Benoît Flamant Responsable Gestion Techs Fourpoints IM : "On voit de plus en plus de sociétés qui cherchent à réinventer des industries traditionnelles".
Bilan et perspectives 2015 d'un secteur qui a compté en Bourse

5 janvier 2015 14 h 59 min
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Bourse – Valeurs Technologiques

C’est un secteur qui suscite beaucoup d’intérêt mais aussi de questions compte tenu des révolutions en cours dans de nombreux domaines, à l’image d’un Facebook qui a su prendre le virage mobile mais aussi des nouvelles sociétés capables comme Lending Club (prêt d’argent). Les Américains parlent aujourd’hui du SMAC (Social, Mobile, Analytics, Cloud)

Un secteur qui bouge dont nous faisons le bilan annuel 2014 mais aussi dressons des perspectives.

Mon invité est Benoît Flamant Responsable Gestion Techs Fourpoints IM.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Benoît Flamant, bonjour. Vous êtes responsable de la gestion Techs chez Fourpoints Investment Manager. On va parler avec vous de ces valeurs technologiques et de cette année 2014 particulière. Qu’est-ce que l’on retient de cette année ? Les valeurs technologiques, elles ont bien performé ? Elles ont eu qu’un comportement finalement cette année ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Oui, bien performé, alors essentiellement pour un problème de marché, une considération de marché parce qu’en fait les valeurs technologiques, beaucoup d’investisseurs considèrent encore que la technologie, c’est quelque chose qui est only cyclical. En fait, aux États-Unis, les grosses valeurs technologiques classiques, si vous voulez, les Microsoft, et Intel, les Oracle, Cisco, sont des sociétés qui sont devenues des valeurs de… essentiellement des valeurs de rendement. Donc quand vous avez un marché qui est défensif et qui est à la recherche du rendement, comme cette année cela a été le cas, les gens vont dessus. Donc on a une surperformance du S&P 500 Info Tech très, très notable, mais sur les très, très grosses valeurs seulement.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc quelque part l’habitude que l’on a sur ces valeurs Tech de parler de valeurs de croissance, là ce n’est pas ce qui a intéressé les investisseurs fondamentalement ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Non, non, clairement. On a fait un petit calcul, on a regardé, si vous voulez, le rendement et puis vous rajoutez les buy back, vous avez un facteur 2 à 3 fois celui de la moyenne de S&P 500. Donc ceci explique cela. Les gens sont allés sur ces valeurs uniquement pour cela, et d’ailleurs les valeurs, elles qui sont des valeurs de croissance, comme Google, vous prenez le Nasdaq Internet par exemple, on est à zéro.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors effectivement, dans ce secteur-là, cela bouge beaucoup. On pourrait dire, dans les valeurs emblématiques, je pense à Facebook, je me souviens de l’introduction en bourse, de cette question de modèle, des doutes des investisseurs à l’époque, depuis il s’est passé de choses sur le mobile, ça, c’est un phénomène intéressant, cette transformation via le mobile ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Oui, alors Facebook effectivement, c’est une IPO qui a fait énormément de bruit. Après la IPO, on s’est aperçu que la société était un roi nu dans la mesure où elle n’était que sur le fixe. Et donc ils ont cédé une transition majeure et ils l’ont faite de façon assez remarquable, donc ça, c’est quand même à porter au crédit de Zuckerberg. Ils ont réussi à transitionner sur le mobile. Maintenant, on est presque à 60 % de chiffre d’affaires sur le mobile et trouver un modèle qui marche. Et donc Facebook effectivement est reparti, et pour vous donner un chiffre sur le mobile, parce que le mobile est la clé aujourd’hui, tout passe par le mobile, 40 % de l’usage sur les mobiles, c’est Facebook et Google. Donc cela en dit long sur la place qu’ont ces deux-là.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il y a eu en revanche… Il y a encore d’ailleurs des doutes sur la stratégie de Twitter qui a été aussi une introduction effectivement intéressante, Twitter, c’est quoi ? La question principale, c’est le modèle finalement choisi par Twitter ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Twitter n’a pas de problème, c’est une application mobile par excellence. Donc ce n’est pas cela le problème. Le problème, si vous voulez, c’est que Twitter est dominant sur sa niche qui est celle que l’on connaît avec relativement peu d’utilisateurs. On parle  en face de plate-forme qui ont des milliards d’utilisateurs, ils sont à 200-300 millions, et la question, c’est est-ce qu’ils peuvent sortir de leur niche ? Évidemment la valorisation ne sera pas la même si ils y arrivent ou si ils n’y arrivent pas. Pour l’instant, il n’y a pas d’éléments… Ils essaient, mais il n’y a aucun élément qui permette de dire qu’ils arrivent à vraiment sortir de leur niche, d’où les déceptions sur le cours.

