Marco Bruzzo Directeur Général Délégué Mirabaud AM : "Nous gardons un biais domestique avec des valeurs européennes".
Stratégie et perspectives 2016

28 mars 2016 16 h 05 min
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Bourse : Evolution de l’allocation d’actifs

Si les investisseurs ont repris « confiance » dans les marchés actions, faut-il considérer que tout (épisodes de volatilité) est oublié ?

FED et BCE ont des politiques monétaires contradictoires, la Chine inquiète-t-elle encore ? Quels arbitrages ?

Mon invité est Marco Bruzzo Directeur Général Délégué Mirabaud AM.

 

 Web TV www.labourseetlavie.com : Marco Bruzzo, bonjour.

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Bonjour Didier.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes directeur général délégué de Mirabaud Asset Management. On va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés. Alors, on a eu la Banque Centrale Européenne, on a eu la Réserve Fédérale Américaine désormais, avec peut-être des discours et des stratégies différentes, compte tenu de la conjoncture dans ces zones. Pour l’investisseur, qu’est-ce que ça change effectivement ces décisions des banques centrales ? Est-ce que les marchés d’actions présentent toujours de l’intérêt ?

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Alors oui, on pense que les marchés vont rester porteurs. C’est vrai que les décisions qui ont été prises sont un petit peu opposées. D’un côté, Mario Draghi qui baisse les taux, de l’autre, Janet Yellen qui annonce une hausse des taux. Alors, moins forte qu’attendu : il y en a deux au lieu de quatre. Mais globalement, c’est un environnement qui va rester assez porteur pour les actions.

Web TV www.labourseetlavie.com : En même temps effectivement, la Réserve Fédérale Américaine était partie sur cette hausse, maintenant elle dit qu’elle s’intéresse à la conjoncture. Pour suivre le discours, ça ne donne pas forcément confiance immédiate pour les investisseurs.

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Alors, les investisseurs peuvent effectivement remarquer que Janet Yellen a été plus prudente que ce que le marché attendait et ça, c’est plutôt, j’allais dire, une bonne chose. Elle ne veut pas remonter les taux trop vite. Maintenant, elle a aussi dit que l’économie américaine allait mieux. Donc qui dit amélioration de l’économie dit aussi amélioration des résultats pour les entreprises. Et donc dans ce cadre-là, pour un investisseur sur les actions américaines, on pense qu’il y a toujours une tendance positive après, je le répète, sept années de croissance ininterrompue du marché des actions américaines.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, on avait eu quand même en ce début d’année des peurs, quasi-peurs paniques sur plusieurs marchés. On a vu le retour de la volatilité. Alors, on a mis en avant la Chine, la question de la croissance chinoise. Quand on voit les investisseurs se faire une telle peur, on se dit que c’est un peu un argument un peu fort puisque la croissance chinoise est quand même toujours là.

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Alors, elle est là maintenant effectivement. Les chiffres ne sont jamais particulièrement très transparents, donc ça, c’est déjà un élément. Et les attentes étaient peut-être un peu élevées. Donc, dans un début d’année où effectivement il y avait des inquiétudes sur la croissance chinoise, il y a eu également des inquiétudes sur les États-Unis, le marché a consolidé. Maintenant, on pense qu’effectivement, l’année va rester volatile, mais que les niveaux qu’on a pu voir vers le 11 – 12 février à 3 900 points par exemple sur le CAC40 sont des niveaux un peu plancher et qu’effectivement, si on revenait sur une correction sur ces niveaux-là, ce sont des niveaux très attractifs pour acheter les titres.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, vous avez vu comme moi aussi, avec la baisse du pétrole à un moment donné, une corrélation des marchés actions sur baisse du pétrole, baisse des marchés, remontée du pétrole, remontée des actions. Ça paraissait quand même exceptionnel comme mouvement.

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Vous avez raison. Nous, on a eu une réunion entre gérants où on a montré que 95 % de corrélation existait entre le mouvement sur le prix du baril et le mouvement sur la bourse. Donc, on voit que c’est vraiment l’indicateur numéro 1 qui est suivi. Donc, on pense et encore, en ce moment, on voit que quand le marché actions rebondit, c’est aussi parce que le prix du pétrole redémarre. Donc, on pense que cette corrélation va rester d’actualité. Maintenant, si le prix baril pouvait se stabiliser comme on l’espère entre 35 et 40 dollars, ça devrait aussi donner peut-être un peu moins de volatilité au marché des actions.

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté effectivement des entreprises, il y a eu un certain nombre de publications. Si on regarde en Europe, est-ce que les publications finalement montrent que les entreprises savent s’adapter à cette conjoncture ?

