Interview de Philippe Audouin Directeur Financier Eurazeo (Bilan 2012 et perspectives).
Oddo Midcap Forum 2013 : Stratégie d'Eurazeo société d'investissement

14 janvier 2013 21 h 39 min
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Oddo Midcap Forum 2013 : Stratégie d’Eurazeo société d’investissements.

Bilan de l’année 2012, stratégie d’investissement, climat des affaires, nous faisons un tour d’horizon de l’actualité de la société Eurazeo de ses participations et des perspectives pour l’année 2013.

Revue de détail de l’actualité d’Eurazeo avec Philippe Audouin Directeur Financier Eurazeo, également membre du Directoire.

Web TV www.labourseetlavie.com : Philippe Audouin, bonjour. Vous êtes le directeur financier et membre du directoire de Eurazeo, nous sommes avec vous au Forum 2013 Oddo Midcap où vous rencontrez des investisseurs, alors, vous êtes vous-même investisseur dans de nombreuses participations, comment s’est passé pour vous, comment se sont passés les derniers mois justement par rapport à vos investissements et aussi vos désinvestissements ?

Philippe Audouin, directeur financier de Eurazeo : Alors nous avons fait effectivement quelques belles opérations au cours des derniers mois, la plus marquante c’est la cession de à peu près la moitié de son portefeuille par notre filiale ANF Immobilier, une cession de plus de 800 millions d’euros qui s’est faite dans de très bonnes conditions, la partie lyonnaise du patrimoine s’est faite sur la base d’un taux de capitalisation d’un peu plus de 4 %, donc l’année a été active. Elle a été également très active au niveau des sociétés dans lesquelles nous sommes investis puisque celles-ci ont réalisé au cours de l’année pas moins de 21 acquisitions, qui leur ont permis de consolider leurs positions sur les marchés, donc une année plutôt très active pour nous.

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté… Alors il y a des participations cotées et donc effectivement des non cotées, pour le non coté comment cela s’est passé sur la fin de l’année ?

Philippe Audouin, directeur financier de Eurazeo : Alors, la fin de l’année a été un peu dans la continuité du début de l’année. Dans notre portefeuille d’activités on a 21 sociétés. En simplifiant un petit peu, on a une partie de ces sociétés qui sont plutôt des sociétés très résilientes, plutôt basées en Europe, des sociétés, à l’instar d’Elis par exemple qui est une société qui en 42 ans n’a jamais publié un chiffre d’affaires inférieur à celui de l’année précédente, donc ces sociétés-là nous apportent un socle très solide, avec une croissance certes plus modérée, mais un risque qui est beaucoup plus mesuré également. Et puis de l’autre côté, des sociétés à plus fort potentiel de croissance, à l’instar par exemple d’un Montcler, près de 30 % de croissance sur la marque Montcler en 2012, Edenred ou d’autres plus petites, et l’objectif de tout cela, c’est de délivrer au global dans notre groupe, qui est un groupe très diversifié, un chiffre d’affaires qui soit très sensiblement supérieur au chiffre d’affaires à la croissance de la zone euro, et travailler derrière sur les leviers opérationnels pour que les résultats croissent beaucoup plus rapidement que les chiffres d’affaires.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, il y a eu aussi effectivement un, que vous aviez annoncé, un refinancement notamment d’Europcar, il s’est bien passé pour vous ce refinancement ?

Philippe Audoin, directeur financier de Eurazeo : Ce refinancement s’est très bien passé. En fait, il a quelques résultats très positifs pour Europcar, le premier d’abord c’est de repousser la prochaine échéance de dettes Corporate de 2013 à 2017, donc une grande visibilité, le deuxième, c’est une réduction assez significative des frais financiers puisque on va économiser 34 millions d’euros par an de frais financiers suite à ces refinancements, et puis bien sûr une baisse du levier c’est-à-dire du ratio de dette sur l’ebitda d’Europcar puisque ce levier Corporate en base pro forma fin 2011 baisserait de 5,2 à 3,9 fois, donc un levier qui aujourd’hui peut être considéré comme tout à fait prudent.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a vu que cela avait bougé dans le secteur, j’imagine que vous avez vu cela de près aussi, avec, ce qui est assez intéressant, entre un acteur historique comme Avis, et puis des acquisitions de sociétés nouvelles technologies, cela peut être inspirant cela de voir que des acteurs historiques se disent « tiens, il y a peut-être…, le business model évolue et il y a peut-être des choses à faire dans ce domaine ? »

