Céline Piquemal-Prade Gérante Comgest : "La faiblesse des prix du pétrole sera un facteur important pour les trimestres à venir".
Bilan stratégie d'investissement et perspectives 2015

20 décembre 2014 19 h 22 min
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Retour sur l’actualité économique et financière Bilan 2014 de la stratégie d’investissement 2015.

De nouveaux factuers devises, pétrole sont venus perturber les marchés financiers en fin d’année.

Comment se projeter sur les prochains mois ?

L’éclairage avec notre invitée Céline Piquemal-Prade Gérante Comgest.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Céline Piquemal-Prade, bonjour. Vous êtes gérante chez Comgest. On va parler avec vous un peu de cette année 2014 et puis des perspectives. Qu’est-ce que vous retenez, vous, de cette année ? On a parlé d’un peu plus de volatilité en fin d’année, on a vu, bien sûr, les banquiers centraux à la manœuvre mais qu’est-ce qui a été le plus symptomatique de cette année pour vous ?

Céline Piquemal-Prade, gérante chez Comgest : Finalement une année qui a été pleine de surprises. La première, c’est que, si on se souvient, en début d’année 2014, on pensait tous que l’Europe allait nous surprendre positivement, et puis finalement il s’avère que le marché européen aura été le moins bon marché sur cette année 2014, donc une grande surprise quant à l’ordre d’arrivée sur les marchés financiers avec une très belle performance, une fois encore, du marché américain pendant cette année 2014. La deuxième surprise pour moi, cela a été simplement la très belle performance de cette année 2014. Il faut voir que sur les marchés Actions internationaux, on aura fait une année autour de 16, 17 %. On va voir comment est-ce que on touche la ligne d’arrivée, mais cela aura été finalement une très belle année, et là encore une surprise puisque on avait entamé l’année un petit peu sur la réserve après une année 2013 qui avait aussi été une bonne année pour les marchés Actions. Donc deux surprises, la première sur l’ordre d’arrivée et la deuxième sur la performance absolue de ce marché Actions pour 2014. Donc finalement on peut dire que cela aura été une année nettement meilleure que ce à quoi on s’attendait il y a un an.

Web TV www.labourseetlavie.com : Pour les investisseurs effectivement, ils peuvent se tromper, des fois ils sont trop optimistes en début d’année, cela arrive souvent, ce biais-là on le connaît, le facteur le plus discriminant, cela a été ce qu’ont décidé les Banques centrales ? Qu’est-ce qui a été le facteur… ou la géopolitique, qu’est-ce qui a le plus perturbé finalement ?

Céline Piquemal-Prade, gérante chez Comgest : Je pense que finalement cela a été le fait que les Banques centrales effectivement ont continué à imprimer plus longtemps que ce qui était anticipé. Il faut voir que l’économie américaine se porte aujourd’hui plutôt bien, on a eu les chiffres qui sont sortis la semaine dernière qui étaient bons, et malgré tout, on n’a toujours pas assisté à un resserrement monétaire du côté des États-Unis, et effectivement cela a entraîné un environnement plus favorable aux marchés financiers que ce que l’on pouvait anticiper. On pouvait anticiper un craquement du côté des pays émergents, cela n’a pas été le cas à ce jour et effectivement cela a été plutôt porteur pour les marchés financiers dans leur ensemble. Du côté, à l’inverse, des bénéfices d’entreprises, il faut voir que la déception a plutôt été assez grande. On avait entamé l’année en anticipant plutôt de bonnes choses de ce côté-là mais, là encore, 2014 nous a réservé des surprises puisque finalement on risque de finir l’année avec une croissance mondiale qui ne va être qu’autour de 8 à 9 %, ce qui est finalement très faible, compte tenu du fait que la crise économique que nous avions entamée en 2008-2009 est bien derrière nous maintenant, cela fait un peu plus de cinq ans que l’on est sorti du gouffre, et malgré cela on ne voit toujours pas une forte reprise économique arriver. Donc on a une dichotomie finalement entre le comportement des banques centrales, la liquidité qui était très porteuse pour les marchés, et de l’autre des entreprises qui sont toujours avec des bénéfices assez faibles, et on le voit encore aujourd’hui. J’ai rencontré des entreprises européennes, je dois dire que j’ai été assez déçue par les rencontres que j’ai pu avoir avec elles, elles m’ont confirmé que l’environnement reste morose. Donc on est dans un environnement qui reste compliqué du côté des entreprises.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc quelque part malgré toutes ces injections de liquidités, effectivement pour l’instant l’économie réelle reste, on va dire, en devenir ?

