Capitaine de vaisseau Alexis, adjoint au sous-chef d'état major "plans-programmes" :"Il faut qu'on accélère sur le domaine en prenant en compte toutes les nouvelles technologies".
la dronisation navale
À l’approche du salon Euronaval, point presse consacré à la « dronisation navale, au croisement de l’innovation et des nouveaux besoins opérationnels des armées ».
La Marine nationale et la Direction générale de l’armement (DGA) ont présenté à la presse « les enjeux de cette transformation, de la conception des systèmes à leur emploi opérationnel. De la guerre des mines à la maîtrise des fonds marins, en passant par l’hydrographie, plusieurs programmes illustrent déjà la place croissante des drones dans les capacités navales« .
Le capitaine de vaisseau Alexis, adjoint au sous-chef d’état-major « plans-programmes » au sein de l’état-major de la Marine nationale a répondu à mes questions sur un sujet qui concerne nos armées comme nos industriels.
Interview :
Didier Testot : Vous avez parlé effectivement de ce choc de dronisation. On comprend qu’il y a un nouvel écosystème qui doit se mettre en place. Vous avez parlé de data. Est-ce qu’aujourd’hui, vous avez potentiellement tous les outils, justement, les drones, pour faire face à ce nouveau mode de combat en mer ?
Capitaine de vaisseau Alexis : Alors, ce que je voudrais préciser pour recontextualiser, c’est que ce n’est pas nouveau. La dronisation dans la marine, on y est déjà. On a le programme de guerre des mines dronisé SLAMF, qui est lancé depuis le milieu des années 2010. Et ensuite, on a toute la dronisation sur les vecteurs aériens qui est déjà en place et qui est déjà bien mature. Maintenant, ce qu’il faut, c’est qu’on étende tout ça dans le multi-milieu sous, sur, et au-dessus, on y est déjà, et puis également à terre pour tout ce qui concerne la partie commando marine. Donc, tout ça pour dire qu’on a déjà un retour d’expérience. Maintenant, il faut qu’on accélère sur le domaine en prenant en compte toutes les nouvelles technologies que nous permettent le numérique, à la fois sur la connectivité, pour avoir une connexion plus permanente, et puis aussi à base d’intelligence artificielle pour fusionner toute l’information qui vient des drones.
Didier Testot : Un point clé qu’on a vu sur les différents conflits, ce sont les coûts. Et vous avez dit tout à l’heure qu’il fallait trouver un moyen de réduire les coûts, c’est-à-dire qu’on pouvait répondre aux attaques de drones, mais qu’il fallait que la Marine nationale s’organise pour que les réponses coûtent moins que ce qu’elles coûtent aujourd’hui. Comment on va faire ?
Capitaine de vaisseau Alexis : Oui, sur la dronisation, on travaille sur deux aspects. Il y a la dronisation qui va nous permettre de travailler sur le domaine renseignement, donc d’avoir une meilleure surveillance, reconnaissance un peu de ce qui se passe pour établir la situation tactique. Une partie dronisation pour produire des effets militaires, de destruction de cibles plus ou moins valorisées. Et c’est là-dessus que je rebondis, parce qu’effectivement, on travaille pour lutter contre les drones adverses qui nous arrivent, et c’est ce qu’on a vu surtout exploser pendant la guerre en Iran. On a des moyens pour agir actuellement avec différentes couches et tout ça. Ce qu’on cherche, c’est à réduire le coût de destruction des drones adverses. Et c’est pour ça qu’on travaille sur des systèmes de drones, intercepteurs de drones. Qu’on cherche à intégrer à bord des bateaux. Et l’intégration peut être complexe, parce que contrairement à l’aéroterrestre, l’aéromaritime, la singularité du milieu maritime est complexe. Parce qu’un bateau, ça avance, donc ça pose des problèmes de localisation des systèmes. Un bateau, c’est bardé d’électronique, de radars et tout ça, donc un environnement électromagnétique complexe. Je rappellerai, la coque du bateau est en acier, et ça, ça perturbe beaucoup les systèmes. Donc, vous voyez, il faut que nos industriels prennent en compte tout ça pour pouvoir mettre en place des systèmes performants. Mais les exercices Will Fire, menés récemment, il y a quelques semaines, montrent qu’on est dans la bonne voie et qu’on commence à avoir des systèmes relativement matures.
