par Didier Testot.

Lorsque l’on fait des classements dans ses affaires, les surprises sont parfois sympathiques, telle ou telle photo où l’on faisait le malin avec ses copains de la Faculté, des souvenirs enfouis et qui nous ramènent immédiatement à une situation, mais parfois on tombe aussi sur des objets rares. Cette fois, il s’agit juste d’un article. Pourquoi garder du papier à l’heure de l’Internet ? Vraiment je vous le demande, sans doute de vieux réflexes du journaliste qui a commencé dans la presse écrite, la presse écrite, ce papier que l’on touche, j’ai toujours gardé un rapport charnel avec ce papier, même si je passe de plus en plus de temps sur Internet.
Quel trésor dans mes archives ? Juste un article d’une page.

Si l’année 2008 restera comme historique sur le plan du choc économique que nous vivons, s’il faut retenir une date, un évènement, sans nul doute, tous les intervenants sur les marchés financiers et au-delà, vous sortiront un nom de leur chapeau : Lehman Brothers. La banque d’affaires américaine morte en septembre 2008 et dont l’épitaphe tient en une ligne :

« Lehman Brothers Holdings Inc. has filed for bankruptcy protection in the U.S.
« 

Et voilà que dans mes archives, je tombe sur un article paru dans l’Agefi Hebdo du 10 au 16 avril 2008. Avril 2008, ça paraît loin pourtant ce n’était que le premier semestre 2008…Et ce titre « Lehman Brothers veut devenir le numéro un étranger à Paris ».
Avec cette introduction vendeuse : « Une nouvelle équipe dirigeante, de nouveaux locaux et la ferme intention de gagner des parts de marché : la France (NDA rien de moins !) devra désormais compter avec Lehman Brothers ». Un peu plus loin « la banque recrute et investit en France ». Plus loin encore : « De fait, le marché a salué la solide demande observée pour son augmentation de capital destinée à stimuler ses fonds propres et à accroître sa flexibilité financière ». Avec d’ailleurs des propos rassurants de Mick Chu CAO Chief Administrative Officer : « Notre culture et notre business model se distinguent de ceux de nos principaux concurrents sachant que nous avons largement diversifié nos lignes de métier et notre présence géographique ».
En Avril 2008, Lehman Brothers n’était donc pas comme les autres. Avec cette conclusion : « Xavier Rolet (CEO) et Mick Chu parient sur l’internationalisation du marché français et sur la meilleure santé de leur maison-mère par rapport à d’autres dans le monde ».
Lehman n’est plu, mais alors que nous allons assister dans les prochaines semaines à une série de publications financières des entreprises financières et industrielles, les experts en tout genre devront sans doute y regarder de près dans les discours des entreprises pour faire le tri entre ceux qui pourront passer la tempête qui s’annonce longue, et ceux qui seront tentés « d’habiller » leurs comptes pour mieux masquer les risques à venir. C’est interdit Monsieur d’habiller les comptes nous dit-on, peut-être, mais alors comment expliquer que personne n’ait rien vu arriver sur les risques du secteur financier pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, sans parler de Madoff, nouvelle égérie du café du Commerce, et qui coûte la bagatelle de 2,33 milliards d’euros à la banque espagnole Santander, qui n’avait pas mis ses mains dans les subprimes, mais qui s’est engouffrée joyeusement chez Madoff.
Comme l’avait vu avec malice un expert de la comptabilité dans les années 1990, certaines périodes sont propices à la « karchérisation des bilans ». Rien ne dit que d’autres « surprises » ne viendront pas animer l’année boursière 2009, alors gardez quelques archives, qui sait, vous y trouverez peut-être des perles dans quelques mois.

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