Les entreprises et la mondialisation, 4ème partie dans le magazine TV "L'Économie en VO".
Avec Xavier Fontanet (administrateur Essilor), Alexandre Kateb (économiste) et François Martin (consultant) : Mondialisation et entreprises, la nouvelle donne

30 janvier 2012 8 h 00 min
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Magazine TV « L’Économie en VO » : Les entreprises et la mondialisation, 4ème partie, avec Avec Xavier Fontanet (administrateur Essilor), Alexandre Kateb (économiste) et François Martin (consultant).

Web TV www.labourseetlavie.com : Sur ce schéma-là, Alexandre Kateb, cette mise en concurrence, c’est quelque chose qu’il n’est pas évident à voir cette mise en concurrence sur nos États, on le voit sur les marchés financiers au jour le jour clairement ?

Alexandre Kateb : On est aujourd’hui pris par le court terme, on a la pression des marchés financiers, des agences de notation, effectivement c’est d’une certaine manière une bonne chose parce que l’État ne peut pas dépenser plus que ce qu’il a et on ne peut pas vivre au-dessus de ses moyens pendant une période trop prolongée. Néanmoins, moi je pense que ce qui est encore plus important je dirais que le niveau absolu des dépenses publiques, c’est l’efficacité de ces dépenses et l’évaluation qui est faite de ces dépenses, de la manière dont l’État dépense, quelles sont ses priorités et comment effectivement il répartit la charge sur l’ensemble des contributeurs. Après quand on discute du niveau des dépenses publiques, c’est une chose mais on peut avoir des modèles sociaux différents, des modèles de mutualisation du risque différents, le modèle européen n’est pas le modèle américain ni le modèle chinois. Donc là-dessus je pense que pour moi vraiment ce qu’il faudrait c’est effectivement restaurer la compétitivité des entreprises et notamment des petites entreprises, alléger les charges qui pèsent sur ces entreprises quitte peut-être à les transférer sur des grands acteurs qui vivent de rente, que ce soit de la commande publique ou d’une situation géographique, etc. mais je pense que le vrai problème, c’est le problème de la rente qui s’oppose à l’innovation et qui finalement empêche le renouvellement du tissu productif et ce que les Américains ont très bien réussi à faire, c’est de taxer la rente pour financer l’innovation et pour financer ce renouvellement du tissu productif qui fait des Microsoft, des Apple, des Google, et tout ce que l’on observe. C’est ce que l’on arrive moins à faire en France et plus généralement en Europe.

Web TV www.labourseetlavie.com : François Martin, sur cette sphère publique qui est en débat aujourd’hui ?

François Martin : On est un peu coincé parce que l’on peut dire d’un côté à cause de nos dettes on est tenu par les marchés, donc ils nous coincent d’un côté, et on est tenu par la sphère publique et le côté pléthorique de nos fonctionnaires et, je dirais, la non qualité de ce que l’on fait est de l’autre côté, donc c’est vrai que nos marges de manœuvre là sont faibles et il faut beaucoup de forcer et beaucoup de courage. Le problème aussi c’est que en fait comme dans les systèmes démocratiques, quand on veut réformer à long terme, en général on se fait tailler par les médias, par les opinions, etc. , du coup la facilité c’est de dramatiser dans la crise et de réformer dans la crise mais quand on fait cela, on ne prépare pas l’avenir. On sauve le présent mais on ne prépare pas l’avenir.

Web TV www.labourseetlavie.com : Peut-être en conclusion ?

Xavier Fontanet : D’abord je voulais faire attention à ce que l’on entendait sur la rente parce que je voulais savoir un exemple de rente si je pouvais avoir une idée dans le monde concurrentiel que l’on a, quel est l’exemple d’une rente ?

Alexandre Kateb : Pour moi les rentes clairement …

Xavier Fontanet : La plus grosse rente française par exemple c’est quoi ?

Alexandre Kateb : Il y a un tas d’exemples de rente. La plus grosse rente c’est par exemple – je vais me tirer une balle dans le pied puisque je travaille dans ce secteur – mais le secteur bancaire. Quand on regarde le manque de concurrence dans le secteur bancaire qui est trusté français, qui est trusté par quelques grands réseaux, qui profite de son implantation je dirais séculaire et il y a très peu d’innovations dans la banque de détail notamment parce qu’il y a ce phénomène de rente que l’on retrouve aussi dans la grande distribution, il faut le dire, même si les Carrefour, les Auchan, etc. je vois beaucoup dans les métiers de service, un peu moins dans les industries je vous l’accorde parce que l’industrie est beaucoup plus ouverte sur le monde et la concurrence effectivement beaucoup plus forte.

