François Gerber Gérant Methanor : "Nous finançons des unités plus grosses".
Methanor est un spécialiste des unités de méthanisation

4 novembre 2014 8 h 13 min
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Methanor indique être « rentable depuis le premier jour et le chiffre d’affaires garanit permet de dégager du cash de manière récurrente ».

Nous évoquons les dernières actualités du groupe, de l’évolution de sa stratégie, avec François Gerber Gérant Methanor.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : François Gerber, bonjour. Vous êtes gérant de Methanor. On va parler avec vous de votre actualité et puis des perspectives de l’entreprise. Vous êtes spécialiste, vous, de la méthanisation. On va revenir justement sur vos projets. Quand on regarde votre dernière publication, on est donc aujourd’hui sur une perte d’exploitation, où en est justement la société ? Depuis son introduction, quelles ont été, je dirais, les principales actions que vous avez pu faire ?

François Gerber, gérant de Methanor : Depuis l’introduction en bourse en 2012, on a mené notre programme d’investissements avec quelques légères différences par rapport à ce que l’on avait prévu puisque on finance plutôt des unités plus grosses en plus petit nombre que des unités plus nombreuses mais plus petites. Donc effectivement nos obligations comptables nous imposent de ne pas compter un certain nombre de produits en chiffre d’affaires, mais en résultats financiers, ce qui explique la différence entre le REX et le résultat net, ceci étant dit, la société est rentable depuis le premier jour et notre chiffre d’affaires, qui est lui garanti au travers de nos filiales de méthanisation agricole, sur 15 ans, permet quand même de dégager du cash de manière assez significative et de manière récurrente puisque c’est notre cinquième augmentation, cinquième semestre d’augmentation du résultat depuis l’introduction en bourse.

Web TV www.labourseetlavie.com : Justement, vous parliez de ces unités et de, quelque part, ce changement de stratégie, il est lié à quoi ? Il est lié au fait qu’aujourd’hui sur des petites unités, finalement la rentabilité n’est pas forcément au rendez-vous, est plus compliquée ?

François Gerber, gérant de Methanor : Alors, je parlerai plus d’adaptation des cibles que de changement de stratégie. On a aujourd’hui constaté que les plus petites unités avaient autant de temps pour se monter que les plus grosses, et généralement étaient portées par des agriculteurs qui ont également des objectifs en termes de financement, via des subventions. Et donc nous, le financement via les subventions vient plutôt en déduction des montants que l’on est susceptible de financer, donc on se concentre sur les agriculteurs qui, soit n’ont pas accès aux subventions, soit ne veulent pas de subventions. Et donc ce sont plutôt des agriculteurs qui ont des projets d’unités plus importants. Alors, plus importants, cela veut dire aussi des entreprises agricoles plus structurées et qui ont des projets de développement un peu plus ambitieux.

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté justement de vos installations, aujourd’hui est-ce qu’il y a déjà des installations qui fonctionnent et quelles sont les zones sur lesquelles vous axez vos développements ?

François Gerber, gérant de Methanor : La première en Charente, la seconde dans l’Yonne, aujourd’hui les deux fonctionnent, produisent du gaz, produisent de l’électricité, sont raccordées au réseau, les deux sont de taille équivalente, 600 kW dans les deux cas, ce qui représente 4700 MWh par an de production, dans chacun des cas, c’est-à-dire à peu près la consommation électrique de 1100 foyers pour chacune des 2, donc 2 200 au total, ça c’est pour les deux premières qui tournent depuis cette année, c’est assez récent. Les processus de construction, de suivi de chantiers, cela a été la principale activité, contribution que l’on a eu à mener là-dessus cette année notamment. Les chantiers, c’est comme l’immobilier, c’est comme le foncier, c’est compliqué, donc il faut les suivre de près. Et puis sur le reste de l’activité, sur les nouvelles unités, là on travaille une unité assez proche d’Angoulême, Angers Angoulême, dans ces eaux-là, où on est en cours de finalisation du financement bancaire qui, lui aussi, est une activité un petit peu compliquée en ce moment mais que l’on finit toujours par réussir à mener. Donc au total, je dirais pratiquement un tiers des capitaux propres qui ont été engagés pour le financement d’unités et il reste encore pas mal de moyens pour les prochaines unités qui sont en cours de montage.

Web TV www.labourseetlavie.com : Justement, qu’est-ce qui freine aujourd’hui le plus ? On l’avait évoqué ensemble au moment de l’introduction. Est-ce que c’est lié aux questions liées à ces projets de méthanisation ? Est-ce que c’est cette question financière ? Qu’est-ce que, de votre point de vue, bloque le plus ? On pourrait dire qu’il y a des pays qui sont beaucoup plus avancés que nous dans ce domaine ?

François Gerber, gérant de Methanor : L’Allemagne est beaucoup plus avancée alors qu’il y a moins d’agriculteurs. Pour autant, la difficulté que l’on voit nous, c’est que, quand on arrive sur un projet, l’agriculteur est déjà dessus depuis au moins trois ans, généralement c’est vraiment le minimum, parfois plus, donc ce sont quand même des projets de longue haleine, administrativement, pour trouver les intrants, les sécuriser, donc les intrants ce sont les déchets agricoles, et puis ensuite, la phase de financement, de montage de financement bancaire, elle est toujours aussi plus longue que prévu. Donc on essaie de s’engager au maximum aux côtés de l’agriculteur pour mener cela à bien. C’est long et compliqué, même si à la fin on y arrive toujours, pour faire simple.

Web TV www.labourseetlavie.com : On pourrait dire qu’en bourse en attend plutôt des résultats rapides, donc c’est plutôt l’inverse de la bourse ? Comment vous pouvez réconcilier les deux ?

