Dylan Baron Gérant Quilvest Gestion : "Il y a de vraies opportunités en zone euro".
TV Bourse : après

30 août 2015 15 h 41 min
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Bourse : après « l’été meurtrier »

S’il fallait s’inquiéter de la Grèce au début de l’été, la Chine s’est invitée dans l’agenda des investisseurs et la dévaluation du Yuan a constitué le facteur déclencheur de peurs et de nouvelles inquiétudes sur la situation de l’économie mondiale.

Simple correction boursière ou vraie sujet pour les semaines qui viennent, nous faisons avec nos dressons avec nos invités un panorama complet de ces marchés.

Mon invité est Dylan Baron Gérant Quilvest Gestion

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Dylan Baron, bonjour.

Dylan Baron, Gérant Quilvest Gestion : Bonjour.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes gérant chez Quilvest Gestion. On va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés après un été chahuté, notamment avec ce qui s’est passé en Chine. Est-ce que c’est vraiment le facteur déclenchant ou il y avait d’autres raisons derrière ? C’est ce qu’on appelle « consolidation », on le verra, crack pour certains. Comment vous avez vu les choses vous ?

Dylan Baron, Gérant Quilvest Gestion : Alors, c’est assez drôle de voir finalement que les gérants sont partis fin juillet en vacances inquiets sur la Grèce puis ils sont rentrés en se demandant ce qui se passait en Chine. Donc, on est passé vraiment d’une zone géographique à une autre. Aux États-Unis, on s’inquiétait déjà de ce qui se passait en Chine depuis un petit moment. On a vu ce petit écran de fumée en quelque sorte en Europe, avec tout ce qui se passait autour de la Grèce. Maintenant très clairement, il y a des raisons de s’inquiéter un petit peu en Chine parce que la baisse qu’on a connue finalement au mois d’août, c’est finalement le fait que les gérants ont acté le ralentissement de la croissance en Chine. On était sur des taux de croissance du PIB qui était de l’ordre de 10 % depuis plus d’une dizaine d’années maintenant. C’était un rythme qui n’était pas tenable. On sait que le gouvernement chinois tablait sur 7 % de croissance pour cette année, ce qui était déjà légèrement moins bien que ce qu’on pouvait voir par le passé, mais là sur ce mois d’août, on s’est rendu compte que même 7 %, ce n’était pas forcément facile à atteindre pour la Chine. On s’en est rendu compte par plusieurs éléments. On a eu des indices, des indicateurs économiques qui n’étaient pas favorables, typiquement le PMI manufacturier qui était en dessous des 50. En dessous des 50, c’est-à-dire qu’on est en période de contraction de l’activité manufacturière en Chine et parallèlement à ça, c’était le plus bas depuis mars 2009. Et parallèlement à ça, on a eu la fameuse dévaluation du Yuan qui a été opérée par la banque de Chine durant l’été.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc, il y a en plus de l’économique, finalement cette bulle boursière qui n’avait aucun rapport avec l’économie. Mais c’est plus la partie économique, c’est-à-dire cette croissance chinoise, cette inquiétude sur la croissance chinoise qui a pesé.

Dylan Baron, Gérant Quilvest Gestion : Voilà ! Cette inquiétude sur la croissance chinoise qui a pesé sur les marchés mondiaux, qui a pesé à plus forte raison sur le marché chinois de Shanghai du fait qu’il y avait une bulle qui s’était véritablement constituée par les épargnants chinois qui à défaut de pouvoir investir sur l’immobiliser comme ils pouvaient le faire auparavant, parce qu’il y avait une bulle qui avait été contenue et maîtrisée par la banque de Chine, se sont mis à investir sur les actions chinoises. On avait eu une spectaculaire envolée des marchés chinois, du marché de Shanghai. Là aujourd’hui, on fait face au contrecoup finalement de cette bulle qui éclate. Maintenant, les conséquences sur les marchés européens et américains sont toutes autres. C’est plutôt l’interprétation effectivement de ces fondamentaux économiques. Et sur ces fondamentaux… pardon.

