Alain Zeitouni Directeur de la Gestion Russell Investments : "Il faut toujours avoir une approche régulière sur les marchés".
Stratégie et perspectives d'allocation d'actifs

29 avril 2015 16 h 46 min
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Politique monétaire, envolée des actions, marchés obligataires, Wall Street, marchés émergents, revue de détail de l’actualité économique et financière.

Mon invité pour en parler est Alain Zeitouni Directeur de la Gestion Russell Investments

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Alain Zeitouni, bonjour. Vous êtes directeur de la gestion de Russell Investments. On va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés. Comment vous regardez en ce moment, je dirais, les marchés Actions ? On voit, beaucoup d’investisseurs se ruent sur ces marchés Actions. Quand on a ce type de phénomène, comment on l’analyse ?

Alain Zeitouni, Directeur de la gestion chez Russell Investments : On s’en réjouit premièrement parce qu’effectivement pour nos portefeuilles, cela donne des très, très belles performances, et pour les investisseurs qui nous ont fait confiance, ce sont aussi des bons retours sur investissements. Après, on analyse un petit peu plus en détail quelles ont été les raisons de ces résultats à deux chiffres que l’on a connus depuis le début de l’année et depuis six ans, globalement, sur les marchés Actions internationaux. On se rend compte finalement qu’il y a eu des facteurs positifs, notamment aux États-Unis, avec un accès aux marchés des capitaux très facilité par la FED, avec des taux extrêmement bas sur l’ensemble des zones géographiques, et des politiques de relance qui ont permis aux marchés Actions de monter. Alors, après, effectivement, il y a peut-être des zones aujourd’hui où on a plus de prudence que d’autres. Par exemple les États-Unis est une zone où on est un petit peu plus prudent parce que les marchés sont extrêmement élevés, parce que les perspectives de croissance sont peut-être un petit peu plus faibles que dans le reste du monde. Nous, on voit 2,5 de croissance pour 2015 aux États-Unis, mais surtout on se rend compte qu’il y a quelques vents défavorables pour les entreprises américaines.

Web TV www.labourseetlavie.com : Avec l’effet dollar qui s’est fait sentir parce que cela a été des mouvements de devises importants auprès d’entreprises internationales américaines ?

Alain Zeitouni, Directeur de la gestion chez Russell Investments : Typiquement, c’est un des éléments. L’euro a quand même baissé de 30 % par rapport au dollar en 12 mois glissants, ce qui est énorme. Et puis on voit aussi l’impact du pétrole pour les entreprises américaines. C’est vrai que nous, en Europe, on est globalement importateur de pétrole, donc au contraire c’est une bonne nouvelle la baisse du pétrole alors qu’aux États-Unis, avec tous les investissements qui ont été faits dans le gaz de schiste, on voit que peut-être aujourd’hui il y a certains projets qui vont être moins rentables, certaines entreprises qui vont avoir quelques difficultés à boucler leur plan de financement, et donc on est un petit peu inquiet. Rajouter la FED qui a clairement dit dorénavant qu’en 2015 il y aurait clairement un premier mouvement de remontée des taux courts, on se rend compte que là on va être aussi à un point d’inflexion sur les marchés. Après, je veux dire, depuis 2008, la FED n’a fait que baisser ses taux, donc là on voit que l’inflexion de la politique monétaire de la FED pourrait également être un vent défavorable pour les marchés boursiers américains.

Web TV www.labourseetlavie.com : En même temps, on a décalé souvent ce calendrier de la Réserve fédérale américaine au gré des conférences de presse, le consensus partait sur juin, septembre, certains disent fin d’année, cela n’arrête pas d’évoluer ?

Alain Zeitouni, Directeur de la gestion chez Russell Investments : Oui, cela évolue, mais, à la fin, le résultat est le même, c’est que les taux aux États-Unis… La FED va remonter les taux courts, que ce soit en juin ou en septembre ou en novembre peut-être éventuellement, la FED ne fait plus de mystère là-dessus. Alors, la remontée ne sera pas forte pour 2015, mais c’est là aussi un changement majeur dans sa politique et une inversion de tendance et sur laquelle il faut être vigilant.

Web TV www.labourseetlavie.com : C’est-à-dire que l’on ne peut pas être aujourd’hui en dehors de ces marchés Actions, forcément vu ce qu’ils ont fait, sinon on ferait de la contre-performance, et en même temps il va falloir trouver le bon timing pour, non pas en sortir complètement, mais trouver d’autres opportunités à un moment donné ?

