Jean-François Fourt Pdg Auplata : "Les rejets ont maintenant une réelle valeur avec un coût d'extraction très intéressant".
L'exploitant de mines d'or en Guyane vient de recevoir l'autorisation pour son unité de cyanurisation

30 novembre 2015 20 h 18 min
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AUPLATA a annoncé l’autorisation préfectorale pour son unité industrielle de cyanuration sur la mine de « Dieu Merci ».

L’occasion de faire un point sur la stratégie de l’entreprise dans un contexte ou le marché de l’or au niveau mondial reste déprimé.

Que change cette autorisation ? Comment va se passer cet investissement ?

Regard sur le marché et l’exploitation des rejets déjà existants.

Mon invité est Jean-François Fourt Pdg Auplata

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes le PDG d’Auplata. On va parler avec vous de votre actualité et puis des perspectives. Vous êtes un extracteur d’or en Guyane notamment. On va parler avec vous d’un évènement qui peut paraître effectivement important puisqu’il était attendu en tout cas des investisseurs, l’autorisation préfectorale pour votre unité industrielle de cyanurisation, donc sur la mine de Dieu Merci. Vous avez communiqué à ce sujet. C’est vraiment une étape pour vous ?

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors, c’est une étape très importante dans le retournement de l’entreprise pour changer de business modèle et surtout pour obtenir une meilleure productivité. Enfin, on va augmenter dramatiquement la productivité dans le process d’extraction d’or.

Web TV www.labourseetlavie.com : Comment va se mettre en place justement cette nouvelle unité ?

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors, c’est une unité qui va se greffer sur l’usine gravimétrique existante. Donc, nos ingénieurs minéralogistes vont installer cette usine à Dieu Merci.

Web TV www.labourseetlavie.com : Quand on parle aujourd’hui de cyanurisation pour ceux qui ne connaissent exactement le système, c’est vraiment un nouveau procédé ? C’est un procédé qui pourra s’appliquer en Guyane, mais qui pourrait s’appliquer dans d’autres zones ?

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors, c’est un procédé qui est très connu, qui a plus de 100 ans. Là, on parle donc de l’oxydation en circuit fermé. Ce sont des systèmes très connus et très utilisés sur l’ensemble de la planète. Et le cyanure est quelque chose d’utilisé dans l’agroalimentaire d‘ailleurs. Seulement 16 % du cyanure sur la planète est utilisé dans la mine et plus de 80 % dans d’autres types d’industries.

Web TV www.labourseetlavie.com : Aujourd’hui l’enjeu peut être à la fois environnemental. On connaît les soucis d’orpaillage. On avait eu l’occasion d’en parler ensemble la dernière fois. Et aussi extraire mieux, extraire plus d’or.

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors, il faut savoir qu’Auplata, c’est une des premières entreprises à avoir respecté la charte de la mine responsable. Donc nous, nous avions déjà inscrit dans nos contrats de travail aussi bien de nos employés que dans nos sous-traitants cette charte environnementale qui est chère à M. Macron. Donc ça aujourd’hui, nous avons un track record dans tout ce qui est environnemental. Et au niveau de l’extraction évidemment, on passe à 95 % de plus sur la productivité d’extraction.

Web TV www.labourseetlavie.com : Aujourd’hui, par rapport à ce que vous avez, vous parlez effectivement d’un certain nombre de stocks qui étaient là, qu’est-ce que vous allez exploiter en priorité ?

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors, dans un premier temps évidemment, on va exploiter ce qu’on appelle les tailings, les déchets. Donc, c’est plusieurs années voire dizaines d’années de rejets qui ont été entreposés à côté de nos usines. Donc, il faut savoir qu’avant on pouvait extraire 25 à 35 % de l’or contenu dans le minerai. Donc il y a sur plusieurs années voire dizaines d’années de l’or qui est détenu dans les rejets, qui est déjà du minerai qui a été déjà traité, mouliné, broyé. Donc, nous allons d’abord traiter ça.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous aviez fait une opération financière, vous aviez levé des fonds. Là, vous dites l’investissement est autour de 10 millions d’euros. Vous avez les fonds nécessaires justement pour aller au bout de cet investissement ?

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors donc, oui. Sans problème. Cette usine va certainement faire l’objet de project financing. Donc aujourd’hui, on est en train justement de faire le procurement des différents éléments. Ce qu’il faut savoir aussi, c’est que les rejets représentent plus de 200 millions d’euros de valeur à Dieu Merci par exemple et une centaine de millions à Yaou. Donc ces rejets qui étaient considérés comme valeur zéro jusqu’à présent maintenant ont une réelle valeur, avec un taux d’extraction et un coût d’extraction qui est très intéressant pour Auplata.

Web TV www.labourseetlavie.com : Dans ce que vous dites aujourd’hui, vous dites si tout se passe comme prévu, fin 2016, vous pourriez commencer vraiment justement cette extraction.

