Interview Jean-Christophe Giroux Directeur Général Manitou : Stratégie et perspectives 2013.
Oddo Midcap Forum 2013 : Perspectives du leader mondial des chariots élévateurs

18 janvier 2013 16 h 31 min
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Oddo Midcap Forum 2013 : Perspectives du leader mondial des chariots élévateurs 

L’année 2012 a laissé craindre à certains investisseurs de nouvelles baisses de commandes pour Manitou compte tenu de la crise économique et financière.

Jean-Christophe Giroux Directeur Général Manitou explique la stratégie du groupe notamment à l’international, et les objectifs et priorités de la société. 

Web TV www.labourseetlavie.com : Jean-Christophe Giroux, bonjour. Vous êtes Directeur général de Manitou. On va parler avec vous au Forum Oddo Midcap, Forum 2013, de votre actualité, des perspectives, vous rencontrez les investisseurs ici même à Lyon, justement Manitou avec les derniers chiffres, on avait l’impression que c’était à nouveau parti dans des difficultés importantes compte tenu de ce qui se passe sur vos marchés, qu’est-ce que vous dites aujourd’hui aux investisseurs ?

Jean-Christophe Giroux, Directeur général de Manitou : Que ce n’est pas le cas, ce n’est pas le cas au contraire, on va faire une très bonne année 2012, 12 % de croissance au niveau du chiffre d’affaires, ce qui est loin d’être le cas pour tout le monde, bien sûr, quelques inquiétudes c’est vrai qui avaient pu se faire jour vers octobre avec un ralentissement dans les prises de commandes mais on avait déjà, à l’époque, dit qu’il s’agissait d’un effet technique lié à une forme de vidange du carnet, et donc finalement une sorte de report plutôt des commandes et les résultats du quatrième trimestre vont prouver cela puisque le niveau des prises de commandes est bien remonté par rapport au T3, donc non, au contraire, un business qui tient bien et qui continuera à bien tenir en 2013.

Web TV www.labourseetlavie.com : On rappelle que vous êtes un spécialiste leader mondial des chariots élévateurs, dans les différents marchés aussi bien l’industrie, l’agriculture ou le bâtiment, la construction, est-ce qu’il y a des secteurs qui se distinguent dans cette période ?

Jean-Christophe Giroux, Directeur général de Manitou : Oui, parce que la construction souffre quand même bien plus que les autres secteurs, d’abord parce que l’économie, les mises en chantier, la visibilité sur les programmes résidentiels notamment n’est pas au rendez-vous, l’Europe du Sud est quasiment sinistrée, l’Europe du Nord a eu un véritable ralentissement, les Etats-Unis, en revanche, eux fonctionnent bien en terme de bâtiments, mais pour la construction chez nous, il y a le phénomène « loueur ». Les loueurs sont des donneurs d’ordres très importants dans le domaine de la construction et les loueurs, eux, sont très frileux sur leur politique de reconstitution de flotte et donc freinent sans doute, à notre niveau, le niveau des prises de commandes.

A contrario, l’agriculture a confirmé en 2012 une très, très bonne santé et on pense qu’en 2013, je croise les doigts, cela sera encore le cas, du fait au passage de prix de matières premières agricoles qui sont à la fois stables et à des bons niveaux en terme historique et qui du coup entretiennent ce niveau. Enfin, dans les domaines plus industriels, au-delà même des implications classiques de logistique ou de magasinage, on continue de développer à marche forcée des activités sur des filières comme par exemple l’environnement, la maintenance d’activités minières, oil and gas, les forces armées sur lequelles on se positionne comme un véritable fournisseur de solutions de manutention, complètement sur mesure en fonction de vos cahiers des charges, souvent d’ailleurs dans des pays lointains, ce qui est bien parce que ça nous permet de nous établir commercialement, donner de la visibilité, de créer des réseaux, d’apporter du service et donc ça se sont des activités qui doublent tous les ans, donc voilà, pas de crise, que du travail.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors du côté des distributeurs, en 2012, ils sont dans quelle situation ces distributeurs ? Comment ils ont réagi ?

Jean-Christophe Giroux, Directeur général de Manitou : Et bien évidemment les distributeurs ou les réseaux de concessionnaires dans le sud de l’Europe souffrent beaucoup, beaucoup, beaucoup. Quand je prends par exemple l’exemple de l’Italie, leur situation est bien plus critique qu’elle a pu l’être en 2008 et 2009 alors que pourtant c’était la grande crise, donc tout le monde fait évidemment le dos rond, en revanche, dans d’autres pays, les gens n’hésitent pas à dire qu’ils ont sans doute fait une de leurs meilleures années, pour ne pas dire leur meilleure année, donc c’est encore une fois très variable, c’est un petit peu la nouveauté de 2012, dans notre métier, historiquement, on était habitué à des cyclicités très tranchées, donc soit ça va très, très bien, soit ça va très, très mal, et en 2012 on a l’impression qu’on est rentré dans quelque chose d’un petit peu plus mitigé, d’abord d’un pays à l’autre, peut-être aussi même d’un mois à l’autre, tout cela change beaucoup, bouge beaucoup, plus de volatilité, moins de lisibilité, mais bon cela demande un peu plus de force d’âme et on se rend compte qu’il y a une prime chez nos distributeurs comme chez nous, de temps en temps de dire on y a, on essaie, plus de volontarisme et les résultats seront au rendez-vous.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc on n’est pas dans le scénario que celui de 2009…

