Paul Bamberger Directeur Général Vranken Pommery Monopole.
Interview stratégie et perspectives

11 janvier 2011 6 h 32 min
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Vranken : Interview stratégie et perspectives

A l’occasion de l’évènement Oddo Midcap qui s’est tenu à Lyon le 6 et 7 janvier, la Web Tv a interviewé Paul Bamberger Directeur Général Vranken Pommery Monopole.

Retour sur un marché du champagne qui a connu une crise après avoir atteint des sommets. Comment évolue la stratégie de Vranken, quelles sont les opportunités sur le marché, et les perspectives 2011.

Paul Bamberger Directeur Général Vranken Pommery Monopole répond également sur la vente de la branche champagne par Rémy Cointreau.

Web TV www.labourseetlavie.com : Paul Bamberger , bonjour, vous êtes le Directeur Général de Vranken Pommery Monopole. On va parler avec vous de stratégie et des perspectives. On a envie de savoir déjà comment s’est passée la fin d’année, puisqu’on le sait que pour le groupe de champagne c’est important ces périodes de fêtes.

Paul Bamberger : « C ‘est plus qu’important ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, y a eu, on a plus parler de la météo peut-être que de champagne, mais est ce qu’elles, quelles sont un peu les indications que l’on peut donner ?

Paul Bamberger : « Ecoutez comme vous dîtes, on a beaucoup parlé de la météo mais on a consommé du champagne, c’est ça ce qui m’importe.

Traditionnellement les ventes de fin d’année représentent 50 % de l’activité du champagne, que ce soit en France ou à l’international, c’est encore plus marqué à l’international et l’activité a été bonne en fin d’année puisque les gens ont bien continué à consommer du champagne en famille ou entre amis au moment des fêtes de fin d’année.

C’est quelque chose d’important. C’est une tradition qui est vraiment ancrée dans les mœurs et le berceau de la consommation du champagne est vraiment en Europe, et dans tous les pays européens la consommation était là et s’est bien maintenue ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors on peut dire que c’est arrivé après deux années un petit peu difficiles, plus que difficiles.

Est ce qu’on parle de reprise ? Bon, depuis plusieurs mois, on voit que ça s’est amélioré, mais on en est où un petit peu du cycle pour vous ?

Paul Bamberger : « Alors, pour nous, c’est pas fondamentalement une reprise, la vision qu’on avait déjà développée depuis plus d’un an et demi à partir de la fin 2008 où on a vu l’environnement économique assez perturbé et où on a vu, début d’année 2009, les ventes de champagne fortement baisser.

Mais en fait ce ne sont pas les ventes qui ont autant baissé, ce sont les expéditions, c’est-à-dire ce sont les ventes à nos intermédiaires, les importateurs et les distributeurs qui, en période de crise financière et naturellement ont réduit leurs stocks pour essayer de réduire l’exposition financière.

Donc on a vu les ventes de champagne baisser sur l’année 2009, elles ont repris en 2010, mais ce sont les expéditions. La consommation, et pour autant qu’on pouvait l’analyser en 2009 et 2010, elle, s’est tout à fait maintenue. C’est-à-dire, vous comme moi, on continue à boire du champagne pour célébrer des évènements, des anniversaires, et bien évidemment la fin d’année.

Donc cette année 2010 est certes une reprise des expéditions, mais un maintien de la consommation. Donc cette tendance est établie, elle est sympathique pour notre profession, on s’aperçoit qu’on a un produit clé pour beaucoup de personnes et l’année 2010,à ce titre là, s’est bien déroulée. Après restent les perspectives 2011 qui est forcément ce qui vous intéresse et ce qui intéresse les auditeurs. L’année 2011 est bien bien établie, elle démarre seulement maintenant. On est plutôt positif sur cette année 2011 et sur la consommation générale du champagne ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors si c’est effectivement le pic, il avait été atteint maintenant il y a quelques temps de ça, on était donc à 337 millions de cols, comme on dit.

Paul Bamberger : « Oui ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors on peut se demander si ce n’était pas un pic un petit peu, je dirais qu’on était peut-être allé un peu trop loin comme quand on parle de bulle boursière. Effectivement, là aussi, est-ce que le marché redevient, on va dire aussi, plus, peut-être un peu moins excessif, qu’il a peut-être eu, il a peut-être eu connu quelques excès ?