Web TV www.labourseetlavie.com : Avec des concurrents aussi comme Instagram, on n’y pensait pas forcément, Instagram, partage de photos, mais qui va… qui pourrait concurrencer Twitter ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Voilà, Instagram, donc ça c’était une acquisition, vous vous souvenez, d’un milliard de dollars de Facebook qui avait été pas mal questionné à l’époque. Il s’avère qu’aujourd’hui ils ont dépassé le cap des 300 millions d’utilisateurs, donc clairement l’acquisition elle marche, elle a été bien intégré. Et effectivement, Instagram est en train d’empiéter sur les plates-bandes de Twitter. Finalement, au lieu de tweeter un texte, vous prenez une photo, il y a un immeuble qui explose devant vous, vous prenez une photo, vous la postez directement sur Instagram et cela devient un Twitter bis. Donc Twitter est, même sur son marché de niche, sur lequel il est dominant, est menacé.

Web TV www.labourseetlavie.com : Le géant Google, on se pose régulièrement aussi des questions, on voit beaucoup d’acquisitions par Google, est-ce que Google, je dirais, s’en sort bien dans cette période-là de transformation ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Oui, Google n’est pas très recherché cette année, mais clairement non, Google continue. Si vous voulez, c’est presque un… c’est un mastodonte. Il ne faut pas oublier que même qu’Androïd, c’est 85 % du marché des mobiles, donc Google possède véritablement le marché du mobile et toutes les Apps Store, YouTube, Maps, tout cela, ce sont des véritables vaches à lait. Donc Google va bien, oui.

Web TV www.labourseetlavie.com : Toujours dans les valeurs un peu emblématiques, les valeurs technologiques, je pense à Amazon parce que en cette fin d’année il y a eu peut-être plus de questions qu’habituellement sur Amazon, toujours sur ce modèle avec ses pertes récurrentes et certains investisseurs un peu négatifs en disant « cela ne fait que des pertes, finalement quel intérêt ? »

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Alors le sujet entre les Bears et les Bulls, cela fait 10 ans que ça dure sur Amazon, cela n’a pas empêché Amazon de faire le parcours que l’on connaît, à la fois au niveau fondamental et au niveau boursier. Ce qui a peut-être ajouté une pierre dans le camp des Bears, c’est le Fire, donc leur smartphone qui est un désastre total, ça c’est clair. Après l’histoire elle continue. Amazon, cela continue à surfer sur le commerce électronique. Amazon se lance dans le B2B et donc on voit des sociétés comme Office dépôt et autres qui sont un peu sur la défensive maintenant. Amazon se lance dans le fresh, ce que l’on appelle le fresh, vous savez, avec… 60 % du commerce, ce sont des produits frais. Amazon se lance là-dedans. Tout cela, c’est d’abord aux États-Unis. Et enfin Amazon se lance dans le service, vous cherchez un plombier, vous cherchez un je-ne-sais-quoi, et on pourra rajouter le cloud aussi. Donc vous avez quand même un sacré nombre de facteurs de croissance chez Amazon, donc on en reparlera, à mon avis, en 2015.

Web TV www.labourseetlavie.com : Quelque part l’histoire n’est pas terminée ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Non, loin de là.

