Rainer Voss ancien banquier d'affaires : "Les pays ne font pas faillite parce qu'ils ne peuvent plus payer, mais parce qu'on pense qu'ils ne peuvent plus payer".
Interview de Rainer Voss ancien banquier d'affaires

22 décembre 2014 14 h 30 min
+ de videos
1,621
Views

Interview exclusive de Rainer Voss (Deuxième partie)

Rainer Voss est le banquier d’affaires qui parle dans « Master of Universe », film qui raconte à travers son témoignage les dessous de la finance de marchés, la fameuse banque d’investissement qui s’est rendue célèbre aux cours des dernières années par de nombreux scandales.

J’ai eu la chance de le rencontrer lors de son passage à Paris et il m’a accordé cette interview. Son métier, les failles de ce système financier, de son mode de fonctionnement. J’ai voulu comprendre avec lui pourquoi et comment ce système avait connu des dérives. Quels étaient les ressorts des intervenants, comment pouvait-on aussi imaginer changer le système ?

Avec plus de régulation ? De l’intérieur ? La sortie du « Master Of Universe » film où il est le « héros », celui qui raconte les secret de la Finance, a été l’occasion d’en parler avec lui ses réponses font parfois froid dans le dos, elles nous éclairent en tout cas sur la financiarisation de notre économie, de nos économies et sur ce qui se passe réellement dans ce monde de la Finance, souvent caricaturé, mal compris, mal appréhendé dans toutes ses dimensions. Il nous met en cause aussi dans nos propres choix. Il n’y a pas les méchants banquiers, baptisés les  « banksters » et nous les « gentils » citoyens, nous participons à ce système avec nos choix personnels. Ce n’est pas le moindre des paradoxes à découvrir dans cette interview exclusive.

Didier Testot (labourseetlavie.com) : Il est donc impossible de modéliser le prix de la peur.

Rainer Voss ancien banquier d’affaires : Exactement.

Didier Testot (labourseetlavie.com) : Cela pourrait donc mener à une nouvelle crise ?

Rainer Voss ancien banquier d’affaires : Les cygnes noirs viendront d’ailleurs. Par exemple, les cybertechnologies, Ebola, ISIS… Certaines banques ont leur système informatique aux Philippines. Une démocratie stable, à l’abri des conflits religieux. C’était ironique…Donc, si le pays devait faire face à un soulèvement islamiste, ils pourraient plonger New York et Francfort dans le noir, car leur système informatique est aux Philippines. Ceci devrait davantage nous préoccuper que le creusement de l’écart entre l’Espagne et l’Italie.

Didier Testot (labourseetlavie.com) : On parle beaucoup de la mondialisation, par exemple lorsqu’on achète un t-shirt,or, toutes les composantes du système financier ne sont-elles pas reliées entre elles ?

Rainer Voss ancien banquier d’affaires : Tout à fait, et c’est là que réside le risque. On en revient très souvent à l’exemple bien connu de la théorie du chaos : le battement d’aile d’un papillon provoque un ouragan aux USA. Tout est tellement interconnecté, aujourd’hui. Dans le passé, vous aviez des actifs négativement corrélés. Vous pouviez donc vous protéger en achetant un actif ayant un coefficient de corrélation inversement proportionnel. Cela n’existe plus. Aujourd’hui, ce sont des liquidités dont les gens se fichent. Ils se débarrassent des actifs, quels qu’ils soient. Ces anciennes règles ne sont plus applicables.

Didier Testot (labourseetlavie.com) : Vous évoquez rapidement le trading haute fréquence. Il y a quelques années, vingt ans, plus exactement,vous disiez qu’un investisseur gardait ses actions pendant 22 ans. Aujourd’hui, il les garde 22 secondes.