Paul Bamberger : « Oui. Alors, l’excès était peut-être dans un peu d’expéditions et on a eu le contre effet par, comme ce que je vous expliquais, le phénomène de «déstockage », c’est-à-dire de commandes moindres de ces importateurs.

Vous citiez le chiffre tout à l’heure où on a été effectivement sur ce pic proche de 340 millions de bouteilles, on devrait revenir sur l’année 2010, les chiffres sont pas définitifs, aux alentours de 317 millions de bouteilles, on vient de 293.

Notre vision est que le marché, maintenant qu’il y a plus ce phénomène de stockage, va croître naturellement avec la consommation de champagne. Cette consommation de champagne au niveau mondial, on peut penser qu’elle va croître de 2 à 3 % chaque année. Ce qui est intéressant. Mais on pense que c’est un phénomène stable, ce qui fait que les 340 millions sont loin d’être un plafond, et à un horizon dix ans, on va forcément les dépasser, et si on maintient 3 % par an sur les dix prochaines années, on va arriver à 380 millions de bouteilles ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors pour le groupe, qui a différentes marques, aussi bien du haut de gamme que des champagnes à bas prix, dans la période un peu difficile, vous avez pu dire, vous, que la partie champagne à bas prix finalement a permis un petit peu de résister, alors que le côté haut de gamme, lui, subissait encore plus les baisses dont on a parlé, on peut se dire que si le marché revient, on va dire, un peu plus à la normale, qu’on va retrouver aussi de ce côté là un marché du champagne un peu plus orienté haut de gamme ?

Paul Bamberger : « On l’espère. On cherche effectivement à mettre en avant ces champagnes haut de gamme, comme vous dîtes, c’est-à-dire nos marques premium et internationales, mais la force du groupe, et elle est primordiale et on l’a vu en période de crise, est d’avoir un portefeuille de marques et c’est une volonté de Paul Vranken depuis toujours et depuis la création du groupe, d’avoir un portefeuille de marques et de capitaliser sur ce portefeuille de marques, c’est-à-dire de répondre aux différents segments d’attente de la clientèle.

Donc on est sur du premium évidemment avec la marque Pommery, mais on est aussi sur des marques plus accessibles, et néanmoins internationales comme Heidsieck Monopole, mais les marques Vranken ou les marques Charles Laffite s’insèrent également dans ce portefeuille. On espère que la tendance sera vers ce retour vers les marques premium au, effectivement un peu plus au détriment des marques comme vous disiez, bas de gamme, cette fois-ci c’est un secteur où nous sommes moins présents, qui sont, ce qui est chez nous les marques nationales, qui existent en champagne parce qu’il y a ces besoins, mais qui est moins important ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté des vendanges, on a parlé de 9700 kilos à l’hectare, on venait de beaucoup plus haut, qu’est-ce que ça peut changer sur le marché, effectivement, ces rendements ?

Paul Bamberger : « Alors, les rendements des vendanges sont assez importants. On vient de 14.000 kilos à l’hectare, on a effectivement baissé sur la vendange 2009 et sur la vendange 2010. C’est une décision concertée de la profession du champagne. Pourquoi c’est une décision concertée ? C’est bien d’un côté les vignerons et de l’autre côté les maisons de champagne réunis en syndicat dans un syndicat interprofessionnel qui ont pris cette décision pour quelque part gérer la crise.

Lorsqu’on a vu arriver ces problèmes de 2009-2010 en 2008, on a décidé pour la vendange 2009 de réduire les volumes à la vendange, c’est-à-dire les volumes mis en marché pour effectivement que ça ne pèse pas trop sur la trésorerie de l’ensemble des intervenants et éviter le phénomène de déstockage qui aurait pu se produire ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Est-ce que la crise a bouleversé, je dirais, les marchés établis du Champagne ou quelque part on trouve toujours dans le trio de tête les mêmes pays consommateurs en quelque sorte ?

Paul Bamberger : « Voilà non non il n’y a pas eu de bouleversement dans le trio de tête. On a vu finalement là où le champagne était une habitude et était très ancré, c’est-à-dire essentiellement les pays européens, les grands pays consommateurs européens et, en dehors de l’Europe, les Etats-Unis et le Japon. Mais le cœur de consommation est bien en Europe et est resté en Europe ».