Céline Piquemal-Prade, gérante chez Comgest : Voilà.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il y a un besoin de plus de croissance.

Céline Piquemal-Prade, gérante chez Comgest : Voilà, mais cela n’empêche pas les investisseurs de partir à la recherche de performances, d’investir les liquidités disponibles, en sachant que la Banque centrale leur est favorable, sur les marchés Actions. Donc on assiste véritablement à une dichotomie qui est, à mon avis, importante et qui sera sûrement une des clés de l’avenir et peut-être de ce que l’on pourrait avoir sur cette année 2015. Est-ce que on peut continuer à être porté comme cela par des liquidités sans avoir de croissance des bénéfices ? À mon sens, cela peut être plus compliqué et il va falloir faire attention.

Web TV www.labourseetlavie.com : Pour l’instant le consensus sur les taux d’intérêt aux États-Unis notamment, c’est à peu près juin 2015. Alors il y a ceux qui envisagent plutôt, ceux qui disent « non, cela ne pourra pas arriver avant la fin de l’année 2015 », est-ce que cela va être un peu, je dirais, le marqueur de l’année 2015 ?

Céline Piquemal-Prade, gérante chez Comgest : Je pense qu’effectivement les choses auxquelles il va falloir faire attention, pendant cette année 2015, c’est la force de la reprise sur les États-Unis. La force de la reprise sur les États-Unis risque de donner le tempo sur le resserrement monétaire à venir. Cela va donner le tempo également sur la force du dollar par rapport aux autres devises et c’est extrêmement important, non seulement pour l’Europe, mais surtout pour les pays émergents. Et on ne peut pas complètement écarter une situation à la 97 où vous aviez eu un dollar extrêmement fort qui avait entraîné dans son sillage des devises émergentes sous pression et une forte pression sur les marchés émergents, la crise asiatique dont on se souvient qui avait eu lieu à ce moment-là. Donc ça c’est quelque chose qui peut tout à fait arriver, surtout dans un environnement qui reste très complaisant, encore une fois. Il faut avoir en tête que, pendant les trois dernières années, il n’y a pas eu de croissance des bénéfices d’entreprises dans le monde, et malgré tout, les marchés ont monté de 40 %. Donc c’est cette dichotomie à laquelle il faut faire très attention aujourd’hui et qui peut nous réserver des surprises. Effectivement, tous les clients que je rencontre ont envie maintenant d’acheter les marchés parce que on a fait effectivement + 20 cette année, +20 l’année d’avant, +160 % en cinq ans, on se dit « finalement j’ai raté le mouvement, il faut que j’investisse maintenant ». Il faut faire attention parce qu’effectivement, malgré tout, il n’y a pas eu de croissance des bénéfices. Donc il faut, si on fait le choix d’investir sur les actions, ce qui peut quand même être attractif, faire attention à le faire avec discipline et en allant chercher des gérants qui vont pouvoir trouver la croissance là où elle se trouve et ne pas se prendre dans des mines qui pourraient arriver, compte tenu de l’environnement un peu plus compliqué du côté du dollar ou du côté des taux d’intérêt dans certaines zones géographiques ou dans certains secteurs.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc quelque part, cet environnement artificiellement réalisé par les banquiers centraux, il y a un moment donné où on revient à la normale alors que cela fait un moment que cela dure, donc on peut se dire qu’il y a encore un peu de temps, mais il y a un moment donné où la valeur des actifs va retrouver un semblant de normalité ?