Jean-Christophe Giroux, Directeur général de Manitou : Oh mon Dieu, non, mon Dieu non, parce qu’en fait 2008 et 2009, il y a eu une crise véritablement économique mondiale, il y avait une prise de confiance, que c’était également mondial et surtout on sortait d’une période de surchauffe qui était spéculative avec des effets de bulles, donc ces trois effets amplifiés avaient évidemment fait une chute qui était considérable. On n’est pas du tout dans cet effet là, on ne sort pas d’une période spéculative, il peut y avoir de l’attentisme c’est vrai ou une forme de nervosité, c’est également vrai, mais il n’y a pas de récession marquée, il n’y a pas de crise, non, donc encore une fois je touche du bois et j’essaie de rester prudent mais non, je crois qu’il faut être volontariste.

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté de l’évolution des marchés et des prix, qu’est-ce que vous pouvez faire dans cette période puisqu’il y a eu aussi, à un moment donné de l’inflation sur les coûts, comment vous pouvez gérer cette partie prix ?

Jean-Christophe Giroux, Directeur général de Manitou : Avec prudence, bien évidemment, c’est sûr que l’heure n’est pas complètement non plus au renchérissement tous azimuts du prix des machines, et pourtant, à notre niveau, il y a un renchérissement très net, notamment au niveau des coûts des moteurs qui passent à des nouvelles normes et qui donc sont beaucoup, beaucoup plus chers, bon on fait un effort pour en garder une partie pour nous, certes les actionnaires et les investisseurs ne sont pas toujours forcément de cet avis là, mais en même temps d’un point de vue commercial, il faut essayer justement de gérer un peu les choses, donc on essaie d’être pragmatique. On travaille aussi sur finalement des valeurs fondamentales, si on essaie de temps en temps de garder un positionnement prix, un petit peu plus, on va dire, offensif que certains de nos concurrents, c’est que l’on peut se le permettre, on des valeurs de durabilité, de fiabilité avec du coup des valeurs de revente de nos matériels qui sont meilleures, donc ça se justifie, encore une fois les clients le savent très, très bien, on essaie de jouer avec ça mais, vous avez raison, on reste évidemment assez prudent.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, les remarques d’investisseurs portent souvent sur des questions de marges, en disant finalement « Manitou a fait beaucoup d’efforts, s’est restructuré, a rebondi en quelque sorte dans cette crise », mais aujourd’hui il n’y a pas trop de leviers sur les marges.

Jean-Christophe Giroux, Directeur général de Manitou : C’est vrai parce que les poches qu’on arrive à extraire dans nos améliorations quotidiennes, on les réinvestit en ce moment parce qu’on a d’énormes chantiers à mener à bien, on essaie à la fois de tordre le cou à certains démons du passé qui nous ont beaucoup embêtés et qu’on veut véritablement tuer une bonne fois pour toutes, il a fallu aussi redimensionner notre présent après trois années de crise qui nous avait amené à baisser la voilure considérablement et on veut afficher de nouvelles ambitions, relancer une politique par exemple d’innovations, donc tout ça ça demande un petit peu de moyens, donc on autofinance nos marges de progrès, nos plans de progrès au détriment peut-être pendant un an ou deux d’une véritable amélioration des marges. En revanche l’objectif moyen terme de retrouver des marges à deux chiffres est lui totalement maintenu, donc cela ne change pas le plan de route, ni même l’horizon, c’est plutôt on va dire la forme de la courbe.

Web TV www.labourseetlavie.com : Justement le mot de la fin, il y avait aussi cet objectif de doubler à l’horizon 3, 4 ans le chiffre d’affaires, cela reste dans les cordes ?

Jean-Christophe Giroux, Directeur général de Manitou : Cela reste dans les cordes et cela reste le cap, ceci dit c’est sûr que je mentirai en disant que l’évolution du climat économique actuel ne le remet pas un petit peu en cause dans son timing, donc cela sera peut-être 4, 5 ans plutôt que 3, 4 ans mais en revanche le potentiel est là, nous en sommes absolument convaincus, c’est pour cela aussi qu’on a investi encore une fois dans notre outil, dans nos méthodes, dans nos process, dans nos partenariats, dans des tas de choses parce que on imagine qu’on prépare l’avenir et on ne vit pas uniquement dans le prochain trimestre ou dans même la prochaine année.

 Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Jean-Christophe Giroux d’avoir fait le point avec nous, donc directeur général de Manitou.

Jean-Christophe Giroux, Directeur général de Manitou : Merci beaucoup.

© www.labourseetlavie.com. Tous droits réservés le 18 janvier 2013.


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