Daniel Gerino Président Carlton Sélection : "Il y a des perspectives sur la zone euro".
Bourse : Stratégie et perspectives d'investissement sur les marchés

1 mars 2015 17 h 14 min
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Retour sur l’actuaité des marchés financiers : FED, politique monétaire, BCE, émergents, dollar, …

Avec mon invité Daniel Gerino Président de Carlton Sélection, nous parlons de l’actualité économique et financière et des conséquences sur la stratégie d’investissement.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Daniel Gerino, bonjour. Vous êtes le président de Carlton Sélection. On va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés. Commençons, si vous le voulez bien, peut-être par les taux, cet environnement de taux qui bouge. Aux États-Unis, on avait un scénario 2015 relativement simple, on avait ce mois de juin 2015, on voyait effectivement une hausse de taux arriver à ce momentlà. Et puis cela se déplace un petit peu, il y a plus de débats, compte tenu des chiffres. Comment vous analysez, vous, aujourd’hui, la situation aux États-Unis ?

Daniel Gerino, Président de Carlton Sélection : Je pense que les États-Unis, sur la politique de taux d’intérêt, on a une situation qui est un petit peu compliquée parce qu’il y a la position des changes qui intervient de façon extrêmement importante aujourd’hui. Le dollar s’est quand même très, très fortement réapprécié, et lors du dernier FOMC, Mme Yellen a quand même indiqué de façon très, très claire qu’elle était très préoccupée par la forte hausse du dollar. On sait que les États-Unis ont quand même une position relativement limitée en termes d’exportations par rapport au PIB, même si cela joue quand même de façon importante, mais ce n’est pas non plus le cœur de leur business. Donc la politique monétaire qui va être menée sera quand même très liée à la politique de change. La politique de change, elle l’indique, elle souhaite avoir un dollar qui soit à des niveaux qui soient quand même raisonnables pour ne pas obérer la croissance économique américaine. Donc moi j’ai un peu le sentiment qu’elle va retarder sa politique de hausse de taux. Évidemment, au départ initialement, tout le monde prévoyait une hausse de taux au mois de juin, puis peut-être au mois d’août, moi je pense qu’elle tempérera de plus en plus pour éviter de voir flamber à nouveau le dollar. Donc c’est une situation qui va être relativement, je dirais, homéopathique sur les taux d’intérêt.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui parce qu’on avait vu d’ailleurs certaines grandes entreprises américaines commencer effectivement à être impactées par cette hausse de la devise américaine.

Daniel Gerino, Président de Carlton Sélection : Oui, tout à fait. Cela joue pour beaucoup parce que cela provoque une chute un petit peu du commerce extérieur, une perte un peu de rentabilité, de profitabilité, mais en face de cela, il y a évidemment le contre-choc pétrolier qui a permis de dégager une bouffée d’oxygène pour les entreprises. On estime qu’en gros cela va donner à peu près 2,8 % d’augmentation de chiffre d’affaires et 2,6 de bénéfice. Mais enfin, cette situation, elle est quand même un petit peu tendue. Je pense que les États-Unis sont quand même dans une situation où ils ont, par le passé, bénéficié de facteurs extrêmement favorables, de taux d’intérêt extrêmement bas, un quantitative easing, c’est terminé, des taux qui sont plutôt à la hausse, même si ce sera modéré, parallèlement à cela, une énergie pas chère. Il faut savoir qu’il y a deux ans, le coût d’exploitation ou d’extraction, plutôt, du gaz de schiste, était 60 $/équivalent baril, ce qui fait un avantage comparatif qui est quand même extrêmement important alors que nous-mêmes, nous le payions entre 95 et 105 $. Cet avantage-là a totalement disparu. Donc ils vont se retrouver dans une situation un petit peu différente, et c’est peut-être l’Europe qui aura plus de bénéfices comparatifs par rapport aux États-Unis c’est-à-dire le même coût de l’énergie, des taux d’intérêts qui vont durablement rester, quand je dis durablement sur les taux courts, je pense que cela tiendra pendant deux bonnes années, et donc une politique monétaire expansionniste avec le QE de la BCE qui va évidemment donner une bouffée d’oxygène. Après, on peut se poser la question de l’impact sur les taux d’intérêt évidemment. La Banque centrale européenne agissant de façon extrêmement violente, marquée, sur le marché interbancaire, sur la production de masse monétaire puisqu’on voit déjà que le M3 commence à remonter, ils souhaitent remonter le bilan d’un trilliard c’est-à-dire revenir à trois trilliards, ce qui était la fin des fameux LTRO, et puis après on avait eu une contraction du bilan de un trilliard, donc la Banque centrale européenne est dans une logique plutôt de taux bas, les États-Unis sont dans une logique de taux qui vont remonter, un avantage comparatif devise qu’ils n’ont plus et des taux d’intérêt, encore une fois, qui seront plutôt sujet à ralentir la croissance économique plutôt que de la promouvoir. Donc je pense que, même si la croissance est autant entretenue, le marché a comme très fortement performé, on a fait en gros ces cinq dernières années 25 % en moyenne chaque année sur les indices américains, donc on est peut-être maintenant…