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Alors, les publications ont été un peu plus difficiles que les dernières années, Didier. Ça, je dois dire que cette année, les résultats ont été un petit peu plus décevants que dans l’accoutumée. Maintenant, nous, on considère qu’en termes de stock-picking, on a des titres toujours et des secteurs notamment très porteurs. Donc, il faut se focaliser sur ces secteurs-là. Je pense notamment au secteur des SSII par exemple, avec tout ce qui est offre digitale, numérisation de l’économie et là, on a des croissances qui continuent à se faire à des taux parfois double digit, alors que globalement, c’est vrai, si on regarde dans leur ensemble, les résultats des entreprises en Europe ont été moins bons que dans les deux ou trois dernières années.

Web TV www.labourseetlavie.com : Pour certaines d’entre elles, si on prend les très grands, on pense sans doute aux pays émergents, à cette… puisqu’on parlait de pétrole tout à l’heure, on peut parler aussi de devises. Il y a eu un impact assez fort sur les pays émergents. Ça a pu contribuer à ces moindres résultats ?

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Oui. Dans les groupes « très globaux », on l’a vu, les résultats ont été peut-être un peu impactés par ce ralentissement, que ce soit en Chine, que ce soit dans les pays émergents globalement, d’où, encore une fois, le fait de dire on doit rester sélectif. Dans le choix, il faut rester sur du stock-picking et nous, dans ce biais-là, on essaye de garder un biais domestique parce que, on va dire, paradoxalement pour une fois, la zone Europe, la Zone euro, est peut-être le sweet spot, c’est-à-dire la région un peu préservée, dans laquelle on aura moins de volatilité, moins d’à-coups et donc on préfère jouer des valeurs plus européennes.

Web TV www.labourseetlavie.com : Quand on évoquait ce sujet-là il y a quelques mois, les gérants, certains gérants, parlaient d’alignement des planètes avec la baisse du pétrole, baisse de l’euro face au dollar, la reprise de la croissance en Europe. On a vu quand même de sacrés soubresauts entre le moment où ils disaient ça, où ils « vendaient » cette stratégie-là et puis là. Donc, on se dit, dans l’année 2016, elle peut aussi retrouver de la volatilité, malgré un contexte peut-être favorable.

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Oui, vous avez raison aussi sur ce point-là. C’est-à-dire qu’il y a eu beaucoup de mouvements sur les taux, sur le pétrole. Les mouvements ont été peut-être plus marqués que ce que le marché attendait et donc qui dit trop forte volatilité ne dit pas forcément opportunité pour rentrer sur le marché. Donc, il y a pas mal d’investisseurs qui sont restés un peu en dehors du marché, qui s’attendent à ce que justement cette volatilité se stabilise pour pouvoir se repositionner. Et c’est vrai qu’un prix du baril très bas est plutôt favorable. Maintenant, si le prix devient trop bas, il y a aussi des risques de déflation qui ont fait peur au marché, avec des inquiétudes de non-redémarrage de l’économie et c’est un peu ce que Mario Draghi a dit lors de son dernier communiqué de la banque centrale, en disant qu’il revoyait à la baisse ses objectifs d’inflation.

Web TV www.labourseetlavie.com : Il faut donc sans doute diversifier son portefeuille pour faire face à ces soubresauts de marché. Vous dites toujours privilégier la Zone euro. Comment on diversifie dans la Zone euro ?

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Alors dans la Zone euro, on peut viser deux thématiques à mon sens. La première qui est assez évidente, c’est la thématique du rendement, puisque comme on l’a dit, les taux étaient extrêmement bas, voire négatifs. Donc aujourd’hui, pour trouver des titres qui peuvent afficher du 4 ou 4,5 % de coupon, on est relativement confortable. Donc, si on associe cette thématique du rendement avec la thématique domestique, on peut trouver des titres dans les secteurs des concessions par exemple, comme Vinci, comme Eiffage. On peut trouver des titres dans le secteur de l’immobilier que ce soit Nexity, que ce soit Klépierre. Et puis à côté de cette thématique du rendement, on peut viser une thématique de croissance durable, comme je le disais, une croissance structurelle, avec des sociétés dans le secteur des SSII, comme Cap Gemini, Devoteam, Ausy, qui sont plus petites, mais qui ont des taux de croissance de l’ordre de 10 à 15 % et qui devraient passer entre les gouttes du ralentissement.

Web TV www.labourseetlavie.com : On suivra ça. Merci Marco Bruzzo.

Marco Bruzzo – Directeur Général Délégué Mirabaud AM : Merci Didier.

 

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