?

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : Oui, absolument. Chez Dorval Finance, nous restons investis sur les marchés actions. Cela reste une période qui est favorable pour deux raisons essentielles, d’abord parce que la croissance mondiale est là, elle se reprend et on pense que le deuxième semestre sera plutôt favorable en termes de croissance, notamment aux États-Unis, et deuxième chose, les conditions financières et monétaires restent aussi très favorables avec des banques centrales qui restent tout de même largement en mode expansionniste.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors on pourrait dire néanmoins qu’il y a eu des plus hauts, qu’il y a eu des indices qui ont largement battu des records, est-ce qu’en termes de valorisation justement on est encore confortable ?

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : C’est vrai qu’aujourd’hui on est un petit peu moins confortable en termes de valorisation, il faut être clair. La hausse maintenant depuis plusieurs années commence à tendre un petit peu les valorisations, donc il faut être prudent et très sélectif dans les investissements que l’on va faire. Par exemple en termes géographiques, aujourd’hui nous préférons l’Europe malgré tout aux États-Unis, notamment parce qu’aux États-Unis aujourd’hui le marché est assez haut, des valorisations élevées, et en plus sur des marges très élevées et des niveaux de résultats historiquement élevés, alors qu’en Europe il y a quand même le potentiel encore pour une normalisation et un rebond des résultats.

Web TV www.labourseetlavie.com : Quand on regarde effectivement ce panorama mondial, on a vu des pays notamment émergents souffrir notamment avec la politique monétaire américaine à un moment donné se reprendre, est-ce qu’aujourd’hui il y a plus de visibilité sur ces marchés émergents ou toujours peu ?

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : La situation des émergents reste compliquée dans leur globalité. Ceci étant, chez Dorval Finance, on a toujours insisté sur le fait qu’il fallait voir cet univers d’une manière beaucoup plus hétérogène, il y a des histoires très différentes aujourd’hui. Le seul point commun entre tous ces pays, c’est leur sensibilité au cycle monétaire américain, et donc la question de la vitesse de normalisation de la politique monétaire américaine va avoir un impact sur les pays émergents. Cependant, il y a quand même beaucoup d’aspects locaux. L’Inde est un bon exemple avec quand même un cycle économique qui se retourne, des réformes qui sont en train d’arriver, qui est favorable bien sûr au marché indien. Et puis de l’autre côté, le Brésil, pour prendre l’exemple inverse, où c’est beaucoup plus difficile. Le cycle économique reste un petit peu au fond du trou aujourd’hui il y a des incertitudes politiques liées aux élections en fin d’année. Donc on voit qu’il y a aujourd’hui des situations assez contrastées en fonction des pays émergents.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc là, on va prendre marché par marché. Si on regarde la Chine, on sait que les investisseurs regardent de près les statistiques chinoises, forcément compte tenu de son poids dans l’économie mondiale, est-ce que là on a aussi plus de risques ou est-ce que la Chine est en train de rassurer un peu les investisseurs ?

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : Je crois que les cycles économiques chinois et les cycles financiers sont très courts aujourd’hui, donc il y a deux mouvements simultanés. D’abord il y a un mouvement de ralentissement structurel de l’économie chinoise qui est en cours. On était à 10 % dans la décennie précédente, on est aujourd’hui autour de 7 %, 7, 7,5, et on va au fur et à mesure ralentir comme cela. Est-ce que c’est grave ? Non, c’est normal. C’est une économie qui est de plus en plus grosse aujourd’hui dans l’économie mondiale, et donc, même si sa croissance ralentit, son apport à la croissance mondiale reste quand même très significatif. En revanche, autour de cette grande tendance, il va y avoir des mouvements cycliques plus courts. Il y a eu un ralentissement très net en début d’année. Aujourd’hui cela semble se stabiliser un tout petit peu. Reste la question de l’immobilier qui reste effectivement centrale aujourd’hui. L’immobilier est en ralentissement en Chine, mais il semble que le gouvernement ait quand même les instruments pour essayer de stabiliser un petit peu le secteur immobilier. Aujourd’hui, à très court terme, il semble y avoir un rebond de la croissance en Chine, un léger rebond, et donc ça, ça rassure un tout petit peu les investisseurs sur les actifs chinois et en règle générale sur les émergents qui sont quand même assez dépendants de la Chine.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a pu voir d’ailleurs des investisseurs jouer largement ces marchés émergents, cela a pu être gagnant on va dire dans une certaine période, et puis là on pourrait se dire que malgré la croissance, malgré cette belle « image » de croissance, l’investisseur lui il a pu perdre sur tel ou tel marché, ce n’est pas évident quand même ces investissements sur les émergents ?

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : C’est vrai, c’est vrai. Il faut voir que la dernière décennie a été exceptionnelle pour les émergents en termes de croissance. Aujourd’hui on a clairement cet écart de croissance entre le monde émergent et le monde développé qui est en train de se réduire. Il ne va pas se résorber totalement et on pense que le monde émergent va continuer à croître plus vite que le monde développé, mais cet écart s’est réduit. Et là, on passe cycliquement en tout cas une phase un peu plus difficile avec un certain nombre de pays qui sont en phase d’ajustement. Donc c’est un peu difficile et il faut négocier, gérer cette phase de transition. Deuxième point très important sur lequel on insiste beaucoup, il n’y a pas de corrélation entre la croissance économique d’un pays et les rendements boursiers. Ce sont deux histoires différentes. On peut avoir une croissance très rapide sans que les rendements boursiers soient là parce que, pour avoir des bons rendements boursiers, il faut d’abord avoir un marché financier qui soit profond, bien développé, liquide, il faut avoir des entreprises qui gagnent de l’argent, et ce sont deux choses qui ne sont pas forcément compatibles ou pas forcément obligatoires lorsque l’on a de la croissance. Et la Chine, c’est l’exemple, c’est une formidable histoire de croissance dans la durée. Par contre dans la durée, les performances boursières en Chine ont plutôt, plutôt été décevantes.

