Bourse : Interview de Régis Bégué Directeur Gestion et Recherche Actions Lazard Frères Gestion.
Actualités économique et financière : évolution de la stratégie d'investissement

20 mai 2013 20 h 59 min
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Actualités économique et financière : évolution de la stratégie d’investissement.

Après « la bulle d’optimisme » sur les marchés actions, revue des sujets d’actualité sur les marchés financiers :

Les indices au plus haut pour le S&P aux Etats-Unis, un CAC40 à Paris qui passe le niveau des 4.000 points, comment naviguer dans ce nouvel environnement alors même que la conjoncture économique reste sous pression, notamment en Europe.

Notre invité pour parler de l’actualité des marchés financiers est Régis Bégué Directeur Gestion et Recherche Actions Lazard Frères Gestion.

Web TV www.labourseetlavie.com : Régis Bégué, bonjour. Vous êtes directeur de la gestion et de la recherche action chez Lazard Frères gestion, on va parler avec vous de marchés et de perspectives sur ces marchés. On peut regarder les marchés de différentes manières en ce moment en regardant les records aux États-Unis, et puis de l’autre côté en voyant notamment dans la zone euro, en France et dans d’autres pays, des sujets économiques importants, la récession en France par exemple, donc une zone euro qui a du mal et les États-Unis, est-ce que l’on n’est pas en décalage quand même sur ces marchés actions ? Comment vous les analysez aujourd’hui avec ces records sur les indices américains notamment ?

Régis Bégué, Directeur de la gestion et de la recherche action chez Lazard Frères Gestion : Il s’est produit une décorrélation entre les marchés européens et les marchés américains en fait depuis la crise de 2008-2009 où les États-Unis sont repartis et l’Europe est repartie au même rythme que les États-Unis de manière assez vigoureuse en 2009-2010, et puis il y a eu un décrochage de l’Europe en 2011, notamment lié à la crise des dettes souveraines européennes, ce qui fait que les indices européens aujourd’hui sont encore très, très loin de leur plus haut d’avant la crise c’est-à-dire de 2007 et encore bien plus de la bulle de 2000 mais pour des questions aussi beaucoup de composition d’indices.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a de ce côté-là, donc pour vous, pas de… c’est normal, disons que cette progression est normale, elle est liée à… parce que il y a beaucoup de questions en ce moment en disant mais est-ce que les marchés, est-ce qu’il n’y a pas une bulle sur la partie action, est-ce que les marchés ne sont pas en train d’anticiper des choses qui ne se réaliseront pas ?

Régis Bégué, Directeur de la gestion et de la recherche action chez Lazard Frères Gestion : Alors, secteur par secteur ou type de valeur par type de valeur, c’est assez bien arbitré de par le monde c’est-à-dire que l’on ne remarque pas de surévaluation très forte des biens de consommation par exemple aux États-Unis qui sont au plus haut par rapport aux biens de consommation en Europe qui sont aussi au plus haut. Ce qui a particulièrement pesé sur les indices européens et ce qui fait qu’ils sont encore loin de leurs niveaux les plus hauts, c’est particulièrement le secteur des valeurs cycliques parce que effectivement il y a une sensibilité au cycle européen qui est plus importante que les cycliques dans d’autres régions du monde, en Asie et aux États-Unis notamment, et puis le compartiment bien entendu des valeurs financières qui a été particulièrement pénalisé encore une fois par la crise des dettes souveraines. Je ne crois pas que globalement on puisse parler d’une surévaluation des marchés, bien au contraire, on reste dans des niveaux qui sont relativement bas d’un point de vue historique en termes de valorisation sur des moyennes historiques, et encore plus bas si on tient compte du fait que l’on est aujourd’hui entré dans un monde à très faible inflation, en tout cas pour ce que l’on peut en voir, peut-être qu’un jour on retrouvera des niveaux d’inflation plus élevée, mais pour l’instant mais on est dans un monde qui flirte en permanence avec la déflation, donc avec des taux d’intérêts qui sont appelés à rester très, très bas, pour l’instant, et donc des niveaux d’évaluation des actions qui sont extrêmement bas encore par rapport à ces niveaux de taux, même pour les valeurs les plus chères de la côte.

