Christian Parisot Chef économiste Aurel BGC : "Il y a une sur-réaction du marché".
Krach boursier en février, l'économie est-elle en risque aussi ?

15 février 2016 8 h 22 min
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Après janvier 2016 déjà très mauvais pour de nombreux indices boursiers, le mois de février est toujours perturbé, avec baisse du pétrole, craintes sur le secteur bancaire, sur la croissance économique mondiale.

Faut-il revoir sa vision du Monde dans ce nouveau contexte ? Ou doit-on relativiser ce scénario de stress sur les marchés financiers ?

Mon invité Christian Parisot Chef économiste Aurel BGC me parle économie et marchés.

Web TV www.labourseetlavie.com : Christian Parisot, bonjour.

Christian Parisot – Chef économiste Aurel BGC : Bonjour.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes chef économiste chez Aurel BGC. On va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés. Si on regarde le mois de janvier, le mois de février qui a l’air de la même veine, c’est-à-dire rouge pour les investisseurs, en baisse, en forte baisse, on parle de krach en ce moment en bourse ?

Christian Parisot – Chef économiste Aurel BGC : Ça dépend ce qu’on définit comme un krach, mais psychologiquement là, on est dans une psychologie de krach. Dans le sens qu’il n’y a pas forcément de scénarios très roses sur le fondamental. On est plutôt sur quelque chose de gris, avec des facteurs de risque. Mais on a le sentiment qu’aujourd’hui le marché surpondère énormément ces facteurs de risque et il n’y a pas de réponse. On ne peut pas dire à court terme, ils vont se réaliser ou pas. Mais aujourd’hui, le marché a clairement penché dans l’idée, ça va se réaliser et donc on investit, on met une allocation d’actifs comme si les risques les plus extrêmes devaient se concrétiser demain. Ce n’est pas qu’ils sont présents, mais on a déjà intégré des scénarios assez noirs aujourd’hui pour l’économie mondiale.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il y a quelques semaines ou, allez, un mois ou deux mois, ensemble on aurait parlé de ces marchés. On était dans un autre monde, on a envie de dire. Comment on a pu basculer de ce monde pas rose, mais gris, comme vous avez dit, à on ne croit plus en l’avenir quasiment ?

Christian Parisot – Chef économiste Aurel BGC : Je dirais qu’il y a une accumulation de choses. Ça ne s’est pas fait d’un seul coup, comme toujours. Il y avait une incertitude en Chine. Ça, on en parlait déjà au mois de décembre. Tout le monde pensait qu’il y avait quand même un vrai risque autour de la Chine et c’était plus un risque de manque de lisibilité. Est-ce que c’est grave ce qui se passe en Chine ou pas ? Comment va réagir le Gouvernement ? Donc, il y avait beaucoup d’incertitudes autour de ça. Après, on a eu le risque pétrole. Alors, le risque pétrole, il y a le fait que le pétrole n’est pas cher, qui pourrait déstabiliser les pays producteurs. Mais de plus en plus, on commence à se dire, est-ce que ce risque pétrole, ce n’est pas un risque pour les banques ? Est-ce que les banques face à ça ne vont pas avoir des créances douteuses qui vont augmenter ? Si ces créances douteuses augmentent, est-ce que ça ne va pas avoir un impact sur leurs résultats, sur leur rentabilité ? Et puis, est-ce qu’elles ne vont pas être obligées aussi de lever des capitaux ? Alors, on se fait une petite crise sur un risque banques italiennes. Donc tout ça, on commence à avoir une défiance sur les banques italiennes, les banques européennes, donc du coup, on retombe dans un scénario de crise. C’est de dire, les banques ne prêtent qu’à l’économie réelle. Ce n’est pas encore le cas, mais si derrière on tire le trait d’un risque Chine, d’un risque pétrole et on en tombe sur un risque bancaire global, derrière si les banques ne prêtent plus, on est sur quelque chose de très noir sur l’activité. Et puis en plus, on a eu, ce qui est venu se rajouter, des statistiques assez médiocres du côté des États-Unis qui a cassé le scénario idéal qui était autour d’une croissance autour de 2,8 aux États-Unis. Et là, on commence un petit peu à mettre en doute : est-ce qu’il n’y a pas quelque chose de plus négatif du côté des États-Unis ? Donc, si la Chine va mal, les émergents vont mal, les États-Unis vont mal, l’Europe a un problème bancaire, on retombe dans un scénario, je dirais, à la 2009, de crise globale et mondiale.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, on pourrait dire que les États-Unis justement partaient avec cette première hausse de taux sur peut-être une amélioration. On voyait les chiffres du chômage effectivement s’améliorer, on voyait donc presque ce plein emploi aux États-Unis, enfin ce retour en tout cas à un emploi fort. Là, si on regarde aujourd’hui même, on est maintenant sur des perspectives de pas de nouvelles hausses de taux avant 2018. On a quand même évolué très très vite.

