Résultats semestriels 2013 : Interview Dominique Bamas Directeur Général Manitou.
Actualité et stratégie du spécialiste de la manutention

29 août 2013 19 h 02 min
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Actualité et stratégie du spécialiste de la manutention.

Après la publication des résultats semestriels du spécialiste de la manutention, et l’arrivée de Dominique Bamas au poste Directeur Général de Manitou, comment évolue la stratégie sur les différents marchés de la société ?

Nous évoquons avec lui, les marchés et les questions qui se posent à la société aujourd’hui.

Web TV www.labourseetlavie.com : Dominique Bamas, bonjour. Vous êtes le directeur général de Manitou, Manitou qui vient de publier ses résultats semestriels, on va en parler avec vous ainsi que de la stratégie, il faut dire que Manitou a changé de direction, cela a été un des événements des derniers mois. Vous connaissiez déjà Manitou avant de prendre la direction générale de Manitou, un mot pour rappeler dans quelle situation se trouve aujourd’hui Manitou.

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Alors, puisque vous me parlez de gouvernance, j’ai effectivement pris la direction le 6 mars en remplacement de Jean-Christophe Giroux qui avait démissionné, j’étais un ancien administrateur et membre du comité d’audit, ce changement de gouvernance, qui s’est aussi accompagné de changements au niveau du comité exécutif du groupe, relève plus en fait de divergences de visions que de problèmes d’hommes. Je dirais Jean-Christophe avait fait un travail très remarquable pendant la période de sauvetage, par contre après, quand on se projette sur l’avenir à long terme, il y avait effectivement des divergences de vision.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il y a des choses qui ont changé, on avait eu l’occasion d’en parler, est-ce que le groupe aujourd’hui, on va revenir sur les résultats, mais est-ce que le groupe est mieux organisé, mieux configuré pour faire face aux nouveaux marchés, à la manière dont fonctionnent vos marchés ?

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Oui. Je me suis attaché à ramener d’une part l’entreprise vers une culture de performance plutôt qu’une culture d’excellence. Je crois qu’il faut être très pragmatique dans le contexte qui est le nôtre. Le monde de la manutention a changé de paradigme avec la crise économique. Il y a aujourd’hui des attentes différentes des loueurs, des attentes différentes des clients, il y a des problématiques de prix. Je crois que le marché dans sa globalité n’a pas retrouvé les volumes qu’il avait avant la crise, donc il faut s’adapter à ce changement de paradigme, Manitou a toujours été leader en innovation, en design et en technologie. Il faut que l’on continue à l’être, mais dans une logique de performance.

Web TV www.labourseetlavie.com : Ce qui a le plus changé, c’est… on va dire que cette crise finalement continue et que le côté prix est peut-être… reste encore un élément qui peut être parfois déterminant ?

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Le côté prix a toujours été important, il l’est encore, maintenant Manitou n’a jamais eu la prétention d’être le moins cher du marché ou un produit low cost, Manitou est un produit de qualité avec une vraie qualité de service derrière, une logique d’innovation, de technologies, qui a toujours été reconnu et qui a démontré dans les années que l’on a connues de crise son succès et qui a permis la résilience malgré les moments difficiles. Donc oui nous sommes dans une vraie logique de guerre de prix, mais néanmoins nous restons, je dirais, proches de nos valeurs.

Web TV www.labourseetlavie.com : Si on regarde le premier semestre, donc on a une baisse de l’activité, environ 12 %, et on voit l’impact assez fort sur le résultat opérationnel, au moins 80 %, cela veut dire clairement pour Manitou, il faut retrouver la croissance sur l’ensemble des activités ?

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Oui, alors, la bouteille à moitié pleine, donc on peut la voir à moitié vide ou à moitié pleine. Nous avons démarré l’année à -17 %, nous sommes au 30 juin à -12, nous avons une guidance à -5, donc nous avons en grande partie rattrapé notre retard dans un contexte qui est difficile. N’oublions pas que Manitou était très fort en Europe, notamment en Europe du Sud, Italie, Espagne, France, Portugal, autant de pays qui souffrent, donc nous sommes en train de rattraper notre retard. Et en termes de résultat opérationnel, nous sommes, je dirais, pénalisés par des écarts de change significatifs qui sont aussi la résultante, non pas forcément d’accident, mais qui sont aussi la résultante du nouveau positionnement de Manitou, de moins en moins de ventes en zone euro et de plus en plus de ventes dans des zones hors euro. Or la stratégie financière et opérationnelle pour aller vendre en Afrique du Sud, en Russie, en Australie ou à Singapour n’est pas du tout la même, donc nous sommes en train de nous adapter à ces logiques qui entraînent de véritables risques de change.

Web TV www.labourseetlavie.com : Un élément positif en tout cas, c’est sur l’endettement financier net qui lui s’est réduit sur la période.

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Tout à fait. Nous avons ce souci permanent, je dirais, de réduire notre BFR et de réduire notre endettement. Il y a des efforts constants qui ont été faits et qui viennent en contrepoint aussi d’une convention de crédit qui a été signée le 30 juin pour 220 millions d’euros, qui nous permet d’avoir pour les cinq prochaines années une vraie tranquillité et une vraie capacité à intégrer nos projets.