Web TV www.labourseetlavie.com : Je vous en prie. Sur les fondamentaux, est-ce qu’aujourd’hui, parce qu’on dit, on met la Chine en avant, mais est-ce que ce n’est pas la croissance mondiale tout court qui peine un peu ?

Dylan Baron, Gérant Quilvest Gestion : La Chine pèse pour 13 % à peu près du PIB mondial. Donc effectivement, si on passe de 7 à 5, les conséquences sur la croissance mondiale ne seront pas non plus colossales. Mais c’est finalement la confiance qui peut s’éroder et qui peut finalement réaliser un phénomène auto-entretenu et impacter véritablement la croissance mondiale. C’est ce risque-là qu’on a aujourd’hui. Maintenant, sur la dévaluation du Yuan, il y a deux versions, si vous voulez, qu’on peut présenter. Il y a la version officielle du gouvernement chinois puis un peu la version officieuse. La version officielle, c’était de dire que la Chine voulait faire fluctuer davantage sa devise afin de répondre aux exigences du FMI pour devenir une monnaie de référence, de cercle fermé parmi lesquels on compte l’Euro, le Dollar, le Yen et c’est une volonté importante du gouvernement chinois que de faire partie de ces devises-là. Ça, c’est la partie officielle. Maintenant, parallèlement à ça, il y a la partie officieuse où finalement, ne serait-ce pas – et c’est comme ça que l’a interprété le marché – une façon pour la Chine de regagner de nouveau en compétitivité puisqu’on a une hausse des salaires qui était spectaculaire en Chine et qui pèse sur la compétitivité chinoise. La devise qui était quasiment alignée à l’évolution du dollar qui s’est fortement appréciée. Donc parallèlement à ça, on a une devise chinoise qui s’appréciait face aux autres devises dans le reste du monde, donc une véritable perte de compétitivité. Cette dévaluation sert la compétitivité du marché chinois. Et également, ne serait-ce pas aussi le prélude de la hausse des taux américaine qui est attendue pour la fin de l’année. Si la FED augmente ses taux d’intérêt comme on l’attend d’ici la fin de l’année, ça va contribuer à l’appréciation du dollar. Et si le dollar s’apprécie et que la Chine est toujours reliée par sa devise au dollar, ça pèse aussi davantage sur sa compétitivité. C’est peut-être une manière d’anticiper aussi ce risque-là.

Web TV www.labourseetlavie.com : Justement, est-ce que les marchés, les investisseurs ne sont pas allés un peu vite en voyant tout de suite que la FED allait décaler sa hausse de taux qui était envisagée jusqu’à présent en septembre ? Compte tenu de ces mouvements sur les marchés, est-ce que finalement, la FED ne regarde pas tout simplement ce qui se passe sur l’inflation et sur l’emploi aux États-Unis ?

Dylan Baron, Gérant Quilvest Gestion : Absolument, mais la FED se retrouve un petit peu prise en défaut parce qu’elle a pris un engagement, c’est de remonter de ses taux d’ici la fin de l’année. Certains parlent de septembre, d’autres parlent de décembre, mais effectivement la situation économique mondiale n’est pas spécialement très favorable et la situation économique américaine n’est pas aussi bonne que ce qu’on pouvait l’espérer. Alors, il y a de très forts signaux d’amélioration. On est sur des taux de croissance qui sont compris entre 2 et 3 %. L’emploi progresse très fortement. On est quasiment maintenant au plein emploi. Donc, sur ces éléments-là, il n’y a pas de problème. En revanche, sur le plan des salaires effectivement, ils n’ont pas augmenté au rythme escompté par la FED et puis sur le plan de l’inflation, le problème, c’est que l’inflation américaine subit la baisse du prix des matières premières du fait de ce ralentissement chinois qui contribue à peser négativement sur l’inflation. Donc, on n’arrive pas à des taux d’inflation cible que pouvait cibler la FED pour remonter ses taux. Malgré tout, elle s’y est engagée et il y a de fortes chances pour qu’elle le fasse. La vraie question, ça va être : à quel rythme les remontées suivantes vont avoir lieu ? Et je pense et c’est ce qu’on pense chez Quilvest Gestion, c’est que les remontées ne seront pas au même rythme que les précédents cycles économiques dans lesquels on avait eu une remontée des taux. La FED va temporiser quelques mois, même peut-être plus que quelques mois, avant de passer à l’étape suivante.