Rainer Voss ancien banquier d’affaires : C’est un autre exemple d’aliénation. Il y a ce très bon livre, que je vous recommande, écrit par Robert Harris, un thriller intitulé « Fear », qui parle de trading haute fréquence. Ne le lisez pas si vous êtes trop émotif. Le problème ne vient pas seulement du trading haute fréquence. Selon moi, il existe certains produits bancaires dont l’interdiction passerait inaperçue. Le trading haute fréquence en fait partie. Il faudrait prendre chacun de ces produits et évaluer leur rapport risque/rendement,pas d’un point de vue financier,mais d’un point de vue social. Les résultats mettront en évidence des dérivées d’ordre 1, 2, 3 ou 4 ou le trading haute fréquence. C’est comme pour des armes de destruction massive ou une centrale nucléaire, le rapport risque/rendement pour la société est déséquilibré. Il faut donc les supprimer.

Didier Testot (labourseetlavie.com) : Vous expliquez, à travers l’exemple des obligations grecques, comment des fonds d’investissement peuvent détruire un pays. Pourtant, il ont le droit de le faire.

Rainer Voss ancien banquier d’affaires : Pour tout vous dire, cette idée me pose problème. Comme je le disais, c’est l’image du méchant banquier qui décide ruiner la Grèce. Ça ne marche pas comme ça. Le traitement de tout ça est très empirique. Nous avons tous une assurance-vie, une pension de retraite, etc. Et les fonds de pension ont des obligations grecques. Qu’attendons-nous d’eux ? Vous comme moi ? Qu’ils protègent notre argent. Pour cela, ils vont sûrement vendre des obligations grecques, faisant ainsi augmenter les taux d’intérêt en Grèce. Comment leur en vouloir ? Ils ne font que leur travail. Ainsi, d’un filet d’eau naît un petit ruisseau, qui va devenir un fleuve. Puis, à un moment donné, les méchants interviennent et utilisent cette dynamique qui est, en soi, parfaitement louable. Je veux qu’on protège mon argent, bien évidemment. Seulement, cela devient de la spéculation, ce qui plonge le pays dans la faillite. Dans le cas de la Grèce, et cela m’inquiète beaucoup, on dit aux Grecs pour qui voter. On leur dit : « Si vous votez pour « Aube dorée », on vous coupe tout. » Alors, le citoyen perd sa souveraineté à cause des marchés et cela me fait peur. Je ne veux pas de ça.

Didier Testot (labourseetlavie.com) : Il ne s’agit plus seulement de juger les banquiers, mais surtout de protéger la démocratie.

Rainer Voss ancien banquier d’affaires : Exactement, c’est le plus important des combats à mener. J’en suis persuadé.

Didier Testot (labourseetlavie.com) : Et la France, alors ? Dans le film, vous vous demandez qui sera le prochain et vous dites que ce sera la France. Nous voulons savoir pourquoi. Donnez-nous votre avis de spécialiste.

Rainer Voss ancien banquier d’affaires : Je ne suis pas économiste. J’ai dit ça aux alentours de février 2013, il me semble.

Apparemment, je me suis trompé. Nous tenons le coup ! Le redirais-je aujourd’hui ? Je le pense. Il ne s’agit pas de faits. Je ne remets pas en cause la structure de votre économie. Les pays ne font pas faillite parce qu’ils ne peuvent plus payer, mais parce qu’on pense qu’ils ne peuvent plus payer. C’est différent. Il est question de psychologie, pas de faits. On peut contrôler des faits, qui sont peut-être exacts, d’ailleurs. Mais la rumeur circule. Et alors, les fonds de pension vendent des obligations françaises. L’écart avec l’Allemagne passe alors de 0,4 à 0,6, puis 0,8, 1,5…On commence à s’inquiéter : « Que se passe-t-il en France ? On s’en fiche, vendons tout. Soyons prudent. » Puis l’écart passe de 1,5 à 2, 3,créant ainsi une dynamique très défavorable à votre pays, même si les faits sont les mêmes que 2 jours auparavant.

TROISIÈME PARTIE DE L’INTERVIEW  à découvrir ici : http://www.labourseetlavie.com/videos/l-interview/rainer-voss-ancien-banquier-d-affaires-je-suis-inquiet-des-consequences-sociales-de-cette-situation,1891.html

Tous droits réservés www.labourseetlavie.com 22 décembre 2014.

 

 

Print Friendly, PDF & Email