Christian Parisot – Chef économiste Aurel BGC : Alors, ça évolue très très vite. Alors, on a quand même un élément qui a pesé un peu, c’est le fait que l’investissement des entreprises a commencé à se contracter au 4e trimestre. Alors, simple erreur de parcours, réel retournement ? En tout cas, ça a créé de l’incertitude. Et ça, c’est là où on voit que les marchés sont auto-réalisateurs. C’est-à-dire que vous aviez déjà un investissement aux États-Unis qui était un peu moins mal orienté avec un investissement qui a été dynamique sur ces derniers trimestres. Donc, on n’est pas du tout dans la situation en Europe où on sort d’une longue période de sous-investissement. On a quand même pas mal investi aux États-Unis. Et face à ça, vous mettez du risque, de l’incertitude. Alors l’incertitude visible au travers du comportement de Wall Street, mais aussi beaucoup d’incertitudes visibles au niveau des émergents. Donc, on se dit, ils ont commencé à couper les investissements, il y a encore plus d’incertitude, est-ce que là on n’est pas vraiment dans un cycle de retournement conjoncturel aux États-Unis ? Alors, ce n’est pas ce que je pense, mais en tout cas, ça alimente ce scénario qu’on n’avait pas du tout il y a encore quelques mois. Alors, ce qui est surtout amplifié, c’est que si vous regardez les déclarations des entreprises lors de la présentation de leurs résultats, beaucoup ont eu des discours assez mitigés, assez noirs et ils ont beaucoup révisé à la baisse leurs perspectives 2016. Alors, est-ce que c’est parce qu’il y a un retournement réel et qu’elles sont en train de dire, « il faut vraiment que j’abaisse le consensus et que je montre qu’il y a vraiment un risque » ou est-ce que, face aux marchés, au comportement des marchés, elles se veulent plus prudentes en se disant « il se passe peut-être quelque chose, je vais quand même abaisser mes prévisions », mais en tout cas aujourd’hui, on ne sait pas qui est devant. Est-ce que c’est les marchés qui ont raison de voir cette crise ou est-ce que c’est finalement les industriels qui vont réagir à ce comportement des marchés parce qu’ils ont en tête ce qui s’est passé avec Lehman Brothers et qu’ils nous rejouent le scénario ? Donc là, on est un peu dans le côté où on tourne en boucle, on ne sait pas qui et d’où est parti un petit peu le côté négatif, mais on s’auto-entretient dans cette image un peu négative qu’on peut avoir sur l’économie mondiale et puis derrière sur les conséquences d’effet contagion et impacts sur les résultats des boîtes derrière.

Web TV www.labourseetlavie.com : Est-ce qu’il y a, on dirait, un écart qui est en train de se produire entre l’état réel de l’économie mondiale, on parlait de la Chine, on parlait des États-Unis, de la zone euro et ce que price les marchés sur l’évolution à six mois ? Ou est-ce que, puisqu’on dit que les boursiers anticipent, ils sont en train d’anticiper qu’on va avoir un ralentissement dans les prochains mois ?

