Virginie Robert Présidente Constance Associés : "Rester concentré sur la qualité".
Marchés américains et stratégie d'investissement

1 février 2016 16 h 37 min
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Retour sur l’actualité des marchés US, secoués en début d’année : crainte sur la croissance chinoise, krach sur les marchés pétroliers…

Dans ce nouveau contexte, comment investir sur ces marchés ?

Mon invitée est Virginie Robert Présidente Constance Associés.

Web TV www.labourseetlavie.com : Virginie Robert, bonjour.

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Bonjour Didier.

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous êtes présidente de Constance Associés. On va parler avec vous des marchés américains et des perspectives sur ces marchés. Alors, c’est vrai que pour d’ailleurs tous les marchés, le mois de janvier normalement est un bon mois statistiquement. Là, c’est le marché américain qui a sans doute fait le plus peur aux investisseurs. En tout cas, il y a eu pas mal de dégagements. Si on fait un petit résumé de ce mois de janvier, pour vous, c’est quoi ? C’est une peur par rapport aux États-Unis, par rapport à la Chine ? Est-ce qu’il y a vraiment un facteur principal ?

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Non, c’est une peur globale. Il y a deux choses. La version risque est revenue de toute façon de façon générale pour différents éléments, différentes causes plus ou moins justifiées. Ça, c’est la première chose. Et puis on renoue avec la volatilité. On a été très mal habitué pendant ces quatre dernières années puisqu’on a eu tous les banquiers centraux qui étaient pratiquement dans le même sens, avec un afflux de liquidités dans ces marchés. Et aujourd’hui, on se retrouve d’un côté, une FED qui a commencé à augmenter ses taux et qui devrait poursuivre – enfin, on verra parce que là, le contexte est peut-être différent – et de l’autre côté, une BCE qui reste dans un modèle très accommodant et des zones émergentes qui voient leur monnaie sous pression, qui sont face à de nouveaux sujets. Enfin, ce n’est pas tout à fait nouveau le ralentissement de la zone émergente, la mutation vers une économie plus de service, etc. Mais des pressions qui sont fortes sur les devises, ce qui contraint de fait les banquiers centraux de cette zone et leur donne moins de flexibilité effectivement pour être accommodant. Donc, on a cette peur sur la liquidité et tout ça, c’est auto-entretenu maintenant par… on ne parle plus du tout de la FED presque. On ne parle plus que de l’OPEP, qu’est-ce qu’ils vont faire ? C’est ça qui va gouverner cette tendance. On le voit bien, les marchés tentent un rebond lorsque le prix du baril remonte et puis dès qu’il rebaisse, il entraine à nouveau les marchés. Donc, il va falloir…

Web TV www.labourseetlavie.com : On n’avait pas ce même phénomène-là, on va dire, l’année dernière. L’année dernière, les marchés pétroliers baissaient, le cours baissait.

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Oui. Alors, on essaye dans la lecture positive plutôt, puisqu’on venait de niveau très très haut, certainement qu’on était dans une situation de prix très élevés sur ces matières premières et notamment sur le pétrole et donc il fallait que ça corrige. Mais comme toujours, quand on va trop bas, trop loin et à l’extrême, là ça donne des mouvements de panique et on se dit, ça va trop bas. Et on ne voit plus l’effet positif pour le consommateur ou pour le manufacturier qui lui va voir ses marges finalement de façon sympathique parce qu’il consomme beaucoup de base de matières premières. On ne voit plus que les mauvais côtés, c’est-à-dire évidemment la baisse de l’investissement manufacturier qui, comme vous le savez Didier, on l’avait déjà dit, notamment sur le marché américain était en berne depuis deux ans, que la consommation tenait, mais qu’on attendait ce retour de confiance et qui évidemment ne va pas intervenir maintenant.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors, on pourrait dire qu’on peut même aller plus loin aux États-Unis puisqu’on a pu lire, si vous suivez ces marchés au quotidien, on lit régulièrement : est-ce qu’il n’y a pas un risque de récession aux États-Unis en 2016 ? Alors que si on se replace il y a quelques mois en arrière, bien sûr, personne n’envisageait ce risque de récession.

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Oui. Alors, le risque de récession, on ne peut pas l’écarter. Moi, je vois plutôt un risque d’enchainement d’évènements de liquidités, donc certains même partent de 2008, parce qu’on manque un petit peu d’éléments, quels sont évidemment… le secteur étant très handicapé par cette baisse du prix du baril. On sait que l’investissement est soutenu par les investissements dans le domaine énergétique. Donc là, c’est le trou d’air absolu. On sait qu’il y a des sociétés qui sont en difficultés. On sait qu’il y a des dettes qui peuvent poser problème. Et donc, qui porte la dette au final ? Comment a-t-elle été transformée ? Tout ça, ce sont des questions, on a du mal à y répondre. Donc, il faut être vigilant sur ce point.

Web TV www.labourseetlavie.com : Effectivement, on a donc ces marchés de matières premières qui ont l’air de nous dire que le monde va mal, que la croissance économique va ralentir. Du côté des marchés de taux, on n’est pas loin de penser la même chose. Finalement, il n’y avait que les actions qui étaient sur un autre tendance, sur une autre vision du monde.

