Choc énergétique : vers un choc de crédit ?.
L'info éco + avec Didier Testot Fondateur de LA BOURSE ET LA VIE TV
L’info éco + avec Didier Testot Fondateur de LA BOURSE ET LA VIE TV, avec cette semaine les thèmes suivants :
Vous revenez sur ce qui ce passe dans le Golfe Persique et les conséquences pour les marchés pétroliers, in fine pour nous les prix à la pompe. Aux Etats-Unis, des dirigeants pétroliers évoquent clairement une crise du carburant qui se met en place.
Alors pour commencer je pense que nous l’avons collectivement oublié Au cas où quelqu’un compterait encore : cela fait plus de 200 jours que les États-Unis ont commencé à bombarder l’Iran le 28 février. Et aucune issue à ce jour ne parait se dégager. Et effectivement les dirigeants des compagnies pétrolières américaines qui avaient prévenu que la fermeture prolongée du Détroit d’Hormuz allait forcément provoquer une crise du carburant, ils disent aujourd’hui, la crise est là. Selon eux, c’est ce qu’évoque le WSJ, les stocks de carburants commerciaux à travers le monde s’épuisent depuis plus de six mois, et les réserves stratégiques de pétrole brut sont presque épuisées. Et cela ne s’est pas arrangé, puisque les attaques de la semaine dernière ont paralysé un oléoduc crucial en Arabie saoudite, contournant le détroit d’Ormuz, privant ainsi le marché pétrolier mondial d’au moins 2,5 millions de barils par jour, déjà tendu, selon les estimations des analystes. ExxonMobil et Chevron ont publiquement tiré la sonnette d’alarme. Darren Woods, le patron d’Exxon l’affirme : leurs raffineries aux États-Unis tournent à plein régime pour tenter de compenser le manque mondial, mais ce rythme industriel effréné est « intenable sur la durée ». Son homologue chez Chevron, Mike Wirth, a prévenu que la pression à la hausse sur les prix des carburants allait durer. Selon le WSJ Certains PDG et conseillers en énergie se disent de plus en plus inquiets ces dernières semaines, face à la reprise du conflit, avec des navires et des infrastructures énergétiques pris pour cible dans les deux camps. Et côté demande la Chine, premier importateur mondial de pétrole, qui a jusqu’ici puisé dans ses propres réserves de brut pour près de la moitié de sa consommation quotidienne, a repris des achats plus importants auprès de fournisseurs internationaux.
Ce qui se passe sur les produits raffinés, touche de nombreux secteurs. Transports, industrie ou agriculture, … en autres.
Aux Etats-Unis le diesel pour les camionneurs atteint des niveaux records. Ils payent plus chers aujourd’hui que pendant la saison de pointe en hiver. Idem pour le prix de l’essence, nouveaux records. Et ce n’est pas fini selon les spécialistes. L’approvisionnement en diesel est tendu en raison des arrêts de raffineries consécutifs aux conflits au Moyen-Orient et en Russie. La demande de ce carburant devrait augmenter avec l’arrivée des récoltes pour les agriculteurs qui l’utilisent dans leurs engins lourds. .Si l’essence chère empêche les ménages de partir en week-end, le diesel, lui, est le sang de l’économie réelle. C’est le carburant des porte-conteneurs, des tracteurs agricoles qui récoltent notre blé, et des camions de livraison qui remplissent nos supermarchés. Quand le diesel flambe, c’est l’intégralité de la chaîne logistique qui devient plus chère. Et dans le même temps, un chiffre édifiant : le coût de l’affrètement d’un pétrolier sur la route de référence de l’industrie (Moyen-Orient vers l’Extrême-Orient) a dépassé 1 million de dollars par jour. Il y a un an, il était inférieur à 100 000 dollars par jour. h/t, autant dire là aussi que la situation se complique. Pour vous dire : l’équipe des matières premières de JPMorgan une grande banque d’affaires américaine dit à ses clients: « Pour la première fois depuis le début du conflit iranien, nous n’avons pas de vision de référence. Nous ne savons tout simplement pas comment modéliser l’issue finale. »
Cette flambée amène les banques centrales à réagir Fed, BCE, les taux montent vous l’évoquiez la semaine dernière, avec raison ?
C’est dans le débat ici en Europe comme aux Etats-Unis. Car cette montée des taux d’intérêts pour contrer l’inflation, risque d’amener un choc économique. Et il faudrait relire ce que disait à ce sujet en 1997 Ben Bernanke, qui a été président de FED, Mark Gertler et Mark Watson. Ils montraient alors que la plus grande partie des dommages économiques suivant les chocs pétroliers d’après-guerre ne provenait pas du pétrole lui-même, mais de la réponse systématique de la banque centrale avec des taux d’intérêt plus élevés. Le pétrole était la gâchette. Le resserrement monétaire était l’amplificateur. Leur travail ne disait pas que les banques centrales devraient ignorer l’inflation. Mais la question essentielle est de savoir si la croissance des salaires s’accélèrera en réaction à cette inflation. Car si ce n’est pas le cas la hausse des taux d’intérêt ajouterait simplement un choc de crédit à un choc énergétique.
Dans cette crise pétrolière, une nouvelle vous a intéressé, cela se passe au Nigéria et en Bourse, racontez-nous, le décalage est saisissant.
Oui c’est vrai qu’on parle de transition énergétique à longueur de journée en Europe en tout cas, mais ailleurs le pétrole reste clé ! Et c’est l’homme le plus riche d’Afrique, Aliko Dangote, qui a introduit en Bourse lundi matin sa méga-raffinerie de pétrole nigériane, il veut en faire la plus grande raffinerie au monde. Avec une capacité de 700.000 barils par jour, la raffinerie dépasse la demande intérieure en carburant du Nigeria, le pays le plus peuplé d’Afrique avec ses plus de 240 millions d’habitants, et a commencé à exporter ses carburants à l’étranger il y a quelques mois. La compagnie indique que la raffinerie est devenue le plus important fournisseur externe de carburant aviation pour l’Europe. Il prévoit de doubler ca capacité de production pour atteindre 1,4 million de barils par jour d’ici à 2028, ce qui en ferait la plus grande raffinerie au monde, dépassant ainsi la raffinerie indienne de Jamnagar. Pour vous donner une idée de cette introduction en Bourse, elle vise jusqu’à 10 millions d’actionnaires à travers l’Afrique ! Enorme L’empire économique de Dangote, s’étend du ciment et du sucre à la production d’engrais. Et L’Afrique importe actuellement plus de 70% de ses carburants raffinés.
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