Un séisme en cours sur les taux d’intérêts.
L'info éco + avec Didier Testot Fondateur de LA BOURSE ET LA VIE TV sur Sud Radio (24 mai 2026)

26 mai 2026 11 h 32 min
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« L’info éco + » cette semaine avec les thèmes suivants :

Cela fait la Une de la presse financière internationale, le sujet des taux d’intérêts qui atteignent de nouveaux records.

L’inflation est bien là et l’espoir de voir les banques centrales baisser rapidement leurs taux s’évapore, les marchés obligataires prennent le relais avec brutalité. Nous vivons un véritable séisme sur les taux d’intérêt qui rebat les cartes de l’économie mondiale. L’argent gratuit n’est plus, et les conséquences se font ressentir avec violence sur trois continents : aux États-Unis, au Japon et en France. Le premier épicentre de ce choc, ce sont les États-Unis. Le Wall Street Journal a longuement alerté cette semaine sur la flambée des taux obligataires américains, et plus particulièrement sur le taux hypothécaire à 30 ans, qui est la référence absolue outre-Atlantique. L’ampleur du choc : Le rendement du taux US à 30 ans vient de franchir la barre vertigineuse des 5,19 %. Pour vous donner un ordre d’idée de la violence du mouvement, nous n’avions pas vu un tel niveau depuis l’été 2007, juste avant l’éclatement de la crise des subprimes. Et c’est un rappel, aux États-Unis, la consommation représente près de 70 % du PIB. Ce consommateur américain, qui a porté l’économie mondiale à bout de bras ces dernières années, est aujourd’hui pris en tenaille. L’envolée du taux à 30 ans gèle littéralement le marché immobilier, mais elle contamine aussi tout l’écosystème du crédit. Les prêts automobiles, les crédits étudiants et les taux des cartes de crédit atteignent des sommets (souvent au-delà des 20 %), asphyxiant financièrement les ménages. Aux États-Unis, le moral des consommateurs a chuté à des niveaux records ces derniers mois, la hausse des prix de l’essence ayant exacerbé leurs inquiétudes quant à la situation économique

 Au Japon aussi, c’est un mouvement historique pour les taux

Clairement, avec la fin d’une anomalie historique et l’assèchement des liquidités qui va avec. Ce deuxième front est peut-être le plus spectaculaire pour les marchés financiers. Pour bien comprendre, le Japon était le dernier grand pays au monde à maintenir une politique de taux négatifs. Pendant une décennie, les méga-investisseurs japonais ont emprunté « gratuitement » chez eux pour investir massivement à l’étranger (notamment dans la dette américaine ou européenne) afin de chercher de la rentabilité ou sur des actifs numériques. L’ampleur du choc : Le rendement de l’emprunt d’État japonais à 10 ans vient de crever le plafond des 2,30 %. C’est son plus haut niveau depuis 1999, dépassant très largement les pics de la crise financière de 2008. Mais face à l’inflation et à la chute du yen, la Banque du Japon relève ses taux. La conséquence est nette : on assiste à un rapatriement massif des capitaux japonais vers Tokyo. Cette immense poche de liquidité qui irriguait le monde est en train de se vider. Mécaniquement, le capital disponible à l’échelle planétaire se raréfie, ce qui pousse le coût du financement mondial encore plus haut.

La France n’est pas épargnée par ce mouvement mondial. 

Cela ne fait pas la Une du 20h, mais si j’ai ici déjà parlé des dettes publiques, mais là aussi le mouvement est violent. Le taux à 10 ans français flirte désormais avec les 3,88 %, se rapprochant dangereusement de ses plus hauts niveaux enregistrés lors de la grande crise de 2009. Si le fardeau de la dette publique demeure, la réalité immédiate pour nos chefs d’entreprise, c’est le crédit privé. Pour beaucoup de PME et d’ETI, le fameux « mur de la dette » est là. Les entreprises qui avaient souscrit des dettes à taux variables, ou qui doivent refinancer leurs échéances cette année (notamment les entreprises achetées sous LBO), vont devoir le faire à des conditions mois favorables. Le service de la dette (les intérêts) va absorber une part grandissante de leur rentabilité d’exploitation, asséchant directement la trésorerie disponible pour embaucher, pour innover ou pour financer la transition énergétique. Ce choc des taux n’est pas qu’un ajustement technique, ce sera une ponction massive sur la richesse de l’économie réelle. Aux États-Unis, il asphyxie le consommateur ; au Japon, il assèche la liquidité internationale ; et en France, il ampute la capacité d’investissement de nos entreprises. Le message des marchés cette semaine tient en trois mots pour tous les dirigeants : Cash is King. La trésorerie est redevenue l’avantage concurrentiel absolu. À ce sujet le maitre en la matière Warren Buffet, dispose d’environ 400 milliards de dollars de liquidités, en gros il pourrait racheter 479 des 500 sociétés de l’indice américain S&P 500, cette prudence de Warren Buffet interroge en tout cas. Et Les banques centrales elles sont coincées. Si elles relèvent trop vite les taux d’intérêt, elles aggravent le ralentissement économique et risquent de provoquer une récession encore plus profonde.

 Pour finir, une décision du Tribunal de Commerce d’Evry qui pose question sur la Bourse

 Les actionnaires français de la Bourse de Paris qui font déjà face à des fonds vautours peuvent aussi constater que la Justice ne connaît parfois que peu de choses à la Bourse et pourtant il s’agit de tribunal de Commerce Evry en l’occurrence. Le dossier portait sur la diffusion, par un émetteur coté, d’informations trompeuses sur ses produits financiers dilutifs (OCABSA) ayant entraîné la création de près de 15 milliards d’actions nouvelles. Les actionnaires d’une société cotée, ont été considérés comme des consommateurs par le tribunal de commerce, au point d’affirmer qu’ils n’avaient pas à se plaindre des informations prétendument trompeuses dans les communiqués. Selon les juges les communiqués d’une société cotée y sont requalifiés en simple « communication commerciale »; J’ai déjà proposé aux politiques des débats sur le rôle des PME et ETI dans notre pays, qui sont les plus créatrices d’emplois, là il va falloir proposer une formation accélérée aux juges du Tribunal de Commerce d’Evry qui visiblement n’ont aucune notion de ce qu’est la Bourse de Paris. Je leur rappelle juste que quand un dirigeant dit quelque chose dans un communiqué financier, il s’engage vis-à-vis des actionnaires. Pour en avoir interviewé des dizaines de milliers depuis plus de 25 ans, leur communication financière est la clé de la confiance qu’ils peuvent avoir avec des actionnaires qui ont fait le choix d’investir dans leurs entreprises. Cette décision hallucinante confirme que La Bourse de Paris est devenue un terrain marécageux pour les actionnaires français !

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