Xavier Fontanet : D’accord, on dramatise, tout cela. Moi je pense qu’il faut revenir aux idées claires : qu’est-ce qu’il faut faire ? Moi je peux vous dire, j’ai fait des heures de vol, j’ai dû faire 15 millions de kilomètres à peu près et j’ai vu par exemple l’Australie il y a 25 – 30 ans, la Nouvelle-Zélande, j’ai vu ce qu’ils ont fait, j’ai vécu l’Argentine, ce qui s’est passé en Argentine, j’ai vu ce qui s’est passé en Russie quand ça a commencé à capoter, j’ai vu l’Angleterre de Thatcher, j’ai vu Reagan, j’ai vu le Canada. En fait si on reste concret et que l’on dit : « qu’est-ce qu’il faut faire ? ». Moi je pense qu’il faut faire ce qu’a fait le Canada et bien regarder les dépenses parce que grâce à la commission Attali, j’étais dans la commission Attali, la commission Attali 2 a fait un truc extraordinaire. Elle était à majorité gauche, on était deux ou trois de droite, M. Bébéar et moi-même, on était vraiment des canards dans la couvée de cygnes, mais il faut reconnaître quand même qu’ils ont signé un papier comme quoi on baissait les dépenses publiques de 90 milliards, donc il y avait en gros 50 milliards de baisses de dépenses et le reste c’était des niches que l’on enlève, enlever des niches pour moi c’est s’attaquer à la dépense. Eh bien que des gens de gauche qui pendant 40 ans ont expliqué que la dépense publique était vertueuse, se rendent compte que l’on a été trop loin, c’est très courageux. Alors je dis que quand même les gens comprennent quand on explique qu’il faut baisser les dépenses. Donc le truc à faire c’est de baisser les coûts, ce n’est pas de monter les impôts comme on l’a fait parce que quand on a monté les impôts l’autre fois, qu’est-ce qui se passe dans le monde entier ? Tous les gens disent : « je ne vais pas investir en France » donc vous ramenez 10 milliards d’impôts, ça c’est ce que vous voyez, ce que vous ne voyez pas, ce sont tous les gars qui ont décidé de ne pas investir. Alors je pense que pour avoir les idées claires, il faut baisser les coûts, mon instinct c’est surtout sur les régions qu’il faut aller.

On parlait des ronds-points, vous savez combien coûtent les ronds-points ? Alors je vois avec la commission Attali. Dites un chiffre, le rond point en France ?

Web TV www.labourseetlavie.com : Aucune idée, j’en vois beaucoup.

Xavier Fontanet : 3 milliards d’euros, vous avez vu maintenant on ne peut pas rouler on est tout le temps arrêté, cela augmente la consommation parce que l’on ne veut pas couper. Tout est comme cela. Alors j’ai fait avec Jacques Attali, vraiment de gauche, on a fait du ligne à ligne sur les 1000 milliards de dépenses publiques. C’est là que j’ai convaincu Jacques qui m’a dit : « Xavier tu as raison, au fond on peut y arriver ». Moi j’allais beaucoup plus loin que lui mais que Jacques Attali qui est un homme de gauche, qui pendant 30 ans a expliqué : « il faut dépenser, c’est vertueux » commence à dire : « il faut couper », c’est un signe. Alors je crois que le président Sarkozy a cette commission Attali 2 je pense qu’il y a un moyen de dire que tout le monde devrait être d’accord pour baisser les coûts et cela c’est une question d’entreprise, c’est que si on ne les baisse pas, on va nous les coller dessus on ou on mettra des impôts et à ce moment-là cela ne marchera pas. Donc c’est vraiment la sphère privée qui dit à la sphère publique : « maintenant, les gars, chacun son champ, faites-nous une bonne sphère publique compétitive, on fera des très belles boîtes, maintenant vous avez un boulot, c’est entre vous politiciens, vous êtes peut-être trop nombreux, baisser les coûts mais vous avez un boulot de coûts à faire vous-mêmes et vous verrez, occupez vous de vous-mêmes la France ira très bien. Voilà un peu ma synthèse.

Web TV www.labourseetlavie.com : Le mot rapide de conclusion parce qu’on arrive à la fin de l’émission.

François Martin : Pour aller encore plus loin que ce que vous dites, je me rappelle l’histoire de France, un petit épisode que je raconte dans mon livre sur Henri IV arrivant au pouvoir et s’apercevoir que les caisses de l’époque sont vides, les caisses de l’État. Qu’est-ce qu’il fait ? Il se dit : « moi, si on veut que la France devienne riche, il faut que les gens qui font des tomates, des patates, etc. puissent aller vendre au marché mais ils ne peuvent pas par ce que le pont est détruit. Alors il va voir les gens qui ont de l’argent c’est-à-dire les bourgeois de l’époque il leur dit : « vous construisez le pont et puis vous mettez un péage. » Traduction : ce que l’État fait mal, le privé peut le faire bien sous le contrôle de l’État. Donc je pense qu’il y a un énorme champ de possibilités d’amélioration parce que baisser les coûts, si c’est pour baisser les prestations, c’est facile. Le but c’est de maintenir les prestations et qu’elles soient meilleures pour le même coût parce que sinon on démutualise, donc on va coûter encore plus cher.

Xavier Fontanet : …Regardez la Caisse des Dépôts et Egis C’est le ministère de l’équipement qui est devenu semi privé et il commence à travailler pour l’Allemagne et le monde entier. Vous avez des pans de la sphère publique qu’il faut sortir de la sphère publique et que l’on peut mondialiser parce que la sphère publique, si vous voulez, elle peut française, donc l’effet d’échelle c’est tout petit regardez ce qu’a fait la Caisse avec Egis, c’et sublime. Invitez Romanet, vous allez voir une histoire extraordinaire.

Alexandre Kateb : C’est ce qu’ont fait les pays du Nord aussi

Xavier Fontanet : Exactement.

Alexandre Kateb : C’est un exemple dont on pourrait s’inspirer et pourtant ils ne sont pas réputés être ultra-libéraux.

Xavier Fontanet : Faites une émission, vous m’invitez avec de Romanet, on vous règle le truc vous allez voir.

Web TV www.labourseetlavie.com : Eh bien voilà, c’est la fin en tout cas de cette émission sur la mondialisation. Je vous remercie à tous les trois d’y avoir participé. Merci à vous de nous avoir suivi. C’est la fin de « L’économie en VO ».

© www.labourseetlavie.com. Tous droits réservés. 30 janvier 2012.

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