Alain Zeitouni, Directeur de la gestion chez Russell Investments : Bien sûr, et puis il y a aussi d’autres marchés peut-être qui ont un niveau d’attractivité plus important. Le Japon, l’Europe sont des zones où nous avons un petit peu plus de niveau de conviction plus fort sur les marchés. Même si là aussi il y a eu un mouvement boursier qui a été significatif, depuis trois mois, depuis six mois maintenant, mais on voit quand même qu’il y a des catalyseurs positifs sur les marchés Actions dans ces zones, comme la baisse du pétrole, la baisse du yen pour les entreprises nipponnes, la baisse de l’euro pour nos entreprises européennes. Et puis, dans les deux cas, des banques centrales qui, autant au Japon qu’en Europe désormais, sont engagées pour lutter contre la déflation et pour apporter une liquidité très importante aux entreprises, donc là aussi peut-être des facteurs de soutien à moyen, long terme sur le marché, même si effectivement, comme vous le soulignez, une petite pause à court terme n’est pas à exclure.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il y a eu aussi… donc on parlait de ces effets pétrole-devises, cela a eu un impact sur les marchés émergents significatif, cela les a mis un peu de côté du spectre pour les investisseurs, en tout cas dans les plus prudents sur cette partie-là, est-ce que cela a changé depuis quelques semaines ou pas ? Est-ce qu’il y a un retour d’intérêt sur les marchés émergents ?

Alain Zeitouni, Directeur de la gestion chez Russell Investments : Les marchés émergents risquent de souffrir un petit peu de la remontée du dollar notamment puisque effectivement leurs coûts vont être en devise locale et peut-être dans certains cas, quand ils exportent, en dollars, cela risque d’être un petit peu plus compliqué. Rajouter quelques problématiques liées à la Russie, au Brésil et à la baisse du pétrole, font qu’il y a peut-être quelques éléments d’ajustement qui vont être nécessaires, une instabilité politique dans certains pays, donc on est plutôt prudent aujourd’hui tout en se disant que c’est peut-être là que, sur long terme, il y a les plus grandes opportunités de performances sur un horizon de trois à cinq ans. Donc cela veut dire qu’aujourd’hui, nous on est en retrait mais à l’affût peut être d’un mouvement un petit peu plus important de correction pour pouvoir réinvestir, tant sur les marchés Actions sur les marchés de la dette, n’oublions pas que les marchés de la dette émergents sont des marchés aussi qui aujourd’hui offrent des rendements de 300-350 pb au-dessus de ce que l’on peut avoir sur de la dette d’État dans les pays développés, c’est quand même intéressant. Donc à surveiller, encore un petit peu tôt selon nous.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a vu aussi l’impact sur l’économie chinoise et la croissance chinoise, aujourd’hui on est sur d’autres rythmes, même si cela reste un rythme encore important, mais ce n’est pas le rythme historique de la Chine. Est-ce qu’il y a une inquiétude à avoir quand on voit ce que fait la banque centrale chinoise et les sujets effectivement locaux ?

Alain Zeitouni, Directeur de la gestion chez Russell Investments : Il y a une inquiétude parce qu’on a un marché qui a pris 90 % en six mois. Donc, déjà, rien que là, typiquement, c’est une source de bulles. On a des inquiétudes parce qu’on a une croissance qui va être au plus bas depuis 25 ans, on estime entre 6,5 et 7 %, et on a des bulles immobilières qui sont en train de dégonfler dans certaines régions. Donc effectivement cela peut être une zone d’inquiétude forte et un risque de contagion sur le reste de la zone. Maintenant on a aussi une banque de Chine et des autorités chinoises qui sont prêtes à tout pour essayer d’enrayer et de contrer ces phénomènes. Donc, sachant que, contrairement à nous, la Chine a accumulé des milliards et des milliards de réserves, du fait de sa forte croissance depuis 15 ans, on peut se dire que la Chine a aussi les moyens de relancer son économie, de lutter contre une crise immobilière un petit peu plus importante ou contre la spéculation. Donc oui risque, mais aussi risque contenu.

Web TV www.labourseetlavie.com : Le mot de la fin, un investisseur qui n’aurait pas été sur les marchés Actions et qui regarderait aujourd’hui ces indices, qui dirait « J’y vais », c’est trop tard pour lui compte tenu de ce que vous avez dit sur la stratégie de la FED ?

Alain Zeitouni, Directeur de la gestion chez Russell Investments : Ce n’est jamais trop tard. Il faut toujours peut-être avoir une approche régulière sur les marchés financiers et se dire il y a des points d’entrée. C’est difficile de rester absent parce qu’on voit effectivement le train passer. Donc rentrer régulièrement, mettre en place des programmes d’achats systématiques régulés sur les marchés Actions, c’est la manière la meilleure de rentrer sans être très sensible au timing. Et puis, quand on voit qu’il y a des mouvements de correction peut être un petit peu plus importants, se dire que, là aussi, ce sont des points d’entrée et c’est comme cela que, aussi, nous gérons nos portefeuilles.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Alain Zeitouni d’avoir fait le point avec nous.

Alain Zeitouni, Directeur de la gestion chez Russell Investments : Merci.

 

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