Céline Piquemal-Prade, gérante chez Comgest : C’est cela. Je pense qu’aujourd’hui il faut être quand même assez pragmatique, c’est ce que je vous disais. Effectivement, les valorisations des marchés sont très tendues, surtout du côté des États-Unis, on est à 26,5 x les bénéfices moyens des 10 dernières années. Il faut voir que l’on n’est plus très loin des niveaux de 2007 ou des niveaux de 99-2000. Ce sont quand même des signaux qui nous disent que cela va être un petit peu plus dur de continuer à croître au même rythme que ce que l’on a fait depuis 2009. Et puis, la deuxième chose, c’est qu’effectivement, étant donné que l’on est dans un environnement qui reste difficile du côté des bénéfices, il faut faire là aussi très attention à sélectionner les entreprises qui vont être capables de délivrer pour ne pas se prendre les pieds dans le tapis avec des sociétés qui ont beaucoup promis sans délivrer.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il y a de temps en temps aussi un peu plus de sujets, là c’est la Grèce qui est revenue par exemple, il y a bien sûr la géopolitique qui fait de temps en temps effectivement parler d’elle, ces événements-là qui, jusqu’à présent, n’ont pas empêché les marchés, quelque part, de progresser, aujourd’hui on sent qu’il y a peut-être un petit peu plus attention des investisseurs sur ces aspects-là ?

Céline Piquemal-Prade, gérante chez Comgest : Quand on est dans un environnement un peu plus cher avec des valorisations qui sont un peu plus tendues et un environnement qui est complaisant, effectivement on peut se faire peur, on l’a vu en octobre cette année, on pourra peut-être le voir au cours de cette année 2015, il faut savoir que dès que l’on est… dès que l’on attend plus le loup, il peut nous surprendre. C’est un petit peu ce qui est en train de nous arriver. Mais de l’autre côté, la bonne nouvelle quand même de cette fin d’année, c’est la faiblesse du prix du pétrole et cela risque, là aussi, d’être un élément très important pour les mois, pour les trimestres à venir, parce qu’un pétrole faible, cela change la donne d’un point de vue géopolitique, mais cela change aussi la donne pour les entreprises qui risquent de gagner, les entreprises qui vont perdre, les zones qui vont gagner et les zones qui vont perdre, cela va être sûrement beaucoup plus favorable par exemple aux consommateurs. Il faut savoir que cela fait gagner des points de croissance, des points de pouvoir d’achat pour les familles les plus modestes, donc il y a des entreprises qui vont sûrement en profite. Et un pétrole faible, c’est aussi favorable pour les pays qui importent du pétrole, et là on pense à l’Inde, à la Chine, au Japon, à l’Europe, c’est moins favorable pour les pays exportateurs, et là on voit plutôt le Brésil, le Mexique, les pays producteurs de pétrole qui risquent d’être dans une situation moins favorable.

Web TV www.labourseetlavie.com : On s’est posé des questions effectivement sur le Venezuela. Donc en résumé on peut dire que la partie Actions, il y a des choses à faire puisque on va aller chercher du rendement et de la croissance, mais il va falloir vraiment être très sélectif dans les prochains mois ?

Céline Piquemal-Prade, gérante chez Comgest : Tout à fait, c’est exactement ce que nous essayons de faire d’ailleurs chez Comgest aujourd’hui, mais il y a toujours du potentiel parce que, on le voit, aujourd’hui on a un portefeuille Actions internationales chez Comgest qui s’appelle Comgest Monde, et ce portefeuille, il a de la qualité et de la croissance, croissance moyenne des bénéfices au cours des trois dernières années, 12 %, alors que je vous disais que l’on n’avait quasiment pas eu de croissance, et la prime que vous payez pour ce portefeuille n’est que de 13 %. Donc on voit qu’il y a encore des inefficiences à aller chercher et que si vous allez chercher ces inefficiences, cela peut effectivement s’avérer gagnant pour l’avenir.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Céline Piquemal-Prade d’avoir été avec nous.

Céline Piquemal-Prade, gérante chez Comgest : Merci beaucoup Didier, à très bientôt. Au revoir.

 

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