Web TV www.labourseetlavie.com : Ce que disent les plus sceptiques sur les marchés actions, c’est de dire finalement ce sont les banques centrales qui dictent aujourd’hui ce que doivent faire les investisseurs et finalement les investisseurs ont suivi ce que leur demandaient les banques centrales, ont acheté des actifs un peu plus risqués, notamment les actions, et que cette montée des marchés actions effectivement est venue de là et que les QE, les fameux quantivative easing aux États-Unis, ont amené ce type de comportement.

Régis Bégué, Directeur de la gestion et de la recherche action chez Lazard Frères Gestion : Alors, cela n’est pas tout à fait faux. Je pense que effectivement l’apport de liquidités des banques centrales et le fait que les taux d’intérêt court terme soient proches de 0, ce qui entraîne des taux d’intérêt long terme sans risque aux États-Unis, en Allemagne, dans les pays « core » disons, on ne parle pas des pays périphériques effectivement, mais dans les pays « core » des taux d’intérêt long terme sans risque qui sont entre 1,5 et 2 %, donc des taux très, très, très faibles, ça c’est particulièrement alimenté par la politique des banques centrales. Je pense que l’on ne peut pas le nier et effectivement dans un but affiché assez précis de pousser l’investisseur vers le risque. Mais c’est quoi le risque ? C’est évidemment les actions cotées, mais c’est l’économie en général. Donc l’investissement en capital en général est censé stimuler l’économie et contrecarrer les forces négatives qui pèsent par ailleurs, notamment l’excès de levier financier qui s’est répandu d’abord dans l’économie privée avant la crise de 2008, puis dans l’économie publique depuis la crise de 2008.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc on a toujours ce décalage, on va dire, entre les indices, entre ce qu’affichent les indices boursiers et puis l’économie puisque, même aux États-Unis, pour l’instant, certes on parle de reprise, mais on est loin des reprises passées aux États-Unis.

Régis Bégué, Directeur de la gestion et de la recherche action chez Lazard Frères Gestion : Il y a toujours un décalage de toutes façons de perception puisque il y a une perception vue de l’Europe d’un marasme économique assez important et puis effectivement des indices qui ont l’air d’être en progression. Alors il faut quand même distinguer aux États-Unis, il y a une reprise qui est réelle, notamment sur le plan des chiffres du chômage, on le constate, il y a vraiment une accélération de la baisse du chômage aux États-Unis, ce que l’on est malheureusement loin de constater dans notre pays. Il y a aussi une dynamique propre américaine qui est liée à la baisse des prix de l’énergie considérable grâce à l’essor du gaz de schiste et du pétrole de schiste, donc il y a vraiment une reprise aux États-Unis qui n’est pas effectivement fabuleuse, on parle d’une croissance du PIB de l’ordre de un peu plus de 2 %, ce n’est pas des croissances extraordinaires mais c’est de la croissance. En Europe nous n’avons pas cette croissance mais nous pensons que nous pouvons l’avoir à partir de la deuxième partie de l’année 2013, et plus nettement en 2014 avec un certain nombre de phénomènes techniques comme l’arrêt du déstockage, et puis aussi un allégement de la pression fiscale, je parle bien entendu au niveau européen, pays par pays, il y a des nuances à prendre, mais un allégement de la pression fiscale à partir de 2014.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors on pourrait dire, vous parliez justement des matières premières, quand on regarde les niveaux des matières premières, pétrole et autres, on pourrait se dire « elles ne nous indiquent pas une reprise très forte » il y a un décalage justement cette « euphorie » sur les marchés actions, que l’on a évoqués ensemble, et puis ce qui se passe sur les marchés de matières premières, il y en a un des deux qui aura forcément raison ?