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté justement… Donc on parlait du mobile, le social, le cloud, ce sont à peu près les trois facteurs de développement aujourd’hui, ces trois points de… ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Oui, on est dans ce que… les Américains appellent le SMAC, c’est facile de s’en souvenir, social, mobile, analystics and cloud, c’est une vague qui, si vous voulez, va mener toute l’industrie pendant des années. Après, ça c’est la partie technologique pure, si vous voulez, et après il y a aussi le… ce qui est intéressant, on voit de plus en plus de sociétés qui ne s’adressent pas uniquement… qui ne cherchent pas à vendre des produits tech mais qui cherchent plutôt à casser, à réinventer des industries traditionnelles. On parle beaucoup d’Hubert ces derniers temps, Hubert n’est pas coté, elle est quand même valorisée à plus de 40 milliards de dollars, est-ce que c’est réel ou pas ? On le saura, mais cette année on a vu une société ce côté qui s’appelle Lending Club, créée par un Français d’ailleurs, et qui fait du prêt de particulier à particulier et qui désintermédie les banques. On voit les virements de personne à personne aussi, donc on voit de plus en plus… et cela va continuer, cela va, à mon avis, s’amplifier, de sociétés, si vous voulez, qui s’attaquent à des pans traditionnels de l’industrie. Je pensais à Airbnb qui menace Accor, donc là, on a un autre pan de la tech qui est plutôt de la création destructrice et qui, non seulement fait parler beaucoup d’elle dans les médias, mais boursièrement peut créer beaucoup de valeur.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui, elles ont trouvé aussi, on peut le dire, des investisseurs. Donc il y a toujours ce flux d’investisseurs pour ce type de… et valoriser ces sociétés, d’ailleurs pour certain à des montants impressionnants ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Oui, des montants impressionnants, mais les marchés sont considérables. À chaque fois, quand on parle du paiement, quand on parle des prêts, quand on parle de tout cela, ce sont des marchés… même le taxi qui est finalement le transport, aux États-Unis, vous avez des tas de gens maintenant qui n’ont plus de deuxième voiture et qui prennent Hubert en permanence. Donc on réinvente complètement l’économie et ça, cela peut aller très, très loin.

Web TV www.labourseetlavie.com : Souvent on se plaint de l’Europe, de la faible croissance, est-ce qu’en Europe il s’est passé des choses significatives selon vous ? C’est plus difficile pour les valeurs technologiques en Europe ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : L’Europe, la tech en Europe, vous le savez, c’est 3 % de l’indice. Donc, si vous voulez, c’est… et dedans à différentes valeurs dont des valeurs plus ou moins en bonne santé, non, il n’y a pas eu d’événement majeur. Nokia repart maintenant maintenant qu’il s’est séparé de ses mobiles. Alcatel essaie toujours de trouver un futur dans le mobile, ce qui n’est pas évident au niveau de l’infrastructure, et puis la partie SSII, c’est essentiellement un jeu sur la croissance, or en Europe il n’y a pas beaucoup de croissance, donc celles qui s’en sortent sont celles qui sont à l’export, donc typiquement Capgemni, c’est celle qui s’en sort le mieux, mais c’est quand même assez morose.

Web TV www.labourseetlavie.com : De votre point de vue, en 2015, il peut y avoir de nouvelles histoires, on en parlait à l’instant, toujours cette recherche de rendements finalement parce que, quand on regarde les valeurs en question, en 2015 elles devraient toujours délivrer du rendement, mais est-ce que ces actions-là peuvent toujours continuer à performer ?

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : La limite de ce modèle-là… parce qu’effectivement on peut toujours dire la tendance va continuer, la limite, j’en vois deux. La première, c’est que, à force de pousser ces valeurs-là et qui n’ont pas de croissance, donc le PEE monte très, très vite, il y a une limite quand même à l’exercice parce que… d’autant plus que ces sociétés-là ne sont pas toujours en bonne santé. On le voit avec les opérateurs télécom européens par exemple aux même les opérateurs télécom américains. La deuxième limite, c’est aux États-Unis, la grande question pour 2015, cela va être la hausse des taux, quand ? À quelle vitesse ? C’est part, et là, quand on parle de hausse des taux, ce n’est pas bon pour les valeurs de rendement. Donc cela pourrait être l’inversion surtout aux États-Unis.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Benoît Flamant d’avoir été avec nous.

Benoît Flamant, responsable de la gestion Techs chez Fourpoints IM : Merci.

  

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