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Oui. Alors, si ce n’est que les taux ont continué de décroitre, qu’aujourd’hui les actions ont baissé. Je vous rappelle aussi que sur le S&P 500, l’année dernière, on a fait zéro, libellé en dollar. Alors évidemment pour l’investisseur européen, il a gagné sur la parité euro – dollar, mais le marché n’avait rien fait l’année passée. Donc, c’est peut-être une deuxième année de transition. Et c’est vrai que là, on retrouve de la valorisation. Ce sont des taux qui sont très bas d’un côté : où est-ce qu’on place l’argent ? C’est toujours le même dilemme parce que finalement, tout le monde se dit, on peut très bien attendre. Mais quelque part, avec une inflation, presque une déflation contingente, il y a un moment donné, on retrouve de la valeur sur ces marchés, mais il faut qu’il y ait le juge de paix. C’est les entreprises. Est-ce qu’elles vont continuer d’avoir des résultats ? Le bon point, il y a un point positif. C’est qu’au cours des six derniers mois puisqu’on avait déjà eu cet épisode de stress au cours de l’été avec le ralentissement de la croissance chinoise, les analystes n’ont cessé de revoir à la baisse leurs attentes sur les résultats et le chiffre d’affaires des entreprises américaines, surtout américaines et donc les attentes ne sont pas ambitieuses. Alors là, dans cette publication du 4e trimestre, on est en plein dedans, mais on a un peu moins de 20 %. Donc, on n’a pas encore une bonne lecture pour le moment. Les résultats, c’est 77 % de surprises positives concernant les résultats et un peu moins de 50 % pour le chiffre d’affaires. Donc pour le moment, ce n’est pas si mal que ça. Et comme ces chiffres ont été évidemment révisés en baisse, je dirais que les ambitions, là, on peut avoir des surprises positives.

Web TV www.labourseetlavie.com : Moins de décalage de ce côté-là.

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Mais il faut que ça tienne plusieurs trimestres, si jamais on a ce sentiment de confiance qui ne revient pas sur les marchés.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui, on pourrait citer dans les valeurs emblématiques américaines Apple. On sent bien que pour les ventes, ça ne va pas être une année…

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Apple, c’est un problème à part.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui.

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Apple, c’est une histoire complètement à part. Elle est très basse et elle ne paye pas du tout cher. C’est simplement que les opérateurs ne regardent qu’une seule chose : ce sont les ventes d’iPhone et notamment les ventes en Chine. On le sait, ça ralentit. C’est tout à fait normal. On ne va pas aller s’acheter 10 iPhone nous-mêmes. Donc, c’est tout à fait normal. La question pour Apple, c’est moyen – long terme. Moi, je ne regarde pas le trimestre. C’est moyen – long terme : est-ce que c’est une société qui a la capacité de continuer à assurer une certaine innovation et travailler sur leur écosystème pour assurer du résultat et de la création de valeur pour l’actionnaire ? Je pense qu’ils en sont capables, mais il y a peut-être deux ou trois trimestres qui vont décevoir. Oui.

Web TV www.labourseetlavie.com : Alors justement, quand on regarde ces valeurs américaines avec ce nouveau contexte de début 2016 qui est quand même assez, on va dire qu’il y a un peu de brouillard sur le marché.

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Oui.

Web TV www.labourseetlavie.com : Est-ce que vous continuez à vous intéresser à certaines valeurs domestiques américaines ? En fait, quel type de valeurs dans ce nouveau contexte ?

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Toujours. Nous, depuis l’été dernier, on a recentré nos portefeuilles sur quelques microthématiques qui nous ont d’ailleurs bien aidés au cours de ces derniers mois. Et nous continuons en ce sens. Je pense qu’il faut vraiment aller là où on a de la visibilité, là où il y a des sociétés qui peuvent prendre des parts de marché parce qu’elles sont sur des micros tendances ou des tendances sociétales qui leur permettent effectivement d’assurer une certaine croissance des cash flows. Et donc, on travaille toujours beaucoup sur l’alimentaire, sur la sécurité. Alors la sécurité, on pense évidemment à la cyber sécurité, mais c’est aussi la sécurité des biens et des personnes malheureusement. Voilà ! Donc, il y a certains sujets, on va continuer dans ce sens. Dans le consommateur, la consommation qui tient encore, on aura des éléments d’ailleurs cette semaine, la Conference Board, de ce moral du consommateur. On va continuer de travailler sur le consommateur qui est plus discriminant dans ses dépenses. Il dépense un peu moins dans le textile. Il dépense un peu plus en restauration. Il dépense autrement. Il faudra suivre Amazon, bien évidemment. On sait que pendant la saison des fêtes, Amazon a probablement encore pris des parts de marché sur d’autres acteurs plus traditionnels. Donc voilà, il y a toujours quelque chose heureusement et des sociétés qui nous permettent d’avoir de la visibilité. Il faut vraiment être concentré sur la qualité.

Web TV www.labourseetlavie.com : Eh bien, on suivra ça. Merci Virginie Robert.

Virginie Robert – Présidente Constance Associés : Merci Didier.

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