 

Philippe Audouin, directeur financier de Eurazeo : Oui, ça c’est une très, très bonne question. En fait, il y a deux évolutions fondamentales dans ce domaine. Premier d’abord, c’est une consolidation du secteur. Aux États-Unis, les trois premiers acteurs représentent près de 90 % du marché, en Europe, les trois premiers acteurs sont Europcar avec 26 % de parts de marché, ces deux suiveurs qui sont assez loin quand même, Hertz et Avis sont autour de 15 %, souvent on imagine pas que l’écart soit aussi important. Donc il y a encore un potentiel de consolidation important pour le marché européen. Deuxième changement, c’est celui que vous évoquez, c’est-à-dire des changements d’habitudes de consommation. Il faut savoir qu’en Europe une voiture passe en moyenne 92 % de son temps sur le bord d’un trottoir ou dans un parking, c’est un gaspillage de ressources considérables, et on commence à voir des gens, principalement des urbains, des gens qui vivent en ville et qui travaillent en ville, abandonner leur voiture, ou leur deuxième voiture pour certains, et passer à la location, et cela je pense que c’est une tendance de fond qui va se diversifier. Cela va provoquer probablement un développement aussi de l’auto partage, un développement de la location de voitures, un développement de nouveaux segments, ce sont ceux auxquels vous faisiez référence, ce sont par exemple des locations de très courte durée en ville comme par exemple l’offre Car2Go que nous avons lancée dans différentes villes qui est extrêmement flexible et vous pouvez prendre une voiture quelque part, la laisser n’importe où quelques minutes plus tard une fois que vous avez fait votre déplacement. Donc c’est quelque chose, c’est un métier qui va profondément se transformer.

Web TV www.labourseetlavie.com : Justement, du côté de l’investissement ou des investissements que vous comptez faire, on voit aussi que dans votre portefeuille, ce qui s’appelle la rotation des actifs bien sûr, c’est de plus en plus important à la fois pour maintenir et que les résultats progressent, est-ce que cela veut dire aussi que le portefeuille a vocation à bouger plus compte tenu peut-être de notre environnement ?

Philippe Audoin, directeur financier de Eurazeo : On peut penser qu’effectivement le taux de rotation pourrait être plus important dans les deux ans qui viennent, je ne parle pas des trois mois qui viennent, mais dans les deux ans qui viennent qu’il ne l’a été par le passé. Eurazeo a cette force, comme nous n’avons pas de dette structurelle au niveau d’Eurazeo, nous ne pouvons pas être en position de devoir vendre un actif peut-être au mauvais moment pour rembourser une dette, ça c’est un élément de la stratégie d’Eurazeo, on ne veut pas de dette structurelle au niveau d’Eurazeo. Donc on garde la maîtrise du timing de nos sorties, et on a fait peu de sorties pendant la période de crise que nous avons traversée parce que cela n’était pas le bon moment, mais de fait maintenant si l’éclaircie que l’on commence à voir se confirme, on peut penser qu’il y aura un peu plus de rotations dans les deux ans qui viennent.

Web TV www.labourseetlavie.com : L’éclaircie, vous la voyez en Europe parce que pas grand monde ne la voit, on parle un peu mieux aux États-Unis, vous la voyez où, vous, l’éclaircie ?

