Bruno Cathelinais Président du Directoire de Bénéteau.
Nautisme

28 janvier 2010 10 h 52 min
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Groupe Benéteau : Stratégie et perspectives. Bruno Cathelinais Président du Directoire de Bénéteau détaille la stratégie et les perspectives du constructeur de voiliers et de bateaux à moteurs.

Web TV www.labourseetlavie.com : M. Bruno Cathelinais vous êtes le Président du Directoire de Bénéteau bonjour. On va parler avec vous surtout de perspectives et puis de la stratégie du groupe, mais revenons un peu sur cette crise dans le secteur du nautisme. On l’a comparée parfois à celle des années 90, est-ce qu’elle n’a pas été plus forte finalement ?

M. Bruno Cathelinais, Président du Directoire de Bénéteau : « En fait les secteurs ont connu beaucoup de crises économiques, mais c’est vrai que dans notre métier, il y a eu celle du début des années 90 et puis il y a celle de 2008, enfin je la qualifie de 2008. La spécificité de celle-ci, c’est la brutalité. Je pense qu’il y a eu un arrêt sur image dans le monde, une perte de confiance et une perte de repères. L’intérêt de cette brutalité, c’est que nous avons vu tout de suite le point bas arriver. Quand vous connaissez le point bas, vous pouvez recommencer à raisonner, à réfléchir, à vous remettre en phase et surtout à ré-imaginer le futur, donc on a pu le faire très vite ».

Web TV www.labourseetlavie.com : En même temps, ça veut dire aussi des chutes de productions importantes, le carnet de commandes qui s’arrête et il faut réagir aussi vite. Quelles ont été les mesures qui vous ont permis de faire face ?

M. Bruno Cathelinais, Président du Directoire de Bénéteau : « On s’aperçoit qu’avec le recul il faut très peu de décisions. Je considère qu’on en a pris trois importantes deux, trois semaines après la faillite de Lehman Brothers. La première était de ne pas réduire notre plan d’investissement, même pas le maintenir, mais l’augmenter, surtout l’investissement produit parce que dans notre métier le nouveau modèle, le nouveau produit, ça attire beaucoup. On s’est dit qu’il fallait préparer la saison d’après, celle-là était perdue, les marchés avaient baissé de 50%, ca qui était considérable; donc, il fallait préparer la saison d’après. Par conséquent, un grand plan de nouveautés et aussi préservation de nos réseaux, ceux qui sont proches de nos propriétaires, de nos clients. Donc, on a aidé nos réseaux à déstocker parce qu’on savait que comme la finance était malade, elle n’allait pas financer nos réseaux et que nos réseaux risquaient de disparaître. Donc, on a pris ces deux décisions fin septembre et un an plus tard, on avait un réseau intact, on avait un plan de nouveauté formidable pour démarrer la saison actuelle qui est la saison 2010. La troisième, c’était évidemment la plus difficile, c’est que vu l’ampleur de la chute, et on savait que la « recovery » ne se ferait pas en 12 mois, il fallait donc adapter l’entreprise; et on a lancé un plan d’adaptation de l’entreprise qui s’est socialement globalement bien passée puisqu’on avait un sureffectif de 1600 personnes, c’était considérable et on n’a eu que 13 licenciements secs. »

Web TV www.labourseetlavie.com : Justement, avant la crise, quand les analystes parlaient de Bénéteau et ils vous poussaient justement compte-tenu de la trésorerie de groupe, ils vous disaient pourquoi vous ne faites pas d’acquisitions. Aujourd’hui la pression est moins là sur les acquisitions ?

M. Bruno Cathelinais, Président du Directoire de Bénéteau : « C’est clair. Cette époque a existé et notre réponse était constante, elle n’était pas satisfaisante pour les marchés, mais elle était de dire il y des survaleurs et payer une survaleurs, si il y a un retournement, ce n’est pas une bonne chose. Donc, construisons la croissance organique, c’est moins brillant, il y a moins d’effet d’annonce, mais c’est beaucoup moins cher et sur la durée on a les mêmes résultats. Aujourd’hui, l’un des points forts de l’entreprise selon les observateurs, c’est en effet la situation financière et cette situation financière on l’a parce qu’on n’a pas cédé aux sirènes dans le passé. »

Web TV www.labourseetlavie.com : On parle de Bénéteau et on parle d’abord du bateau, mais la spécificité du groupe c’est d’avoir aussi une autre activité, l’activité côté habitat. Pourquoi vous ne devenez pas le pur player bateau compte-tenu de la taille, vous êtes leader mondial, pourquoi vous n’en restez pas là et pourquoi garder cette activité? Il y a eu des arbitrages qui ont été faits, mais finalement cette activité là reste importante ?

M. Bruno Cathelinais, Président du Directoire de Bénéteau : « Oui. C’est vrai qu’il y a des modes. Il y a eu la mode de se recentrer sur ces métiers. Nous à cette époque, on a décidé de faire reposer à terme, donc c’est une stratégie de long terme, le groupe sur deux activités: le bateau et l’habitat qu’on développe au travers de l’habitat de loisir qu’on avait développé de façon organique puisque c’était une création dans l’année 95, la création de O’Hara Après IRM est venu se joindre à nous, donc, on a pris un leadership européen sur le plan du mobil-home et décliné sur le savoir-faire du mobil-home, on s’est aperçu qu’on pouvait s’inscrire dans un nouveau secteur en France surtout qui est le secteur des maisons ossature bois, qui va se développer considérablement et sur lequel on a le savoir-faire industriel. »

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté des perspectives à présent, vous dites pour 2009, 2010, un chiffre d’affaires à peu près en hausse de 17%, et puis pour l’exercice suivant +20%. Est-ce que vous diriez aujourd’hui en ce début d’année que le plus dur est passé et qu’on commence à entrevoir très clairement la fin de la crise ?

