Alexandre Hezez Directeur de la Gestion Auris Gestion Privée : "L'obligataire sur la zone euro reste à privilégier".
Bourse : Bilan 2014 et perspectives d'investissement 2015

17 décembre 2014 17 h 55 min
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Bilan et perspectives de la stratégie d’investissement.

Dans des marchés plus agitées en cette fin d’année 2014, l’occasion de faire un bilan, de parler de la politique monétaire en Europe et de l’évolution des perspectives.

Mon invité est Alexandre Hezez Directeur de la Gestion Auris Gestion Privée.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Alexandre Hezez, bonjour. Vous êtes le directeur de la gestion d’Auris GP. On va parler avec vous de cette année 2014 et puis des perspectives. Comment vous avez vécu cette année ? On peut dire que pour tous les investisseurs, c’est toujours les Banques centrales qui sont à la manœuvre mais qu’est-ce que cela veut dire concrètement pour l’investisseur ?

Alexandre Hezez, directeur de la gestion d’Auris GP : Tout à fait, 2014 a encore été l’année des Banques centrales, même si on a assisté à une forte dichotomie entre, d’un côté les États-Unis qui finalement terminent leur quantitative easing, la banque centrale commence à gérer cette sortie d’afflux massif de liquidités, et puis on se rend compte que, sur l’Europe, malgré tout ce qui a été fait de la part des Banques centrales, il y a encore beaucoup de choses à faire et on n’est encore pas sorti de ce risque de déflation qui pèse sur l’économie européenne.

Web TV www.labourseetlavie.com : Justement on pourrait dire que l’on est sur deux cycles différents. Sur la partie États-Unis, il y a eu quand même encore pas mal d’interrogations, même si les chiffres de l’emploi ont été plutôt positifs, mais c’est vrai que tout au long de l’année, on a un peu hésité, il y a eu un peu des inquiétudes, à savoir est-ce vraiment l’économie américaine était repartie ?

Alexandre Hezez, directeur de la gestion d’Auris GP : La vraie question, c’était de savoir si la Fed était préparée à une sortie de quantitative easing. On voit qu’elle hésite, qu’elle n’est pas encore prête. Elle a arrêté cet afflux de liquidités qu’elle avait mis tous les mois pour plusieurs milliards d’euros, ça, c’est bon, elle a terminé sans crise finalement majeure, elle a créé finalement une petite pointe de volatilité au mois de septembre et au mois d’octobre suite au communiqué du FOMC mais finalement on voit que pour l’instant c’est assez bien géré. Il va falloir voir la suite, notamment dans les prochains communiqués du FOMC, parce que savoir comment maintenant ils vont gérer cette hausse des taux prévisibles pour l’année prochaine sans créer véritablement de crise de liquidités, en tout cas sur le secteur notamment du crédit qui semble être un peu fragile actuellement aux États-Unis.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui, on peut dire aussi que du côté des actions, on arrive à des valorisations du marché américain qui sont quand même plutôt élevées, donc il y a un ensemble de facteurs pas évidents à gérer ?

Alexandre Hezez, directeur de la gestion d’Auris GP : Exactement, et c’est une des raisons pour laquelle on peut s’attendre à un peu plus de volatilité. C’est vrai que les valorisations sont un peu importantes. Il va falloir un élan supplémentaire, ce n’est certainement pas l’élan des valorisations qui va donner un coup de pouce au marché Actions américain, sachant que le dollar est plutôt en train de monter, donc quel est l’impact sur les valeurs potentiellement exportatrices sur cette zone-là ? Il y a pas mal d’interrogations mais cela reste quand même une zone beaucoup moins volatile que les autres, avec des perspectives qui sont quand même, on va dire, un peu plus prévisibles que les autres zones.

Web TV www.labourseetlavie.com : Ce qui n’est pas évident pour les investisseurs, c’est que finalement, cela fait quand même plusieurs années, même si cela va bien sur les marchés Actions, que les marchés obligataires, eux aussi, ont performé alors que l’on peut dire qu’en début d’année, c’est vrai, que peu d’investisseurs disaient d’aller sur les marchés obligataires, et puis finalement quand on fait le bilan, on s’aperçoit avec cette baisse continue des taux, finalement on a toujours des opportunités pour les investisseurs ?