François Gerber, gérant de Methanor : On a la chance d’avoir des actionnaires patients qui ont bien compris notre modèle au départ. Quand on a créé la société, que l’on a introduite assez rapidement en bourse, ils avaient bien conscience de cela. On doit financer, construire, et une fois que l’on construit, on exploite sur une durée assez longue avec une garantie de 15 sur le prix. Effectivement, si on regarde purement le cours de bourse, ce n’est pas satisfaisant, mais on sait que nos actionnaires sont patients et nous sommes nous-mêmes assez patients parce que nous sommes fortement engagés. Aujourd’hui les capitaux propres de la société, c’est 8,60 euros par action par rapport à un cours qui est aux environs de 7 euros, donc on va dire qu’il y a une bonne marge de progression. On est très confiant sur la rentabilité des projets, qui est vraiment bonne, vraiment au rendez-vous par rapport à ce que l’on a prévu au départ, et donc logiquement on va pouvoir distribuer du dividende et cela va faire une bonne rentabilité pour les actionnaires, ce qui mécaniquement devrait remonter le cours, enfin en tout cas je pense que cela devrait se passer comme cela.

Web TV www.labourseetlavie.com : On a vu aussi dans l’actualité des débats justement sur des très, très grandes unités, vous avez forcément entendu parler des 1000 vaches, autant on peut connaître ce genre de choses aux États-Unis ou dans d’autres pays, en France c’est plutôt nouveau, mais est-ce que du coup, compte tenu un petit peu des réticences, cela ne risque pas de vous freiner ? Peut-être que vous être là un atout pour justement recycler ?

François Gerber, gérant de Methanor : Vous avez raison de le citer, il y a parfois des réticences mais, à la fin, quand on discute, on finit toujours par s’entendre. Alors, je mets de côté le côté choix de société que critiquent certains sur le fait d’avoir ou pas une ferme avec 1000 vaches, cela n’est pas notre problème, on se concentre sur le financement des unités pour recycler les déchets existants, voilà, ça c’est notre business. Donc évidemment nous sommes un recours pour compléter le financement. Sur cette unité-là, spécifiquement on n’a pas travaillé, par contre on a aujourd’hui un très grand nombre d’agriculteurs qui ont des projets dans ce domaine-là avec des déchets existants, c’est sur ceux-là que l’on se concentre.

Web TV www.labourseetlavie.com : De votre point de vue, donc les prochains mois, il vous faudra plus d’argent pour ces financements, plus de… Comment vous êtes… ?

François Gerber, gérant de Methanor : On a de quoi faire, on a de quoi faire, on aimerait que cela aille plus vite, même si on va aussi vite qu’on le peut. On a de quoi faire pour l’année 2015 avec le cash, les 3 millions d’euros, 3,3 millions d’euros que l’on a aujourd’hui en liquidités. Donc il n’y a pas de souci de ce côté-là, on va essayer de continuer à appliquer notre plan de financements pour, d’une part monter le taux, on va dire, d’investissement de nos fonds propres, et d’autre part, montrer que les unités qui existent dégagent la rentabilité que l’on espère, et surtout sur un modèle que l’on a envisagé au départ et qui se révèle être exactement réalisé.

Web TV www.labourseetlavie.com : De toute façon, la concentration pour vous sur la France, même si on parlait de marchés de l’Allemagne ou d’autres marchés, peut-être que cela pourrait aller plus vite en étant sur d’autres marchés, mais il y a peut-être déjà d’autres acteurs ?

François Gerber, gérant de Methanor : On aime beaucoup la proximité avec les agriculteurs, c’est important, on se parle très fréquemment, parfois plusieurs fois par semaine. On suit les travaux, on suit les ennuis au quotidien des montages et autres. On suit aussi quand cela marche bien, ce qui est le cas en ce moment sur les deux qui fonctionnent. L’étranger c’est une option, mais ce n’est pas encore à l’ordre du jour. On préfère investir la majorité de nos fonds propres avant de commencer à réfléchir à cela de manière plus précise.

Web TV www.labourseetlavie.com : On entend beaucoup parler d’investissements socialement durables, vous vous sentez concerné par cela ou vous diriez à des banquiers que vous êtes dans le développement durable avec ce que vous faites ?

François Gerber, gérant de Methanor : Cela me paraît assez évident. On transforme des déchets qui sont clairement polluants en une source d’énergie qui est renouvelable, qui permet de produire de l’électricité 24 heures sur 24. Ségolène Royal, la ministre de l’environnement, a annoncé au mois de juillet que l’objectif de la France, c’était d’avoir 1500 unités agricoles dans les trois ans, aujourd’hui on n’en a moins de 200, donc il reste un très gros potentiel, et évidemment c’est une source d’énergie d’origine totalement… enfin je dirais avec une vocation écologique, il n’y a pas de doute possible là-dessus, c’est clair.

Web TV www.labourseetlavie.com : Quand on dit 200 par rapport à 1500, qu’est-ce qui, de votre point de vue, devrait changer pour que cela puisse aller plus vite ?

François Gerber, gérant de Methanor : La vitesse d’exécution des contraintes administratives, ça c’est évident, et également, je dirais, s’il y avait un peu moins de subventions directes dans les projets, cela simplifierait certainement le développement du marché via plus d’acteurs privés. Aujourd’hui, nos freins ils sont plutôt là. Quand on monte un projet avec subventions, cela dure mécaniquement plus longtemps que quand il n’y en a pas, c’est aussi simple que cela, on l’a constaté.

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc on suivra cela. Merci d’avoir fait le point avec nous, François Gerber.

  

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