M. Bruno Cathelinais, Président du Directoire de Bénéteau : « Très clairement, le point bas est derrière nous, le plus dur est derrière nous. Maintenant, il faut évaluer avec le maximum de précaution ce que veut dire reprise, c’est à dire le rythme de la reprise, l’ampleur de la reprise. Mais par contre, on a la chance d’avoir un métier qui a été tellement perturbé qu’il va y avoir une recomposition du paysage concurrentiel, évidemment la force de l’entreprise nous ouvre des perspectives qu’on imaginait pas avant la crise. Donc, on a vraiment une stratégie très volontariste et relativement sereine de développement pour le futur. »

Web TV www.labourseetlavie.com C’est à dire que la croissance organique pourrait se compléter de croissance externe compte-tenu de ce qui s’est passé dans le secteur ?

M. Bruno Cathelinais, Président du Directoire de Bénéteau : « Le raisonnement est toujours le même. Ce qu’il faut, c’est identifier des marchés porteurs qu’ils soient géographiques ou des segments de marchés. Ensuite, bâtir la stratégie adaptée. La croissance externe ne se justifie que pour autant qu’elle accélère de façon considérable le développement qui permet d’y accéder plus vite; et à ce moment là il faut mettre en regard cette accession beaucoup plus rapide au développement que vous envisagez et au prix de cette croissance externe. Donc, de toute façon dans notre stratégie, on fondra notre stratégie sur les deux: et croissance organique et si nécessaire, en cas d’opportunité, croissance externe. »

Web TV www.labourseetlavie.com : Vous parliez des nouveaux produits comme facteur plus que de résistance du groupe, on peut imaginer que la crise a changé des choses notamment en termes de prix, que les clients aujourd’hui demandent des prix plus bas en même temps on sait que ce n’est pas toujours facile d’apporter ces réponses. Comment on fait justement aux nouveaux produits, est-ce qu’ils sont moins chers ?

M. Bruno Cathelinais, Président du Directoire de Bénéteau : « Je pense qu’il faut distinguer deux choses: il y a d’abord le moment dur de la crise où les marchés s’arrêtent, donc, évidemment ça provoque une baisse des prix, un certain nombre des constructeurs ont des difficultés, il faut donc faire du cash, vendre des stocks ça permet à certains clients d’ailleurs de faire de très belles affaires. Puis, après la crise, dès la reprise, on se situe dès la saison prochaine en ce qui nous concerne, les prix vont retrouver leur niveau d’avant. Par contre, ce qui va changer, et c’est ça qu’il faut anticiper dans le développement produit, c’est la nouvelle attitude du consommateur. Est-ce que cette crise va déclencher de nouveaux besoins, de nouveaux critères de choix dans les bateaux et c’est à nous de l’anticiper. Evidemment, le facteur environnemental va beaucoup jouer. »

Web TV www.labourseetlavie.com : Du côté des perspectives toujours, on parle souvent des pays émergents comme ceux qui sont en croissance aujourd’hui alors que nous on a beaucoup de mal sur les pays développés. Pour Bénéteau, cette évolution vers les pays émergents, il y a effectivement une demande qui est en train de s’installer ?

M. Bruno Cathelinais, Président du Directoire de Bénéteau : « Clairement il y a un grand nombre de pays émergeants dans le monde, j’en citerai que trois que tout le monde connait: la Chine, l’Inde et le Brésil, traduit dans notre métier, en ce qui concerne la Chine on est déjà passé dans une phase opérationnelle: On a commencé les investissements en 2005 par un bureau à Shanghai. Aujourd’hui, on vend des bateaux, on va avoir des taux de croissance important puisqu’on a annoncé qu’on allait passer cette année de 15 à 30 millions de chiffre d’affaires, puis à 60 l’année prochaine. Donc, on voit bien qu’on a un taux de croissance formidable. Ensuite, il y aura le Brésil, qui est un pays de maintenant et pas de futur lointain. Le Brésil va beaucoup compter, donc, il nous faut une stratégie sur le Brésil. Ensuite, il y aura l’Inde qui es un pays très important à terme, mais plus lent parce que les investissements en infrastructures sont moins rapides. Donc, 2010, 2015 la Chine et le Brésil; 2015-2020 l’Inde. »

Web TV www.labourseetlavie.com : En conclusion, les perspectives redeviennent pour vous satisfaisantes de Bénéteau que ce soit en termes d’activités, de résultats, de marges ?

M. Bruno Cathelinais, Président du Directoire de Bénéteau : « Oui, je pense qu’il y a des ouvertures qu’on n’aurait pas pu imaginer avant la crise, la situation du groupe est forte puisqu’on a pris les décisions très vite, et donc, on est en mesure maintenant d’accéder à ce développement qui nous tend les mains. »

©www.labourseetlavie.com 29 janvier 2010

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