Alexandre Hezez, directeur de la gestion d’Auris GP : On a toujours des opportunités et je dirais que la principale leçon de l’année 2014, c’est que les opportunités se sont transportées sur la zone cette fois ci européenne c’est-à-dire que ce sont les taux de la zone euro qui gardent le meilleur potentiel parce que là on a quand même une visibilité sur les actions prochaines de la Banque centrale qui font que les taux, de toute manière, doivent être tenus à des niveaux très, très bas et doivent encore être entraînés à la baisse pour certains pays pour éviter le risque de déflation et le risque de dépression qui est encore très présent dans de nombreux pays.

Web TV www.labourseetlavie.com : Comme tous les investisseurs, on regarde de près les discours des banquiers centraux, est-ce que celui de la Banque centrale européenne vous paraît plus clair sur ces questions qui ont animé les investisseurs, le quantitative easing à l’européenne ?

Alexandre Hezez, directeur de la gestion d’Auris GP : C’est assez intéressant quand on regarde d’un peu plus près ce que fait la BCE depuis deux, trois ans, avec Mario Draghi. En fait Mario Draghi prépare les marchés, prépare les politiques, prépare les Allemands et les Autrichiens et les Hollandais à une action un peu plus important. Et ce qui est vrai, c’est que à la fois 2012-2013 a été une année pour, on va dire, rendre la Banque centrale crédible, et 2014 a été une année encore supplémentaire pour mettre en place des outils et permettre à la Banque centrale d’avoir la main mise notamment sur le secteur bancaire, notamment maintenant, c’est l’organisme de surveillance général de ce secteur bancaire. On a vu le développement cette fois-ci des TLTRO, donc un financement à plus long terme, on verra si les banques jouent le jeu ou pas, et puis il y a eu quand même des annonces importantes, et ça c’est intéressant. On va dire, je dirais, pour faire un jeu de mots, la BCE se fedarise c’est-à-dire que l’on a l’impression qu’elle utilise les outils de communication de la Fed pour mettre en place sa politique monétaire. Et on a eu deux réunions très importantes, au mois de mars où là elle a mis la place de l’euro comme outil de lutte contre la déflation, donc on a vu tout d’un coup un mouvement très important sur l’euro face au dollar, c’est vraiment la Banque centrale qui impulser ce mouvement-là. Et puis, deuxième chose, on voit qu’elle parle maintenant clairement de risque de déflation et, lors de sa dernière réunion, elle a clairement parlé d’une possibilité de quantitative easing c’est-à-dire à l’américaine au niveau des souverains, et il y a eu une phrase assez intéressante, assez marrante de la part de Mario Draghi, qui a dit, suite à une question d’un journaliste « Ne pensez-vous pas que cette action peut être illégale ? », Il a répondu : « Pensez-vous que nous perdions du temps à parler de choses illégales ? » Donc cela voulait dire qu’en fait c’est déjà dans les tuyaux. Si l’inflation continue à baisser, je pense qu’au premier semestre il ne faut pas s’attendre un quantitative easing trop tôt puisqu’il faut voir effectivement les actions passées et leurs impacts, cela doit se faire normalement dans le premier semestre si besoin.

Web TV www.labourseetlavie.com : Si on revient un instant sur les États-Unis, est-ce que le consensus effectivement parce que sur la hausse de taux, il est à peu près au mois de juin 2015, minoritaires ceux qui voient cela un peu après, il y en a aussi qui parient sur le fait que la Fed ira plus vite, pour les investisseurs ce n’est pas évident de parier sur le bon timing, on le sait bien, quel est un peu le regard que vous avez, vous, là-dessus ?