Christian Parisot – Chef économiste Aurel BGC : Alors, c’est tout le problème. C’est-à-dire que si on regarde aujourd’hui à l’instant T, les résultats des banques hier ne sont pas désastreux. Elles sortent plutôt des bons résultats et ça ne justifie pas une baisse aussi violente des bancaires. Vous regardez les résultats des boîtes, il y a une pression, tout n’est pas rose, mais on n’est pas dans des situations complètement délirantes. Même le secteur pétrolier, si vous prenez les gros, les grosses pétrolières, je ne prends pas les petits acteurs du marché, il n’y a pas de risques de défaut de dette, il n’y a pas de risques véritablement importants là-dessus. Ils ont même dit, une grosse majorité à part quelques-uns, qu’ils allaient conserver leurs dividendes. Donc, on n’est pas dans une situation de crise. Le gros problème, c’est encore une fois, comme le suggérait la question, c’est les marchés sont à six mois. Alors le problème à six mois, c’est que tous les scénarios sont toujours ouverts et on prend le plus probable. Or, aujourd’hui, le plus probable, on a beaucoup été vers le scénario vraiment négatif. Alors, il y a deux choses face à ça. C’est, un, est-ce que ce scénario va se réaliser ? et deux, est-ce qu’il n’est pas auto-réalisateur par le comportement des marchés ? Donc, on navigue autour de ça. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, au début, on pouvait se dire, c’est une simple correction parce qu’on prend en compte ce facteur de risque. Mais aujourd’hui, on est en train de se dire : est-ce que ce facteur de risque et le comportement des marchés ne va pas générer ce risque-là qu’on pouvait craindre ? Donc, il est forcément perdant. Donc, il faut tout de suite vendre. Donc, c’est ça aujourd’hui. Donc aujourd’hui, on est à la recherche de quelques éléments, quelques catalyseurs, qui vont dire, on affirme ce scénario le plus noir. Le problème, c’est qu’on a beaucoup de doutes sur la pertinence des statistiques au niveau de la Chine. Donc, c’est compliqué d’avoir une réponse là-dessus. Du côté de la FED, elle vient de monter ses taux, donc c’est compliqué pour Mme Yellen de changer tout son discours et dire je vais baisser mes taux. Donc, on sait qu’il n’y a pas une grosse annonce à attendre de la part de la banque centrale américaine. Du côté de la BCE, M. Draghi peut essayer de soutenir la croissance dans la zone euro, mais le problème n’est pas dans la zone euro cette fois-ci. Elle est dans le pétrole, elle est dans la Chine, donc M. Draghi ne va relancer la croissance chinoise. Donc, il n’y a pas une réponse forte à attendre de la part de la BCE. Donc aujourd’hui, on sent qu’il y a un problème de catalyseur qui peuvent provenir, alors soit on aura une bonne nouvelle au niveau d’un accord pour réduire l’offre de pétrole et ça va rassurer un petit peu au niveau des cours du pétrole, soit véritablement il se passe quelque chose en Chine qui va vraiment marquer les esprits, soit une action concertée des banques centrales parce qu’on voit qu’aujourd’hui, isolément, les banques centrales ne servent à rien. La banque centrale du Japon, BCE, FED, toutes seules, elles ne peuvent rien. Donc, il faut avoir une action un peu concertée pour essayer de stabiliser les taux de change et aider les pays émergents. Enfin, en tout cas, on sent qu’il doit y avoir une réponse, mais aujourd’hui ce n’est pas un indicateur de production industrielle, ce n’est pas un indicateur de vente au détail aux États-Unis qui vont rassurer les marchés. Il nous faut plus. Il nous faut quelque chose aujourd’hui qui marque les esprits, qui dise, votre scénario est vraiment trop exagéré, vous pouvez revenir. Et je pense que beaucoup de gens ont l’impression qu’il n’est pas forcément valide ce scénario extrême. Mais ça ne sert à rien d’avoir raison contre les marchés. Quand un marché tombe, ça ne sert à rien de dire, moi je ne suis pas d’accord avec le marché. À un moment donné, il faut suivre et c’est ça aujourd’hui qu’on est en train de vivre.

Web TV www.labourseetlavie.com : Le mot de la fin, l’investisseur qui verrait ça aujourd’hui, qu’est-ce qu’on lui conseille ? Qu’est-ce qu’on peut lui conseiller ? S’il n’était pas sur le marché, tant mieux pour lui, il va peut-être voir des opportunités. S’il l’était, c’est compliqué.

Christian Parisot – Chef économiste Aurel BGC : S’il l’était, c’est compliqué. Alors moi, je ne suis pas sur un scénario extrême. Je pense qu’il y a une sur-réaction des marchés. Par contre, est-ce qu’il faut revenir maintenant, jouer le fait que la valorisation a baissé ? C’est trop tôt. C’est-à-dire que, je n’aurais pas le point bas, de toute façon je ne connaitrais pas le point bas, mais aujourd’hui il me faudrait vraiment un élément fort qui me dise, on a vraiment montré au marché qu’il a été trop déraisonnable. Or aujourd’hui, c’est trop tôt. Quand on est dans des marchés comme ça, il faut laisser le marché, il faut laisser le marché s’équilibrer. Il aura peut-être un petit rebond technique. Mais le fond du problème aujourd’hui, c’est qu’il faut qu’on ait véritablement quelque chose qui montre qu’on invalide ces scénarios noirs. Donc, à mon avis, il faut regarder du côté de la Chine. Il faut vraiment voir quelque chose qui pourrait invalider les scénarios les plus noirs sur la croissance chinoise. Je pense que le marché a un peu peur là-dessus. Il faut aussi voir, à mon avis, un début de contraction de l’offre de pétrole aux États-Unis pour vraiment rééquilibrer le marché, parce que je pense que l’OPEP a complètement perdu en crédibilité sur sa capacité à réguler l’offre de pétrole. Et puis du côté des États-Unis, il faudrait avoir quelques indicateurs qui montrent que c’est un simple accident de parcours le 4e trimestre, que l’économie américaine peut rebondir, peut réaccélérer. Et je pense qu’on va avoir des chiffres assez mauvais sur l’investissement. Il ne faut pas se leurrer, il y aura un impact de ce qui s’est passé à Wall Street. Par contre, on pourrait avoir de bonnes surprises du côté de la consommation des ménages. Alors, ça va mettre un peu de temps, parce que là, on va avoir encore des chiffres un peu mitigés à très court terme. Mais je pense qu’on aura des signaux parce que les ménages aujourd’hui ont un marché de l’emploi solide. Les statistiques sur la construction résidentielle restent bonnes. Ils ont du pouvoir d’achat avec le recul du prix de l’essence. Donc si on voit que finalement ça se maintient au niveau de la demande intérieure grâce aux consommateurs américains, ça peut rassurer. Mais ça va prendre du temps. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, c’est un peu trop tôt dans la situation et dans la psychologie actuelles des marchés.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Christian Parisot.

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