Web TV www.labourseetlavie.com : Pas très loin de la Chine, le Japon bien entendu. Ça, il y a clairement des investisseurs qui, au début du changement de politique économique, n’ont pas participé à cette progression boursière. Aujourd’hui, avec les nouvelles réformes, avec les questions qui se posent sur l’économie japonaise, est-ce que le marché japonais est encore un marché sur lequel investir ?

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : Aujourd’hui nous sommes plutôt prudents sur le marché japonais. Nous avions un peu participé à la hausse l’année dernière, mais c’était vraiment assez tactique, on va dire, comme approche. La raison essentielle, c’est que la hausse du marché japonais en grande partie est directement liée au yen, à l’impact direct que le yen va avoir sur le résultat des entreprises, mais cet effet-là, en grande majorité, est déjà passé. Donc maintenant, pour vraiment continuer à jouer le marché japonais, il faut vraiment jouer cette réflation, vraiment une économie qui sorte vraiment de l’ornière. Or aujourd’hui, ce n’est pas encore évident que le Japon ait atteint ce stade. C’est vrai qu’il y a cet effet du yen, il est là, il a déjà été pricé. Maintenant, pour avoir plus, il faudrait… Voilà, c’est un vrai redémarrage de l’économie, notamment un redémarrage du crédit. Et ce que l’on aimerait voir, ce sont les banque japonaise surperformer le reste de l’indice. Or ce n’est pas ce que l’on observe aujourd’hui. Aujourd’hui les banques japonaises sont plutôt en retard. Donc cela ne correspond pas vraiment à l’image que l’on a d’une économie en réflation. Prenons la zone euro, juste pour faire le parallèle rapidement. Dans la zone euro, on joue cette réflation, effectivement les banques, pour une grande partie de ce mouvement, ont surperformé, ce qui est logique, c’est bien cela qui est l’enjeu. Au Japon cela n’est pas le cas, ce sont les exportateurs qui ont fait mieux, donc c’est vraiment le change qui joue. Ce n’est pas le type de rallyes, ce n’est pas le type de mouvements que l’on aime beaucoup aujourd’hui. Donc approcher le marché japonais tactiquement pourquoi pas ? Et là c’est vrai qu’il y a une phase intéressante en ce moment de rebond du marché japonais, mais plus structurellement, c’est un marché sur lequel on est, je dirais, prudent.

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté des événements géopolitiques, il y a quelques mois, et c’est toujours le cas pour l’Ukraine, finalement les investisseurs ont laissé un peu l’Ukraine de côté c’est-à-dire ont continué à investir sur les marchés actions sans porter effectivement un regard particulier sur l’Ukraine, et là on voit que la géopolitique bouge un petit peu avec l’Irak notamment, là on parle du pétrole, on voit les mouvements sur le marché pétrolier, est-ce que cela peut changer ? Est-ce que cela peut être un facteur de risque plus important finalement ?

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : Oui, le risque géopolitique est un risque toujours présent et donc il faut toujours le surveiller. Sur les marchés financiers, on ne va pas devenir tous des experts en géopolitique, donc c’est difficile de voir exactement comment cela va évoluer. Ce qu’il est intéressant de noter, c’est vrai, c’est que jusque-là, tous ces événements ont été absorbés assez facilement, et une des raisons, c’est précisément que le taux d’intérêt aujourd’hui est très, très bas, et le taux d’intérêt, c’est le prix de la patience, et donc les investisseurs sont beaucoup plus patients et ont beaucoup plus de capacité d’absorber ce type d’événements que par le passé. Maintenant, tout dépend bien sûr de l’évolution. On s’est évidemment que dans le cas irakien, la courroie de transmission, c’est le prix du pétrole. Donc c’est ce que l’on observe aujourd’hui avec attention.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui parce que là s’il n’y a pas de… déjà que la croissance économique n’est pas très forte, si en plus il y a une hausse du prix du pétrole, on peut dire que là, le scénario principal est plombé.

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : Absolument. Ce serait un choc négatif, notamment sur le pouvoir d’achat des ménages dans le monde développé, et donc ce serait quelque chose évidemment qui serait… qui remettrait en cause ce scénario de reprise modérée de la croissance mondiale que l’on attend.

Web TV www.labourseetlavie.com : Peut-être le mot de la fin, on n’est pas encore en été, en tout cas en France il y a un peu de mal, on est plus prudent dans ces périodes-là ? En termes de gestion, on  fait attention à tout ce qui se passe parce qu’il y a peut-être moins d’acteurs présents et il peut y avoir justement ces risques géopolitiques qui à un moment donné ressurgissent ?

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : Oui, il y a une sorte de saisonnalité que l’on peut observer dans les comportements des investisseurs avec souvent une réduction du risque pendant l’été, d’ailleurs cela n’est pas spécialement statistiquement… cela ne se voit pas spécialement en fait dans les statistiques de performance ou de quoi que ce soit, c’est plus une habitude. Mais je dirais qu’il faut avoir une vision un peu plus long terme et se dire « quelle est ma perspective à 12,18 mois ? » Et c’est cela qui doit guider les investissements, le reste étant plutôt tactique.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Gustavo Horenstein d’avoir été avec nous.

Gustavo Horenstein, gérant chez Dorval Finance : Merci.

 

© www.labourseetlavie.com. Tous droits réservés, le 29 juin 2014.

 

 

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