Alexandre Hezez, directeur de la gestion d’Auris GP : Le regard est très paradoxal parce qu’il est certain que la Banque centrale américaine doit sortir de cet afflux de taux de liquidités et de taux bas parce que les taux réels sont encore très faibles, voire négatifs sur certaines zones, et franchement cela peut créer des bulles et donc un danger pour l’économie américaine. La Fed ne veut absolument pas que sa politique puisse créer des bulles, revenir à un taux de plein-emploi oui, permettre effectivement la croissance, pourquoi pas ? C’est exactement la volonté de la Fed. Par contre, créer des bulles, notamment sur l’immobilier, notamment sur le secteur des technologies, on peut se poser des questions, là la Fed veut absolument contenir ces bulles-là. Donc il faut absolument qu’elle remonte ses taux et qu’elle soit un peu plus restrictive. Le problème, c’est qu’actuellement elle a du mal à y arriver parce que l’on voit les taux longs qui continuent à baisser, et qui sont à des niveaux très, très faibles. On est à des niveaux plus bas, au niveau des taux à 2 ans, à 10 ans, que l’on était il y a un an. Donc cela veut dire que les anticipations de taux à long terme sont bien plus basses, et notamment encore par une perspective d’inflation extrêmement basse au niveau mondial, voire même de déflation, les États-Unis en pâtissent et elle a beaucoup de mal à faire remonter ces anticipations de taux et ces anticipations d’inflation. Donc elle est un peu entre deux eaux. Il y a un danger quand même de la part de la Fed de vouloir agir un peu plus pour ancrer les taux réels, c’est-à-dire les taux nominaux corrigés de l’inflation, pour éviter ce risque de bulle. Donc le risque pour les États-Unis, ce serait que la Fed en fasse trop, pour cette fois-ci donner un message assez fort aux marchés, comme quoi les taux doivent cette fois-ci remonter.

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté de la Banque centrale, vous l’avez rappelé, européenne, on est donc plutôt dans l’effet inverse. On peut se dire qu’historiquement, quand deux grandes banques centrales, à l’époque il s’agissait de la Buba pour les boursiers qui connaissent bien cela, Buba, Réserve fédérale, ce sont des années où cela n’a pas été forcément facile pour les investisseurs ensuite parce que là quand il y a ce genre de… là, on va y arriver en 2015 ?

Alexandre Hezez, directeur de la gestion d’Auris GP : Ce qui est intéressant, c’est que l’on a vraiment là deux grosses zones avec l’euro et le dollar qui sont vraiment désynchronisés. On peut quand même dire que la BEJ, la Banque centrale du Japon, et la BCE sont à peu près sur le même cycle, en tout cas elle sont complètement désynchronisées du cycle américain. On risque justement la… cette désynchronisation va avoir un impact sur le change et sur le dollar qui va normalement permettre d’équilibrer l’équation.

Web TV www.labourseetlavie.com : Pour l’investisseur, il n’y a pas d’autre choix que les actions en 2015 ou il y a d’autres choix possibles ?

Alexandre Hezez, directeur de la gestion d’Auris GP : Il y a d’autres choix. Encore une fois, sur l’obligataire sur la zone euro, reste, à notre avis, à privilégier. Pourquoi ? Parce que l’on a encore des fortes potentialités de baisse de taux sur la zone euro, évidemment que les taux sont bas. Donc on a l’impression que l’on ne peut encore rien gagner en termes de performances, mais il y a encore la valorisation sur le prix, et il ne faut pas s’étonner du fait que l’on a encore des taux, notamment italiens, espagnols, qui, à long terme, peuvent baisser encore plus. Pourquoi ? Pour avoir des taux réels négatifs c’est-à-dire que la volonté de la Banque centrale, pour relancer l’économie et relancer le crédit, va être potentiellement d’acheter des titres d’État pour permettre à ces taux de baisser. N’oublions pas que les taux français sont quand même à 1 %, ce qui était inimaginable il y a quelques mois. Donc il faut essayer d’aller plus loin et de penser en dehors de la boîte, comme disent les Anglais, pour imaginer des taux beaucoup plus bas. On a des taux allemands actuellement à 0,60-0,69 sur le 10 ans. On peut imaginer encore un spread qui peut s’amoindrir sur les autres pays de la zone euro. Donc il y a encore beaucoup de potentiel pour cette année et avec une certaine certitude encore sur la volonté de la politique monétaire de la BCE.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Alexandre Hezez d’avoir été avec nous.

Alexandre Hezez, directeur de la gestion d’Auris GP : Merci

 

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