Web TV www.labourseetlavie.com : Les différentes activités, les différentes divisions ne réagissent pas toutes de la même manière. Il y en a qui ont bénéficié du marché américain, notamment le marché des loueurs, ça c’était plutôt positif aussi ce marché-là ?

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Oui, alors effectivement nous avons trois divisions. Donc la division qui souffre le plus, c’est effectivement la division historique RTH. La division américaine Compact Equipment, elle, continue ses progressions, continue à bénéficier du fait que son marché principal c’est l’Amérique du Nord, et que donc elle bénéficie du contexte économique local. RTH est plus européen, donc souffre un petit peu plus, tant qu’à IMH, il est en progression à périmètre constant puisqu’en fait la baisse d’activités est totalement liée à l’arrêt du contrat Toyota, qui est un arrêt historique, fin d’un contrat historique de distribution que nous avions depuis 40 ans, qui a été dénoncé au cours des deux dernières années, et qui vit post-mortem pour la première fois depuis le 1er janvier de cette année.

Web TV www.labourseetlavie.com : Sur ces questions de coût, sur les engins de manutention, on pense à un certain nombre d’éléments, mais on pense bien sûr à un élément central, c’est le moteur, c’est un point important, est-ce qu’il y a des perspectives là-dessus pour réduire les coûts ? Est-ce que l’on peut vraiment réduire les coûts sur cette partie ?

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Bien sûr. Nous avons d’un côté un renchérissement de nos matériels à travers les nouvelles normalisations, les nouvelles normes et réglementations des moteurs, ça, cela surenchérit très significativement le prix de la machine. De l’autre côté nous avons tout un plan d’actions pour réduire les composants, le prix des composants d’une part, et pour réduire, dès la conception, le coût intrinsèque de la machine, et notamment nous sommes en train de développer des gammes primo-accédants c’est-à-dire des gammes qui vont être conçues, qui seront toujours des Manitou avec la qualité Manitou, le savoir-faire Manitou, fabriquées en France toujours, mais qui auront, je dirais, des composants qui font qu’ils seront moins chers.

Web TV www.labourseetlavie.com : Aujourd’hui, sur la partie change, en tous cas euros, on n’y peut pas grand-chose, ni vous, ni moi, qu’est-ce que cela veut dire en termes industriels, en termes de stratégie justement pour aller prendre des marchés sur les zones où il y a des besoins de matériels Manitou ?

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Disons que nous n’avons pas de projet de délocalisation, donc si c’était une question indirecte, nous avons, je dirais, deux marchés, surtout un marché où peut-être nous serons amenés à créer des lignes d’assemblage, enfin une ligne d’assemblage, mais pour des raisons réglementaires, c’est notamment l’Amérique du Sud, le Brésil, où ce genre de pays vous met des barrières à l’entrée, avec des réglementations douanières et fiscales qui font que si vous ne produisez pas localement, vous n’avez pas accès au marché. Maintenant, c’est le seul type de contexte et il ne serait pas question de délocaliser du Manitou, simplement de satisfaire a minima à des réglementations locales pour pouvoir accéder au marché. Cela pourrait être le cas de l’Inde aussi, mais je n’appelle pas cela un changement de stratégie dans l’organisation et dans les choix de « make or buy » et je n’appelle pas cela non plus un choix de délocalisation.

Web TV www.labourseetlavie.com : Concrètement sur les prochains mois, les prochaines années, les pays émergents, même si aujourd’hui on a beaucoup d’inquiétude sur… on parlait de l’Inde, il y a à nouveau des inquiétudes sur les pays émergents qui souffrent peut-être de notre situation européenne et américaine, cela reste ces marchés-là où il y aura le plus de croissance pour vous ?

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Je pense que oui, je pense que oui parce que nos produits viennent, je dirais, trouvent leur application dans des pays où justement on découvre des problématiques de coût de main-d’œuvre qui augmentent, on découvre des problèmes d’hygiène, de sécurité sur les chantiers. Je dis cela parce que effectivement jusqu’à un passé récent, ce genre de pays n’avait pas de problème de coût de main-d’œuvre et n’avait pas de problème de sécurité sur les chantiers. Donc, on peut porter le regard que l’on veut humainement sur cela, mais c’est une réalité. Le coût de la main-d’œuvre se renchérissant et les exigences de sécurité augmentant fortement, nos machines vont trouver des débouchés sur ces pays-là. Et de même au niveau des agriculteurs, des marchés agricoles où effectivement on va de plus en plus vers une mécanisation. Donc quelque part, je dirais, oui ces marchés ont un potentiel, même s’ils n’ont en tant que tels pas une croissance nationale avec un PNB qui explose, d’un point de vue comportemental, ce sont des pays qui vont consommer de plus en plus des biens d’équipement comme les nôtres.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci d’avoir fait le point avec nous, Dominique Bamas, on rappelle que vous êtes donc le directeur général du groupe Manitou.

Dominique Bamas, Directeur général de Manitou : Merci Didier.


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