Régis Bégué, Directeur de la gestion et de la recherche action chez Lazard Frères Gestion : Alors, les matières premières, il faut les replacer dans la perspective historique un petit peu plus longue, je crois, que ces dernières années. Effectivement nous avions atteint des sommets 2007, 2008, sur les matières premières qui ont été des sommets, pour ma part, je pense, liés beaucoup à de la spéculation et éventuellement à des phénomènes de court terme de déséquilibre offres/demandes, mais aussi beaucoup à de la spéculation. Si vous prenez l’exemple du prix du pétrole, si on se replace dans une perspective historique un peu plus longue c’est-à-dire de 10,15 ans, il faut se souvenir qu’il y a une dizaine d’années le pétrole se situait sur des niveaux de 30 $, on est aujourd’hui à 100 $. Il faut se rappeler des débats qu’il y avait à l’époque sur la capacité du pétrole à franchir le cap invraisemblable des 40 $, puis des 50, et ainsi de suite. Aujourd’hui le coût marginal d’extraction du pétrole doit se situer autour de 60, 70 $, 80 $ peut-être pour certains pétroles vraiment extrêmement compliqués à extraire, donc je ne pense pas qu’à 100 $ on puisse considérer que le pétrole est à un niveau bas et à un niveau qui anticipe de la récession dans le monde. Il en est un peu de même des autres matières premières. Il y a eu beaucoup de spéculations, cette spéculation a eu tendance à se dégonfler ces dernières semaines finalement, ces derniers mois, y compris d’ailleurs concernant le prix de l’or, on était il n’y a pas si longtemps que cela à 400 $ l’once, on est à 1400 $ l’once, on ne peut pas dire que l’on soit sur un prix extrêmement bas, et il en est un peu de même de l’ensemble des matières premières. Donc je crois que le dégonflement de ces matières premières, il est lié au dégonflement pour le coup d’une bulle spéculative, qui est elle-même liée partiellement ces derniers temps au fait que aucun des autres actifs risqués n’était achetable pour les investisseurs, ils ne voulaient pas avoir de dettes périphériques, ils ne voulaient pas avoir d’actions, ils ne voulaient pas avoir de dettes Corporate, donc finalement il ne restait que les matières premières. Et je crois que ce dégonflement il correspond au contraire à une reprise de l’appétence au risque pour de réels actifs financiers c’est-à-dire de la dette ou des actions.

Web TV www.labourseetlavie.com : Sur les actions, on a vu ce qui s’est passé, sur les actions internationales au Japon avec la baisse des taux et les marchés qui ont repris de la vigueur, quelles sont pour vous les recommandations sur les prochains mois justement, peut-être les erreurs à ne pas éviter parce qu’on aura peut-être à nouveau de la volatilité et peut-être à nouveau des risques, sur ces marchés actions, quelles sont les pistes ?

Régis Bégué, Directeur de la gestion et de la recherche action chez Lazard Frères Gestion : Pour ce qui concerne le Japon, nous étions très positifs, nous sommes aujourd’hui neutres, je dirais, compte tenu de la très forte appréciation du marché japonais que l’on vient de connaître ces dernières semaines. Il me semble que le yen a suffisamment baissé et que aujourd’hui on peut se stabiliser sur le yen, donc le Japon pourrait être investissable de manière non couverte c’est-à-dire en prenant le risque yen. Le marché américain est effectivement dans sa globalité plutôt un peu plus cher que le marché européen, lié au fait que la conjoncture locale soit meilleure, mais sans doute de manière un peu injuste tout de même parce que quand on parle de grandes capitalisations, et même pour certaines petites capitalisations, elles reposent très souvent sur l’économie mondiale. Donc il n’y a pas vraiment de justification au fait que les actions américaines soient structurellement plus chères que les actions européennes. Et donc aujourd’hui il nous semble que c’est là que se trouve l’opportunité la plus importante sur le niveau des actions européennes où les potentiels de revalorisation sont les plus importants dans le monde aujourd’hui, avec aussi une opinion qui devient beaucoup plus positive sur les marchés émergents, les marchés émergents qui ont connu une décrue très, très importante, qui était justifiée par le fait qu’ils étaient quand même assez chers, notamment le marché chinois qui est un marché aussi un peu spéculatif, avec évidemment un degré de risque sur les marchés émergents qui est infiniment supérieur contrairement parfois la perception que l’on peut en avoir, un degré de risque très supérieur à celui des marchés européens.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci d’avoir fait le point avec nous Régis Bégué, on rappelle que vous êtes donc le directeur de la gestion et de la recherche action chez Lazard Frères Gestion.

Régis Bégué, Directeur de la gestion et de la recherche action chez Lazard Frères Gestion : Merci

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