Web TV www.labourseetlavie.com : Voilà, cela fait beaucoup, donc en termes de valorisation…

Daniel Gerino, Président de Carlton Sélection : En termes de valorisation, on est à 16-16,5 de PEE, on est à peu près à 14, il y a toujours un delta entre les États-Unis et l’Europe, il n’y a rien d’anormal. Maintenant il faut savoir une chose, c’est qu’évidemment il y a toujours des catastrophes qui peuvent être vues, moi je n’y crois pas trop parce que je pense d’une manière générale que le monde veut s’en sortir et que l’on trouve toujours les bonnes solutions. Regardez ce qui se passe en Grèce aujourd’hui, on est dans une situation quand même un peu de corner. Malgré tout, les marchés réagissent plutôt bien parce que l’on sait très bien qu’au final on trouvera une solution qui arrangera tout le monde. Sur les taux d’intérêt, bien évidemment, on est dans des cycles maintenant qui vont se déphaser puisque, sur la partie Taux courts, les États-Unis donc vont se tendre un tout petit peu. En Europe, on va rester avec des taux bas. Par contre, quid de la partie longue de la courbe des taux où là je pense, quand on regarde les coefficients de corrélation qu’il y entre les taux courts et les taux longs américains et allemands, on voit qu’il y a une très, très, très forte corrélation sur la partie longue, mais la corrélation disparaît totalement sur la partie courte. Donc on voit clairement que l’on risque d’être impacté par une hausse de taux US.

Web TV www.labourseetlavie.com : Justement, on arrive quand même des fois à des situations on va dire historiquement… on n’a jamais connu cela quand on voit que des dépôts effectivement négatifs, vous parliez de l’Allemagne, on parle d’un coffre-fort allemand, mais enfin, à des taux négatifs, on n’a jamais vu cela. Donc on peut se dire… Cela peut créer de l’inquiétude à un moment donné c’est-à-dire que l’on ne sait pas où on va ?

