Christophe Brulé Président Entheca Finance : "La guerre des changes crée de la nervosité sur les marchés qui va durer".
Tv Bourse : Après

30 août 2015 15 h 47 min
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S’il fallait s’inquiéter de la Grèce au début de l’été, la Chine s’est invitée dans l’agenda des investisseurs et la dévaluation du Yuan a constitué le facteur déclencheur de peurs et de nouvelles inquiétudes sur la situation de l’économie mondiale.

Simple correction boursière ou vraie sujet pour les semaines qui viennent, nous faisons avec nos dressons avec nos invités un panorama complet de ces marchés.

Les entreprises ont du cash, facteur positif.

Mon invité pour en parler Christophe Brulé Président Entheca Finance.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Christophe Brulé, bonjour.

Christophe Brulé, Président, Entheca Finance : Bonjour.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes le président d’Entheca Finance. On va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés. Bien sûr, au cœur de l’été, c’est la Chine qui a, en tout cas, fait parler d’elle. Est-ce que la Chine est vraiment responsable de tous les maux en quelque sorte pour les investisseurs ou est-ce qu’on n’a pas un petit peu exagéré ce qui s’est passé en Chine par rapport peut-être à d’autres éléments ?

Christophe Brulé, Président, Entheca Finance : Oui, je crois qu’on a certainement exagéré au cœur de l’été, à un moment où les volumes sont très faibles, à un moment où les acheteurs finaux ne sont pas là. On a eu des gros mouvements de marché, mais sans contrepartie, sans acheteur final en face. Donc, peut-être c’était facile de faire baisser les indices. Ceci dit, le problème chinois était déjà perceptible en juin et donc ce n’est pas étonnant qu’avec des mauvais chiffres et des dévaluations, on ait eu une réaction très brutale des marchés.

Web TV www.labourseetlavie.com : Est-ce qu’on n’était pas aussi sur des sujets de valorisation ? Puisqu’on avait finalement le consensus en faveur des actions, mais on pouvait se dire, il y avait quand même des questions, des sujets valorisation à un moment donné.

Christophe Brulé, Président, Entheca Finance : Oui, alors je crois qu’il y a par rapport à des problèmes de valorisation, on est revenu grâce au quantitative easing américain, anglais, japonais, européen, sur des niveaux de valorisation qui sont normaux. Historiquement, 15, 16 fois les résultats des sociétés. Et sur ces niveaux-là, il faut d’autres catalyseurs. Les catalyseurs, c’est une hausse des BPA. Mais cette hausse de BPA, elle n’est pas là dans tous les marchés. Donc certes, les résultats du T2 sur l’Europe ont été bons. Mais aux États-Unis, même s’ils ont été finalement pas mauvais, on sera en croissance bénéficiaire aux États-Unis en 2015 à – 2, – 3 %. Donc, une croissance bénéficiaire négative. Donc, dans ces cas-là, le marché se focalise sur d’autres sujets qui peuvent venir mettre à mal ces valorisations. Et pendant l’été, on avait trois sujets. Les trois sujets, c’était en début d’été le problème grec, qui n’est toujours pas résolu, même si on a trouvé in extremis une issue. L’issue, elle demande à être confirmée. Élections législatives à venir en septembre, donc sujet qui va nous occuper un petit peu plus tard. Deuxième sujet, c’est la hausse des taux américains. On attendait cette hausse, d’où la dévaluation par les autorités chinoises de leur monnaie pour ne pas être trop lié aux dollars. Et troisième sujet, c’est le corolaire du deuxième, c’est le problème chinois. Donc oui, dévalorisation qui commençait à être un peu tendue et un retour pas normal, parce que je crois que les flux expliquent beaucoup ce crack, mais un retour à des normes plus raisonnables, on va dire.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors là, on vient d’avoir effectivement des chiffres américains plutôt bons pour le deuxième trimestre. Il y a quelques jours, on était à se dire, la hausse de taux aux États-Unis, ce sera peut-être décembre, voire pas du tout cette année. Là on se dit à nouveau, ça change. On sent bien quand même qu’il y a de la névorsité par rapport à ce qui arrivera un jour forcément : cette hausse des taux américaine.

Christophe Brulé, Président, Entheca Finance : Voilà. C’est toute la difficulté du moment pour les investisseurs. Les taux d’intérêt monétaires obligataires ne rapportent plus rien du tout. Donc, on n’a pas de protection pour les portefeuilles. Et on a de la nervosité qui s’exprime par l’indice de la volatilité qui monte à des niveaux énormes. Sur l’Europe, ça monte à 40. C’est ce qu’on retrouve en octobre l’an dernier, ce qu’on retrouvait en août l’an dernier. Donc, c’est des niveaux assez importants qui font des séances à – 5, + 5, – 4, + 4. Donc, vraiment difficile pour les investisseurs de s’y retrouver.

Web TV www.labourseetlavie.com : Pour l’investisseur qui arriverait aujourd’hui, qui aurait vu ses portefeuilles baisser, notamment sur la partie action, quelle vision on lui donne ? L’investissement action, ça reste l’investissement à privilégier par rapport à ces marchés obligataires tout de même ?