Web TV www.labourseetlavie.com : Pour l’investisseur qui rentrerait aujourd’hui, qui aurait laissé son portefeuille fluctuer, alors, il a sans doute beaucoup bougé, quelles sont aujourd’hui les zones d’investissement possibles ? Est-ce que la partie action de toute façon reste obligatoire quelque part compte tenu de ce qui se passe sur les taux ? Comment ça bouge ?

Dylan Baron, Gérant Quilvest Gestion : Aujourd’hui sur les taux, vous avez des taux qui sont proches de zéro, des obligations d’entreprise qui affichent des rendements relativement faibles. Pour obtenir du rendement, il faut aller sur des classes extrêmement risquées. Donc effectivement, les investisseurs priorisent davantage les actions dans cette période. Maintenant aujourd’hui, on distingue véritablement quatre zones dans le monde qui se sont un petit peu divisées. Vous avez les biens portants. On parle des États-Unis, du Royaume-Uni, qui sont dans une phase justement de remontée des taux du fait de l’accélération et de la reprise de leur croissance, même si on n’est pas sur des taux stratosphériques. Mais le problème, c’est que qui dit remontée des taux dit impact sur les marchés actions. Parallèlement à ça, vous avez les marchés émergents qui sont divisés en deux finalement. Vous avez les pays producteur puis les pays consommateurs. Les consommateurs, c’est la Chine. On vient d’en parler et c’est difficile d’y investir pour les raisons qu’on vient d’évoquer. Et puis les pays producteurs, eux partissent aussi de ce ralentissement économique, enfin en tout cas de cette croissance qui ne sera pas mondiale, qui ne sera pas forcément aussi élevée qu’on pouvait l’espérer. Et donc, vous avez des baisses colossales sur les prix des matières premières, ce qui impacte très fortement la croissance locale. Donc, il vous reste finalement une zone, un petit havre de paix si on peut le considérer ainsi. C’est la zone euro. Puisqu’ici, vous avez finalement toujours cet alignement des planètes qui tient. Cet alignement des planètes, c’était quoi ? C’était trois éléments qui sont en faveur de l’économie européenne. D’abord, la politique de la Banque Centrale Européenne qui maintient des taux bas pour une durée encore indéterminée. Vous avez parallèlement à ça, un euro qui reste faible. Effectivement, il s’est légèrement apprécié ces derniers temps, mais on reste encore sur les niveaux actuels autour de 1,13 – 1,14, voire 1,15. On reste de l’ordre de 10 % en deçà des niveaux du 3e trimestre de l’année dernière. Donc, lorsque les entreprises auront publié leurs résultats au 3e trimestre, il y aura toujours un effet pour les entreprises positif pour celles qui sont installées notamment aux États-Unis. Et puis enfin, le troisième élément, c’est la baisse du prix des matières premières qui, la zone euro est clairement consommatrice de matières premières. Elle est très peu productrice. Et donc, elle va profiter finalement de la faiblesse de ces prix-là. C’est toujours bon pour les entreprises également. Donc, cet alignement des planètes, on peut toujours en parler. Il est toujours d’actualité. Et on est aujourd’hui sur les marchés actions sur des niveaux de valorisation qui forcément, compte tenu de la correction qu’on a pu connaître durant ce mois d’août sur des niveaux qui se sont rapprochés des niveaux normatifs. Même en zone euro, on est en dessous des niveaux normatifs. Aujourd’hui, on est à 15,8 fois les bénéfices.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc, il y a de vraies opportunités.

Dylan Baron, Gérant Quilvest Gestion : Voilà ! Donc, il y a de vraies opportunités. On attend encore une croissance des bénéfices pour l’année 2015, donc l’année en cours, de l’ordre de 11 % en zone euro contre 5 % pour l’ensemble de l’Europe. Donc, il y a vraiment encore des choses à faire en zone euro.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci, Dylan Baron d’avoir été avec nous.

Dylan Baron, Gérant Quilvest Gestion : Je vous en prie. Merci.

 

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