Web TV www.labourseetlavie.com : On a vu récemment une offensive du Chianti, mettant en avant effectivement ces produits par rapport au champagne, on doit s’inquiéter ou pas pour le champagne ?

Paul Bamberger : « C’est un peu le risque de tout leader d’être un point de comparaison. C’est le cas du champagne ».

Web TV www.labourseetlavie.com : On peut parler aussi de Listel, puisque c’est une acquisition maintenant qui remonte à quelque temps et qui se développe. Donc comment s’intègre Listel justement dans le portefeuille de marques et qu’est-ce que vous développez avec, on connaît notamment le rosé, mais il y a bien d’autres choses ?

Paul Bamberger : « Oui la force principale de Listel c’est le rosé et le gris puisque Listel dans les sables de Camargue est un gris de gris qui se rapproche d’un rosé et en rosé on est dans la Provence avec le Château La Gordonne. C’est un véritable complément par rapport au champagne. On est très heureux d’avoir fait cette acquisition parce que il y a des vrais potentiels de croissance et c’est très complémentaire, comme je vous le disais, au champagne.

Ce sont bien les mêmes personnes, les mêmes équipes de vente qui vont commercialiser ces produits de manière tout à fait comparable et qui répondent à un besoin et à une envie du consommateur. Comme le champagne, le vin rosé ou le vin gris est un vin de plaisir que les gens apprécient énormément ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Qu’est-ce qu’on peut dire aujourd’hui sur le, je dirais, du côté des stocks. On en est où justement ? On en a un peu parlé, mais est-ce qu’on n’a pas trop de stock aujourd’hui ? Est-ce que ça s’améliore ?

Paul Bamberger : « Non. La profession, avec ce que vous évoquiez, c’est-à-dire la baisse des rendements à vendange sur la vendange, sur les deux vendanges précédentes, a permis justement de ramener le niveau de stock à un niveau « normal » qui a un peu plus de trois années de volume de ventes, c’est-à-dire que chaque professionnel qui vend une bouteille de champagne doit en avoir un peu plus de trois en stock et on est revenu à ces niveaux grâce à la réduction des vendanges sur les deux précédentes années ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Un mot de la situation financière du groupe concernant l’endettement. Alors y en a qui trouvent que c’est trop, mais on met souvent, vous mettez souvent l’endettement en face des bouteilles

Paul Bamberger : « Forcément ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc en face des stocks. Est-ce qu’aujourd’hui y a pas besoin, y aurait pas besoin un peu plus de flexibilité de ce côté là ?

Paul Bamberger : « On n’a pas, alors je réponds tout de suite par la dernière interrogation sur la flexibilité. Non on n’a pas besoin de plus de flexibilité. Pourquoi ? Parce que si on met , en fait, l’endettement en face des bouteilles, c’est tout simplement parce que c’est ce que nous finançons.

La dette chez nous ne sert qu’à financer notre stock. On a cette particularité d’avoir trois années de vente en stock, il faut bien les financer et nos partenaires bancaires nous font confiance sur ce point là. La tendance naturelle n’est effectivement pas à aller augmenter la dette mais plutôt à la réduire dans les années à venir ».

Web TV www.labourseetlavie.com : En conclusion, peut-être, on a vu que sur ce marché du Champagne, un acteur était peut-être en train de céder ou voulait céder, c’est Rémy Cointreau, cette activité champagne. Pour le coup, compte tenu de la question précédente, est-ce que vous vous pourriez être intéressés ou regarder le dossier ? Comment ? Est-ce que c’est possible ?

Paul Bamberger : « C’est un dossier en cours donc pas forcément commentable. On verra ce que l’avenir nous réservera ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Mais ça veut dire que vous pourriez avoir les moyens ou en tout cas si vous pourriez chercher les moyens ?

Paul Bamberger : « Oui encore faut-il qu’on en ait l’intérêt et que les opérations se fassent comme on le souhaite. Pour l’instant y a pas d’intérêt plus marqué que ça ».

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous n’avez pas déclaré d’intérêt particulier pour éventuellement étudier plus le dossier ?

Paul Bamberger : « Non ».

Web TV www.labourseetlavie.com : D’accord. Bien. On suivra ça. Merci d’avoir fait le point avec nous Paul Bemberger. On rappelle que vous êtes donc le Directeur Général de Vranken Pommery Monopole.

Paul Bamberger : « Merci à vous ».

© www.labourseetlavie.com 11 janvier 2011

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