Quand on parle de LVMH, les initiés savent que ces lettres signifient LV pour Louis Vuitton et MH pour Moët Hennessy.

Le grand public retient lui beaucoup plus les classements annuels parlant des grandes fortunes du monde, et de celle de Bernard Arnault en particulier dont l’ascension au cours des dernières années est exceptionnelle par sa régularité. Il est aujourd’hui, le quatrième homme le plus riche du monde. 

A 72 milliards de dollars, sa fortune estimée par les équipes internationales de Forbes dépasse celle du patron de Facebook, Mark Zuckerberg, et elle peut se comparer à celles de Warren Buffett toujours au firmament des fortunes mondiales (avec 84 milliards de dollars) et à celle de Bill Gates (90 milliards de dollars). 

Cette réussite est bien entendu celle d’un homme, Bernard Arnault et de ses équipes, un dirigeant qui a su prendre les bonnes décisions, et comprendre cet univers du Luxe, et de tout ce qu’on pouvait faire avec une marque, si les codes du Luxe étaient respectés.

Lui est médiatique, mais derrière, le juriste, le conseiller, Pierre Godé a été un élément clé selon moi de cette réussite exceptionnelle.

Pierre Godé, qui a été mon professeur de Droit commercial à Nice en 1986, mais surtout le conseiller essentiel de Bernard Arnault.

Retour sur les années 1985-1986. Dans ces années-là, j’étais loin d’imaginer que ma vie serait aussi liée à la #Bourse, dont j’ignorais totalement pour ainsi dire l’existence. À aucun moment dans ma vie d’étudiant, la Bourse n’a fait l’objet de cours et d’explications, nous sommes en France, et l’apprentissage de l’économie dont la Bourse fait partie, reste très approximatif.

Dans cette quatrième année à Nice, cela a son importance, car Pierre Godé y enseignait, je choisissais une Maitrise de Droit Privé, après avoir oeuvré dans le Droit public jusqu’en Licence.

Tous les cours me semblaient difficiles, on ne passe pas facilement du droit public au droit privé, des bases de droit privé me manquaient, c’était comme s’il fallait que je revois tout au début !

Dans cette année qui ne fût pas concluante, un cours m’avait passionné, comme pour beaucoup d’étudiants, le cours de Droit Commercial de Monsieur Godé.

Pierre Godé était grand par la taille, mais aussi par la qualité de ses enseignements, tous les élèves qui ont assisté à son cours à Nice, étaient attentifs, et ceux qui connaissent la Faculté de Droit de Nice de cette époque, savent que d’autres professeurs n’hésitaient pas à lire leur livre, les étudiants dans ce cas faisaient des photocopies de cours, mais n’y assistaient plus.

Le cours de Pierre Godé étaient vraiment inoubliables. Quand j’y repense, cela m’amuse car j’ai dû à un moment créer ma société, à l’époque, j’en étais loin !

Alors quand cette année là il nous annonce lors d’un cours, qu’il doit partir à Paris pour un nouveau travail, tous les étudiants l’ont vraiment regretté, et personne ne l’a vraiment remplacé.

Le temps a passé, mais la #Bourse m’a attrapé en 1989 avec mon premier job au Figaro, au service Bourse !

Ce n’est que bien des années plus tard, lorsque je partais de la Tribune notamment, en 1993, lors du rachat par Bernard Arnault du quotidien, que j’avais pu croiser à nouveau Pierre Godé. Lorsque je lui avais dit que j’avais fait jouer ma « clause de conscience » en lui disant que pour moi Bernard Arnault était un patron plein et entier, il m’avait dit que « j’avais bien fait » ! (SIC). Je l’avais revu également lors de procès contre des analystes, Pierre Godé défendait le groupe LVMH face à la banque d’affaires Morgan Stanley, qu’il accusait d’avoir émis «des analyses erronées» et fait de «fausses déclarations» sur LVMH.

Dans ma vie professionnelle, lorsque j’étais devenu porte-parole de la COB (Commission des Opérations de Bourse), j’avais pu comprendre toute l’ingéniosité qu’avait pu apporter Pierre Godé à Bernard Arnault avec ses cascades de holding, « Christian Dior » et « Financière Agache » pour ne parler que de ceux-là. Et j’avais vu que d’opérations financières en opérations financières, Bernard Arnault consolidait son empire et ses participations, le juriste et conseiller Pierre Godé qui l’avait été du père de Bernard Arnault, Jean Arnault, avait permis cela.

Lors de publications de résultats où j’avais interviewé Bernard Arnault, j’avais demandé des nouvelles de Pierre Godé. Je n’en avais pas eu. Le temps avait passé.

Lorsqu’il est disparu en ce début d’année, Bernard Arnault lui rendra hommage, ce fût comme une pirouette de la vie, car Pierre Godé s’était installé à Saint-Paul de Vence, après Châteauneuf de Grasse, Saint-Paul de Vence, le village qui est à côté de la Colle sur Loup, mon village lorsque j’étais étudiant en droit et suivait ses cours de Droit Commercial.

Les grands groupes familiaux sont aussi des groupes dont les dirigeants savent s’entourer, il s’agit de leur argent, de préparer les générations futures, de construire sur des bases solides, le conseiller de l’ombre, le juriste entrepreneurial, faisait partie du dispositif pour aller aussi haut.

C’est ma conviction, celle que je voulais partager avec vous aujourd’hui en rendant hommage à mon professeur de droit commercial, Pierre Godé.

Et mes pensées vont à toute sa famille à cette occasion. 

PS : Si cet hommage ne survient qu’aujourd’hui, de là haut, Pierre Godé ne m’en voudra pas, j’avais prévu de l’écrire quand j’ai appris sa disparition, mais forcément, cela a pris plus de temps que prévu, il a fallu trouver le moment, il est venu en ce mois d’août 2018, il restera pour moi quelqu’un de discret mais d’incontournable dans la réussite de ce groupe mondial et emblématique du Luxe, construit avec succès par Bernard Arnault.

 

DIDIER TESTOT, 

Fondateur

LA BOURSE ET LA VIE TV

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Sans lui LVMH n’aurait jamais pu devenir LVMH, mon hommage à Pierre Godé disparu en janvier 2018