Philippe Audouin, directeur financier de Eurazeo : Je la vois sur plusieurs plans. D’abord je la vois sur le plan d’une certaine détente sur les financements. Ensuite, effectivement un certain nombre de pays présentent des chiffres qui sont aujourd’hui plutôt favorables, la Chine a encore révisé à la hausse très récemment ses perspectives de croissance. En Europe, c’est différent, en Europe ce que je vois, ce ne sont pas encore des chiffres qui montrent une éclaircie, mais plutôt des orientations qui permettent d’envisager cette éclaircie. On est passé d’une période où on a fait, on a eu 30 ans de laxisme dans les finances publiques, l’an dernier le balancier est passé complètement de l’autre côté dans une rigueur très forte, peut-être pas assez sur le plan des finances publiques mais en tout cas sur le plan des taxes. Aujourd’hui, on voit un discours qui converge maintenant entre le discours du FMI et celui de la BCE, celui du gouvernement en France, pour dire effectivement il faut travailler sur les dépenses publiques parce que cela étouffe l’économie, on a trop de dépenses publiques, mais il ne faut pas non plus étouffer la croissance. Le rapport Gallois qui est un travail remarquable était je crois le 33e rapport sur la compétitivité depuis Mitterrand, c’est le premier qui pourrait être suivi, qui apparemment va être suivi d’un plan d’action concret. Et donc, si on arrive à préserver ces quelques efforts pour aller vers une meilleure croissance tout en travaillant sur la dépense publique, on peut peut-être semer les graines de ce que pourrait être une éclaircie en Europe à moyen terme. On ne s’attend pas, nous, à une forte croissance en 2013 en Europe, mais si déjà on stabilise et que l’on commence à reprendre un trend un peu positif pour 2014, et vous savez que les marchés anticipent.

Web TV www.labourseetlavie.com : C’est vrai, alors du côté des investisseurs par contre, on a eu un climat qui a été assez délicat, vous parliez des sujets politiques, il y a des investisseurs qui se disent finalement en France c’est compliqué d’investir, les investisseurs vont être taxés beaucoup plus que précédemment, sur ce sujet-là, est-ce que cela peut avoir un impact sur Eurazeo, sur peut-être des acquisitions  ou des sujets que vous aviez en France et vous vous dites « il faut aller peut-être faire des opérations ailleurs. »

Philippe Audoin, directeur financier de Eurazeo : Non, pas spécifiquement. Nous, on est un actionnaire très actif en fait, on est pas du tout un actionnaire passif dans les sociétés dans lesquelles on investit, donc on aime bien être proche du management, proche du management cela veut dire pour nous l’Europe continentale et la France est bien entendu un territoire privilégié, même si le champ d’activité des entreprises dans lesquelles nous investissons peut lui être mondial, comme c’est le cas pour Accor, pour Europcar pour Edenred et pour d’autres. Donc, nous on ne remet pas du tout en cause, on pense au contraire que…, vous savez, on dit parfois en bourse il faut investir au son du canon et céder au son du clairon, c’est peut-être le bon moment justement pour s’intéresser à des entreprises françaises qui intéressent peut-être un petit peu moins des investisseurs étrangers qui peuvent se dire que c’est compliqué. J’étais à la fin de l’année dernière en roadshow aux États-Unis, j’ai passé presque plus de temps à expliqué que les 75 % et les nationalisations de M. Montebourg, ce n’était peut-être pas si catastrophique et que quand même il y avait des choses à faire.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui, donc convaincre, rappeler qu’il y a des actifs en France intéressants peut-être.

Philippe Audoin, directeur financier de Eurazeo : Absolument.

Web TV www.labourseetlavie.com : Un mot pour terminer sur l’année 2013, vous la voyez comment pour Eurazeo ?

Philippe Audoin, directeur financier de Eurazeo : Pour Eurazeo, on est assez confiant. On a, encore une fois, une grande qualité d’actifs avec un équilibre entre les actifs résilients et les actifs de croissance, probablement une reprise d’opérations de rotation, quelques projets d’investissement, on en aura peut-être annoncé dans les mois qui viennent, donc je pense que 2013 pourrait être une année assez active, j’espère que les… l’environnement n’est pas encore dénué de risques, même si, replaçons-nous un an arrière, à la même époque ici on se demandait si l’euro existerait encore dans 15 jours. Aujourd’hui on se pose un peu moins la question, donc espérons que ces risques ne reviennent pas.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci, Philippe Audoin, d’avoir fait le point avec nous, donc directeur financier et membre du directoire d’Eurazeo.

Philippe Audoin, directeur financier de Eurazeo : Merci à vous.

© www.labourseetlavie.com. Tous droits réservés, le 16 janvier 2013.



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