Daniel Gerino, Président de Carlton Sélection : Moi je pense, pour prendre une formule assez basique, on est en train de reprendre l’argent à l’argent. Tout simplement, on vit sur une montagne de dettes. Si vous prenez le cas de la France, on est à un peu plus de 98 % de dette sur PIB, le ratio est quand même très, très élevé, 2,4 % du PIB correspondent simplement au paiement des intérêts de la dette, c’est quand même énorme quand on sait que l’on a une toute petite croissance. Donc clairement aujourd’hui, on est dans une situation tout à fait nouvelle où on a, d’un côté, des pays extrêmement bien notés qu’il faut payer pour donner son argent, c’est quand même une situation inédite, mais d’un autre côté, il y a tellement de dettes, tellement d’incertitudes, que finalement les gens acceptent, pour la sécurité, de perdre un peu, chose que l’on n’a jamais vue. Mais le monde étant vraiment couvert de dettes, un petit peu partout, il y a très, très peu de pays, à part la Russie, qui a un ratio dette/PIB extrêmement bas, la plupart des pays occidentaux ont beaucoup de dettes, pour rétablir l’équilibre entre l’investissement et l’épargne, dans une situation où les pays sont très fortement endettés, on peut se poser la question de l’utilité effectivement de taux d’intérêt négatifs. On va peut-être vivre une ère un peu nouvelle avec des taux d’intérêt réels négatifs. Bien évidemment, il y a un an de cela, si on interrogeait les acteurs, personne ne disait : « Les taux d’intérêt vont encore baisser » et pourtant ils ont baissé. On a des taux d’intérêt réels aux États-Unis qui sont très fortement négatifs, qui sont négatifs un peu partout, c’est une façon de reprendre l’argent. On veut redonner à l’économie réelle sa vraie place. Le système financier doit favoriser l’économie réelle. Pour le faire, bien évidemment, il faut insuffler de l’argent, ce que fait la BCE, mais encore faut-il que cet argent arrive au niveau des entreprises, et c’est là que l’on a un petit souci, c’est que la politique monétaire américaine, elle arrive directement sur le marché, nous on passe par le biais d’établissements bancaires…

Web TV www.labourseetlavie.com : Toujours la courroie… Il n’y a pas toujours le suivi derrière et les entreprises peut-être n’ont pas effectivement l’effet escompté ?

Daniel Gerino, Président de Carlton Sélection : On n’a pas de chance parce que on a Solvency II, on a Bâle III qui sont arrivés en même temps que la fin de cette crise, une montée des risques entre 2008 et 2012, 2013, et donc les établissements bancaires ne sont pas enclins à avoir du risque parce que le risque coûte cher et puis les entreprises, ayant des carnets de commandes relativement faibles, n’ont pas trop envie d’emprunter non plus. Le taux d’utilisation des capacités industrielles est quand même assez bas en Europe, donc il n’y a pas de raison d’investir, et c’est là qu’est un peu le problème.

Web TV www.labourseetlavie.com : Le mot de la fin pour l’investisseur, ce n’est quand même pas évident ce nouveau panorama d’investissement, l’allocation d’actifs, comment elle évolue pour vous ?

Daniel Gerino, Président de Carlton Sélection : Pour moi, si on reprend toutes les classes d’actifs, le monétaire, il faut complètement oublier, il n’y a plus de taux. Sur la partie… si on a des liquidités, c’est l’obligataire court terme, mais il faut quand même privilégier essentiellement l’investment grade et vraiment mettre assez peu de high yield, les spreads sont très, très bas, donc il y a risque de retour, si toutefois il y avait des accidents sur le marché, qui ne seraient pas en faveur de ces investisseurs, donc de l’obligataire court terme, ça c’est vraiment pour le placement des liquidités. Après, sur la partie Obligations long terme, moi clairement je ne m’investirai pas parce que je trouve que là on a une sensibilité qui est extrêmement forte puisque les taux sont bas et on a un risque d’effet de levier ou de convexité, mais vraiment pas dans le bon sens, sur ce segment-là. Sur les marchés américains, je ne m’investirai que très modérément ou de manière extrêmement sélective pour une raison très simple, c’est que on a aujourd’hui des PEE qui sont à leur bonne valorisation, on a un marché qui a tenu compte de ces améliorations de la situation économique avec les paramètres que l’on a indiqués, qui sont quand même des paramètres qui ne sont plus présents pour l’économie américaine. Il faut être prudent, cela ne veut pas dire pour autant que la bourse va s’effondrer, bien évidemment, mais on est quand même dans une situation de fin de course. Après, sur la zone européenne, je pense qu’il y a des perspectives parce qu’il va y avoir le plan Juncker, il y a le CICE, on a des baisses de taux, on a des injections de liquidités, on a des entreprises qui ont bien géré, qui ont encore des perspectives de performance, et des marchés émergents qui ont pas mal souffert, qui vont peut-être repartir progressivement, la situation russe va finir par se décanter et ceci sera positif pour l’Europe.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Daniel Gerino d’avoir été avec nous.

Daniel Gerino, Président de Carlton Sélection : Merci à vous.

 

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