Christophe Brulé, Président, Entheca Finance : Oui, alors évidemment, l’investisseur aujourd’hui qui arrive ou qui est présent sur le marché, il recherche du rendement. Le rendement, il ne l’a malheureusement plus sur les taux, donc il faut le rechercher dans des actifs plus risqués. C’est les actions. Il faut en accepter la volatilité. Quand je dis, il faut l’accepter, ça ne veut pas dire qu’il faut tout miser en une fois parce qu’on voit la destruction de valeur que ça peut engendrer. Mais c’est réellement, je pense, sur la classe action qu’il faut venir chercher du risque. Après, il faut profiter de ces moments de nervosité, ces moments d’exagération pour acheter des belles valeurs qui perdent en séance 10 %. Je prends la valeur traditionnelle, bon père de famille, Air liquide. Dans la séance quand elle perd 10 %, on peut se dire, tiens, c’est pourquoi pas une opportunité. LVMH, même s’il y a peut-être des sujets d’inquiétudes avec la Chine – on le verra un petit peu plus tard – perd 15, 20 % par rapport au plus haut. Ça peut être des opportunités de rentrer sur ces titres.

Web TV www.labourseetlavie.com : Pour effectivement les marchés, aujourd’hui, est-ce qu’on a été conforté ou au contraire, on est inquiet aussi derrière ? Parce qu’on parlait de la bourse chinoise, mais de la croissance économique, est-ce qu’il y a aussi un petit peu un sujet d’inquiétude en disant finalement, malgré tout ce qu’on fait les banques centrales, les banquiers centraux, vous parliez aux États-Unis, en Europe, Chine, ça a du mal à repartir quand même ?

Christophe Brulé, Président, Entheca Finance : Oui. Je crois qu’il faut être assez simple. On a un tel poids d’endettement partout dans le monde. On est dans une période où les autorités publiques ne peuvent plus rien apporter à la croissance. Ça a été compensé par les banquiers centraux, par les quantitatives easing. Qu’est-ce que ça a engendré ? Ça a engendré en fait une guerre des changes. Les États-Unis, dans un premier temps, ont pris de la croissance au reste du monde. Les Japonais ont fait la même chose. Les Anglais également. Et nous les Européens, on a fait la même chose depuis six mois. Et ça, c’est au détriment quelque part de tout le monde émergent. Quand on voit les indicateurs ISM il y a deux ans, le monde émergent était à plus de 50, ce qui montrait une activité en croissance. Depuis l’été, même avant l’été, les indicateurs de croissance dans l’ensemble du monde émergent, Indonésie, Philippines, Brésil, Chine, sont en dessous de 50 et les indicateurs zone euro sont au-dessus de 50. Donc, il y a bien une course à la croissance entre les états. Ça a été mis en œuvre avec les quantitatives easing. Donc, il y a réellement un problème de croissance mondiale. On n’a pas une croissance synchrone. On a une croissance qui, par une guerre des changes, se prend d’un bloc à l’autre bloc et ça engendre forcément des réactions des blocs les uns contre les autres et du coup, une nervosité forte sur les marchés qui, je pense, n’est pas finie jusqu’en fin d’année.

Web TV www.labourseetlavie.com : Ce qui veut dire que dans les prochains mois, même si on le dit, on le rappelle assez souvent, le cash ne rapporte rien, n’empêche que quand il y a ce type d’évènement, il sert quand même à grand-chose effectivement.

Christophe Brulé, Président, Entheca Finance : Oui, alors il y a une formule : le cash est roi. C’est vrai, le cash est roi. Dans ces périodes-là, ça protège les portefeuilles. Et puis ça permet surtout de profiter de cette nervosité, de profiter des trous de marchés pour faire des positions, pour racheter des titres à dividendes élevés qui, du coup, donneront un rendement pour la suite de l’année ou de l’année d’après.

Web TV www.labourseetlavie.com : Ça restera toujours difficile, quand on voit cette évolution du calendrier de la FED – on parlait de juin, de septembre, décembre – finalement de parier dessus. Ce qu’on peut juste dire peut-être en conclusion, justement c’est cette question de volatilité, de nervosité. Et donc, il faut se préparer à ça.

Christophe Brulé, Président, Entheca Finance : Oui, moi je crois qu’il faut se préparer à cette nervosité puisque les trois problèmes dont j’ai parlé, on n’a pas de réponse. La Grèce, on n’a pas encore réellement de sortie. Il faudra une restructuration de la dette, donc élections législatives plus restructuration de dette à venir. Donc, il y a un point d’inconnu qui n’est pas réglé. Deuxième sujet, la Chine. On a eu une alerte. On a un ralentissement. Est-ce que c’est un hard landing, atterrissage très brutal qui aurait des conséquences pour tout le monde ? On n’a pas la réponse. Donc, il faudra scruter les chiffres des prochains mois. Donc, inquiétude, incertitude. Et troisième point, c’est la FED qui ne va pas remonter ses taux en septembre à cause du deuxième point. Et donc du coup, toujours un calendrier incertain. Donc oui, il faudra remonter les taux aux États-Unis. Je pense que ce ne sera pas avant décembre, voire début 2016. Mais donc, ça va nous animer et heureusement on aura quand même le fondamental puisque la vie continue. Les entreprises sont quand même très saines. Elles ont des bilans très sains. Elles ont du cash. Donc, elles pourront faire des opérations de croissance externe et a priori, si la croissance reste quand même modérée et raisonnable, elles ont quand même une croissance de chiffre d’affaires, comme l’a montré le T2. Donc, il ne faut pas non plus être trop timoré.

Web TV www.labourseetlavie.com : Eh bien, merci Christophe Brulé d’avoir fait le point avec nous.

Christophe Brulé, Président, Entheca Finance : Merci.

 

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