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors, si on respecte les mêmes délais que nous avons faits dans l’usine pilote que nous avons installée à Cayenne, effectivement on était pile dans les délais pour cette usine. On espère pouvoir être dans les délais pour celle-ci aussi. Donc, on se mobilise. Toute l’équipe Auplata en ce moment, on est en train de se mobiliser pour y arriver.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors l’environnement de votre secteur paradoxalement on pourrait qu’il n’a pas changé ou alors il a même évolué en pire. C’est-à-dire que les cours de l’or contrairement à beaucoup peut-être d’analyses, ils ne sont pas au plus haut. C’est le contraire. On a vraiment des cours de l’or déprimés. Qu’est-ce que ça change par rapport à tous ces projets pour vous ?

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors, ce qu’il faut savoir, c’est pourquoi des majors ont fait des accords avec vous. On a eu deux majors qui ont fait des accords sur l’espace de trois ans sur des zones que nous allons développer ensemble. Pourquoi aujourd’hui les majors qui sont en train de licencier et qui souffrent énormément et qui abandonnent des projets sur la planète entière investissent en Guyane avec nous ? C’est qu’on est une rare mine qui est en zone euro, donc on vend en dollars et on a des coûts en euros. L’euro baisse énormément. Le dollar monte par rapport à l’euro. Et l’or qui est un petit peu en plateau et qui a tendance à s’effriter évidemment vers les 1 080 dollars et peut-être ira un peu plus bas dans le futur, on voit que la tendance est compensée par la baisse de l’euro. Donc aujourd’hui, les mines d’extraction d’or en zone euro sont très recherchées.

Web TV www.labourseetlavie.com : Quand on s’était vu la dernière fois, vous étiez peut-être plus optimiste sur les cours de l’or. Vous pensiez que ça allait se maintenir peut-être plus. Aujourd’hui, vous constatez, mais vous vous dites, ce n’est pas forcément gênant par rapport à vos projets ?

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors nous, on est toujours entre 33, 32, 35 000 € le kilo. Donc, ça ne bouge pas. On est en plateau. Donc, ce n’est pas de l’optimisme. Finalement, on est là où on était la dernière fois et on fait nos business plans sur des valeurs qui sont bien inférieures à ça.

Web TV www.labourseetlavie.com : Quand vous parlez effectivement de ces majors, ça veut dire aujourd’hui qu’on peut produire de l’or dans une zone euro, mais avec un procédé particulier, sinon aujourd’hui les mines d’or ne sont pas rentables ?

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors, les mines d’or aujourd’hui pour la plupart ont des difficultés à atteindre leur break-even sur la planète. Moi, je parle des grandes mines, des grands leaders comme Barrick Gold, Newmont, Newcrest, etc., qui font des mines avec des investissements de 300 – 400 millions d’euros sur des 20 tonnes/an de production. Effectivement, la valeur de l’or aujourd’hui, elle est au break even de la moyenne de production, des coûts moyens de production sur la planète. Donc, je pense qu’éventuellement, plus les majors vont abandonner des projets de production d’or, plus on va arriver à un ajustement du prix et on va arriver au moins à un plateau bas, disons.

Web TV www.labourseetlavie.com : On voit vraiment pour les actionnaires qui vous suivent, qui suivent votre société, il y a cette question de rentabilité en disant on voit les investissements, on se dit voilà Dieu Merci, ça va bouger, cette cyanurisation va arriver. Mais ils ont toujours des inquiétudes sur finalement cette rentabilité. Il va y avoir des investissements, mais ils se disent finalement, il n’y aura pas de rentabilité. Il va falloir extraire, extraire tellement de résidus que ça va être compliqué.

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Alors d’abord, il y a les rejets qui vont valoir, enfin à partir du moment où on a l’autorisation de cyanurisation depuis hier qui valent presque 300 millions d’euros et avec un coût qui est très très bas en termes d’extraction vu que le minerai a déjà été traité. Donc, on peut imaginer par exemple un coût moyen de 50 %. Sur la valeur de l’or contenu, je pense qu’il y a beaux jours devant Auplata, ce qui va nous permettre d’abord d’investir sur une capacité plus grande à Dieu Merci et par la suite l’usine que nous allons construire à Yaou sur laquelle nous avons demandé une autorisation aussi.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors fin 2016, c’est encore loin. Qu’est-ce qui va se passer d’ici là ?

Jean-François Fourt – PDG Auplata : On va continuer à se préparer. On va faire encore quelques sondages autour de Dieu Merci pour assurer le futur des mines lorsque les tailings seront épuisés. Parce que trois – quatre ans plus tard, il faudra bien amener du tout-venant aussi. Donc, on se prépare pour être une vraie mine industrielle. Maintenant, Auplata va devenir une vraie mine, disons de taille moyenne industrielle.

Web TV www.labourseetlavie.com : Eh bien, on aura l’occasion d’en reparler. Merci Jean-François Fourt.

Jean-François Fourt – PDG Auplata : Merci.

 

 

 

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