Didier Testot : On a vu aussi, on parle de conflit de haute intensité, le sujet munitions, forcément. Comment on arrive à l’améliorer sur les bateaux ?
Capitaine de vaisseau Alexis : Munitions, on y travaille justement sur… La marine travaille beaucoup sur le combo armes de décision, armes d’usure. C’est-à-dire qu’on a des armes de décision, les munitions complexes, les missiles avec des autodirecteurs, les missiles type Aster, type Mermer de la classe Exocet. Et à côté de ça, on travaille sur des munitions, entre guillemets, bas coût, ce qu’on appelle des MTO, munitions téléopérées, ou munitions navales téléopérées. C’est le pendant terrestre. On travaille sur ces munitions-là de façon à réduire le coût des munitions. Et en fonction de la cible qu’on a, ce qu’elle est plus ou moins valorisée, on adaptera la munition qui va bien pour la traiter.
Didier Testot : Vous avez parlé aussi du sujet ressources humaines, qui est clé, bien entendu. Si on va vers ce choc de dronisation, ça veut dire que de plus en plus de marins, ou il va falloir de plus en plus de marins opérationnels sur cette partie drone, comment les former sur les prochaines années ? Capitaine de vaisseau Alexis : Oui, on y travaille. La dronisation, comme j’expliquais, l’un des nœuds clés, c’est toute la partie, ce qu’on appelle C3, commande, contrôle et communication. Donc, tout ce qui tourne autour du numérique. Donc, c’est vraiment là qu’il faut qu’on fasse effort sur la formation, la compétence, le savoir-faire de nos marins. Donc, on met en place des systèmes dans les écoles. On s’appuie aussi beaucoup sur la réserve, la réserve opérationnelle. On crée des escouades de fortes réserves opérationnelles dans le numérique, avec des champs, des spécialistes, des geeks qui viennent du milieu civil et qui nous aident à monter en compétence dans le domaine. Donc, c’est très important de travailler sur cette hybridité.
Didier Testot : Donc, il y a des besoins qui sont importants pour l’armée, pour la marine qui fête cette année ses 400 ans. Trouver aussi de nouvelles compétences ? Oui, trouver des nouvelles compétences et surtout adapter les compétences actuelles de nos marins à ces nouveaux enjeux. Pour justement les différents drones aujourd’hui que vous avez évoqués, est-ce que vous avez en face de vous, quelque part, côté industriel, que ce soit les grands industriels et les petits, une offre en quelque sorte suffisante par rapport aux nouveaux combats que vous avez évoqués ? Est-ce qu’aujourd’hui, l’offre, on va dire, tricolore est suffisante ou est-ce qu’il faudrait encore de nouveaux produits ?
Capitaine de vaisseau Alexis : L’offre tricolore commence à émerger. Je vous invite à aller à Euronaval la semaine prochaine. Vous aurez l’occasion de voir que l’offre tricolore commence à être pas mal diversifiée. Et ça, c’est bien parce que ça les challenge entre eux. Donc, nous, on exprime le besoin militaire. Comme je rappelle, la DGA et la rotule, qui fait le lien entre le besoin militaire et puis ses industriels. Donc, je vous retourne vers la DGA. C’est eux qui sont en charge de faire monter un petit peu les compétences industrielles. Mais oui, on commence à avoir des belles choses.
Didier Testot : Vous avez parlé aussi du passage à l’échelle de production de masse. Quand on voit ce que sont capables de produire les Chinois, notamment les Iraniens ou d’autres pays, est-ce qu’on va avoir, nous, Français, la capacité de produire suffisamment ? Quand ?
Capitaine de vaisseau Alexis : Ça, je vous renverrai à la DGA, mais ce qu’il faut, c’est dans un premier temps, avoir les moyens de produire pour répondre aux effets militaires que l’on souhaite maintenant. Ensuite, il faut que nos industriels soient en mesure, le cas échéant, de monter une production de masse pour faire face au choc.











