Forges de Tarbes et Fonderie de Bretagne : Quand le sauvetage industriel tourne au fiasco.
L'info éco + avec Didier Testot Fondateur de LA BOURSE ET LA VIE TV

18 octobre 2026 9 h 42 min
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L’info éco + avec Didier Testot Fondateur de LA BOURSE ET LA VIE TV, avec cette semaine les thèmes suivants :

Cette semaine, vous avez choisi de nous parler d’entreprises de nos territoires, victimes des agissements d’un fonds d’investissement basé aux Bahamas : Fonderie de Bretagne, Forges de Tarbes, deux filiales d’Europlasma.

Didier Testot : Et Forges de Tarbes, hein, pour rappel, c’était une PME industrielle historique qui, on peut dire, se meurt dans l’indifférence générale. Il faut remonter au XIXᵉ siècle, c’était le transfert à Meudon vers Tarbes, 1871. C’était l’arsenal de Tarbes qui devenait un pilier de l’artillerie française : production de canons, de munitions, plus tard de véhicules blindés comme les tourelles du char Leclerc. Et dans la Première Guerre mondiale, en 1918, il y a même employé 16 000 salariés. Autant dire que l’entreprise avait servi les intérêts de la France.

Et lorsque les difficultés de l’entreprise se sont fait jour il y a quelques années, avant le déclenchement de la guerre en Ukraine, le carnet de commandes de l’usine pour les corps d’obus était au plus bas. Ça a mis en péril l’équilibre financier du site et un « miraculeux » investisseur arrive : Europlasma, financé par un fonds, Alpha Blue Ocean, aux Bahamas, célèbre pour avoir ruiné des milliers d’actionnaires. Mais ça passe.

La guerre en Ukraine change la donne. L’usine est la seule usine de fabrication de ces corps d’obus explosifs, notamment pour le fameux canon français Caesar. En 2025, ici même, j’évoquais l’autre entreprise rachetée par Europlasma, la Fonderie de Bretagne. Et les déclarations de la CGT d’alors : « D’ici fin 2025, on devait faire 250 000 obus, on en a fait zéro ». Les annonces abracadabrantesques successives d’Europlasma pouvaient faire croire que le sujet allait être réglé par des investisseurs prêts à mettre beaucoup d’argent sur ce dossier, ce qui n’a jamais été le cas.

Dans ce dossier, la DGA a donc porté plainte au pénal contre Europlasma ?

Didier Testot : Oui. Et la Fonderie de Bretagne vient d’être liquidée. Au même moment, c’est donc la gestion des Forges de Tarbes qui est pointée du doigt. Seulement maintenant s’interrogent les actionnaires, alors que ce dossier dure depuis des années. J’ai eu l’occasion ici même de vous en parler à plusieurs reprises et la Direction générale de l’armement a saisi le procureur de la République pour signaler des décisions de gestion douteuses au sein des Forges de Tarbes. Pour couronner le tout de ce fiasco financier et industriel, une autre participation d’Europlasma est en péril, c’est logique, c’est le dernier fabricant français de roues et essieux pour le transport ferroviaire : Valdunes, c’est le nom de la société, rachetée en 2024 par Europlasma, l’année même où le scandale de ces fonds basés aux Bahamas avait été révélé, et c’est labourseetlavie.com qui l’avait révélé avec la faillite de Pharmasimple.

Cela ne vous étonne donc pas plus que cela, et beaucoup d’actionnaires qui suivent ce dossier non plus. Pour quelle raison ?

Didier Testot : Bah c’est que derrière ces tergiversations dans un secteur pourtant clé de notre pays, la défense, il y a eu des agissements de fonds basés aux Bahamas avec des financements dilutifs. Donc j’ai eu l’occasion d’en parler devant la commission d’enquête parlementaire à ce sujet, tout est public, hein. Je vous ai parlé d’Europlasma. Et la Bourse, vous savez, c’est mon dada depuis 37 ans, Jean-François. Je suis allé vérifier : tiens, que vaut cette formidable société qui n’a inquiété personne au plus haut niveau de l’État ou lors de ses reprises devant les tribunaux de commerce, avec des responsables politiques qui se cachent les yeux pour ne pas voir la réalité en face ? Combien vaut cette entreprise ? Ceux qui nous écoutent à Tarbes ou à Paris sont bien assis, je l’espère. L’action de ce miraculeux sauveur vaut, tenez-vous bien, en Bourse cette semaine : 0,0040 € pour une capitalisation boursière — c’est la valeur de l’entreprise pour faire simple — de 86 000 €, autant dire zéro ! L’entreprise depuis des années se finance, encore cette semaine, par des OCA-BSA (des obligations convertibles en actions) avec à la clé de l’argent qui n’arrive jamais dans les comptes de l’entreprise, voir les machines qui n’ont pas été renouvelées, et une dilution massive pour les actionnaires, destructrice du capital. Les pertes d’Europlasma ont plus que doublé en un an : 35 millions d’euros l’année dernière. Le fonds propriétaire du groupe, Alpha Blue Ocean, avait lui été sanctionné une seule fois par l’Autorité des marchés financiers : une amende de 4 millions d’euros. C’est une spoliation directe du capital. Vous savez, en France, on met souvent à dos actionnaires et salariés. Dans ce dossier tentaculaire, parce que des dizaines de sociétés cotées en Bourse ont été détruites, où la justice a été déjà saisie (le Parquet national financier notamment), mais tarde à lever le voile sur cette affaire du plus grand scandale financier de la Bourse de Paris depuis que je suis ce marché, les actionnaires, eh bien, sont comme les salariés : liquidés.

Beaucoup de discussions récentes, budget oblige, évoquent l’épargne des Français. L’État, semble-t-il, en a besoin.

Didier Testot : Alors le constat est sans appel, mais l’État n’a toujours pas réglé le sujet des Bahamas et laisse ce fonds opérer en toute impunité. La vérité, c’est que la Bourse de Paris n’est plus un marché sûr pour les PME et les épargnants. Très peu de responsables politiques en France comprennent le rôle crucial de la Bourse pour financer la croissance de nos entreprises. Si vous dites aux Français « Bah ce serait bien d’acheter des entreprises françaises en Bourse », vous devez les rassurer : que l’information financière est complète, que leur argent ne va pas financer les voyages de jeunes financiers dans les îles exotiques, mais bien des entreprises qui ont des projets sérieux (pour le canon Caesar, c’est juste essentiel), mais qui sont financées par des acteurs régulés et qui ont le droit d’intervenir à la Bourse de Paris. Tout cela n’existe pas aujourd’hui. Et qui plus est, donc un marché sûr pour les investisseurs, il suffit que lorsqu’des difficultés d’une entreprise arrivent, qu’un fonds offshore intervienne, le tour est joué : une mort de l’entreprise programmée. Les 150 millions promis pour les Forges de Tarbes ont été annoncés en avril 2026. Noël, c’est dans deux mois. Les actionnaires individuels ne croient plus au Père Noël depuis longtemps, et je pense aux salariés qui sont dans la même situation. Et je voudrais citer pour terminer Charles de Gaulle, le 14 juin 1952 à Bayeux au sujet de la défense, puisqu’il s’agit de défense avec les corps d’obus : « La défense, c’est la première raison d’être de l’État, il n’y saurait manquer sans se détruire lui-même ».

Toutes les émissions “L’info éco +” déjà diffusées sont disponibles sur ce lien : https://www.labourseetlavie.com/category/economie-et-pedagogie/linfo-eco-presentee-par-didier-testot-sur-sud-radio