Tv Bourse : Interview Marc-Ali Ben Abdallah Stratégiste Senior Amundi.
Stratégie d'investissement sur les marchés émergents : perspectives 2014

31 mars 2014 10 h 14 min
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Si l’on parle des marchés émergents, on le sait désormais, il faut avoir une lecture plus fine des pays dont il s’agit. Nous évoquons la stratégie d’investissement dans ces pays, les conséquences de la crise pour les investisseurs. Mon invité est  Marc-Ali Ben Abdallah Stratégiste Senior Amundi, spécialiste de ces marchés émergents.

Web TV www.labourseetlavie.com : Marc Ali Ben Abdallah bonjour. Vous êtes stratégiste senior chez Amundi.  On va parler avec vous des marchés émergents, il faut dire qu’ils ont fait l’actualité et ils vont sans doute refaire encore l’actualité en cette année 2014. Comment vous  analysez la situation quelques semaines après des soubresauts, mais on peut dire qu’il y en a encore en ce moment, il faut vraiment regarder marcher par marché  ce type d’émergents justement ?

 

Marc Ali Ben Abdallah, Stratégiste Senio chez  Amundi :  On est rentré depuis l’année dernière en fait dans une phase dans laquelle les critères domestiques, les singularités, sont en train de prendre le pas sur une histoire plutôt globale. Jusqu’à présent, depuis les cinq dernières années, les pays émergents étaient essentiellement pilotés par des facteurs globaux et essentiellement par leur différentiel, leur perception de différentiel de croissance par rapport aux développés. On a vu un basculement en fait arriver depuis 2013 pour deux raisons, première, c’est finalement une sortie, une stabilisation dans la crise souveraine européenne, et deuxième chose, une économie américaine qui a accéléré bien plus que ce que finalement on attendait récemment. Donc le résultat des courses pour les émergents, c’est un différentiel en termes de qualité qui s’est un petit peu détériorée en leur défaveur, et puis il faut dire aussi que sur ces cinq dernières années ils ont dû absorber un choc de nature exogène, une baisse de la demande externe très importante, et pour des économies exportatrices, cela a forcément laissé des traces en termes de creusement des déficits, en termes de détérioration des fondamentaux. Donc on est aujourd’hui dans cette situation où les économies émergentes sont en transition et où les singularités domestiques vont être effectivement dominantes.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : On pourrait dire que peut-être certains investisseurs aient un peu oubliés trop vite la singularité justement puisque l’on sait bien qu’entre le Brésil et la Chine, ce n’est pas le même type d’économie, ce n’est pas le même type de fonctionnement, donc raisonner globalement était peut-être prendre des risques, mais la question de flux aussi a joué beaucoup c’est-à-dire que on a vu avec la politique monétaire, ça, ça a été un des facteurs déclenchant ?

 

Marc Ali Ben Abdallah, Stratégiste Senio chez  Amundi : Oui, tout à fait, vous avez tout à fait raison là-dessus. C’est la décision de Ben Bernanke  d’annoncer une fin de tapering, ce que l’on appelle le tapering, un ajustement du rythme d’achat de la réserve fédérale a effectivement tout changé,  ce qui veut dire que l’on a été tiré pendant très longtemps sur ces marchés, le phénomène moteur essentiel de ces marchés a été une histoire de flux, comme vous l’avez fort justement souligné, un phénomène de flux lié encore une fois à des rentabilités supérieures au niveau des émergents parce que fondamentalement ce sont aussi des économies qui ont une part de risque  un peu plus importante que celle des développés. Donc des rentabilités plus attractives, on va dire une liquidité qui finalement était en voie de détérioration ou du moins était ajustée à la baisse, mais le résultat cela a été effectivement un coup d’arrêt sur les flux. Mais ce qui est assez important, c’est que, si on regarde les marchés actions qui sont peut-être plus porteurs d’un message plus pur au niveau de l’économie, on avait quand même constaté depuis quelques années une baisse de ce que l’on appelle les bêta c’est-à-dire une sensibilité à la croissance sur ces marchés. Donc on avait déjà une problématique qui était sous-jacente et qui effectivement maintenant est mise sur le devant.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Effectivement on avait parfois des sous performances de marchés boursiers alors que les économies, elle, étaient en croissance, donc pour les investisseurs, quand on leur disait les marchés émergents, ils avaient un petit peu de doute. En 2014, on pourrait dire que cela va continuer du côté de la politique monétaire américaine, on en a eu confirmation encore récemment, on se pose des questions également sur la Chine avec un certain nombre de problèmes, qu’est-ce que l’on peut dire aujourd’hui sur la Chine puisque elle aussi elle ralentit et il y a des questions fondamentales aussi sur l’économie ?

 

Marc Ali Ben Abdallah, Stratégiste Senior chez  Amundi : Tout à fait, alors la Chine est systémique. Je crois qu’il faut… le mot donne toute la portée du problème. La Chine est systémique parce que c’est une économie qui est très importante au niveau mondial et elle est systémique par rapport aux émergents parce que finalement, beaucoup d’économies sont de manière directe ou indirecte liées à sa trajectoire économique. On pense de manière évidente aux exportateurs de matières premières, mais pas uniquement. L’Allemagne est un partenaire commercial important pour la Chine, ce qui veut dire que les périphériques européennes, j’entends émergentes, c’est-à-dire Pologne ou autres, sont,  Turquie aussi, sont dépendantes des perspectives chinoises. La problématique chinoise est assez simple finalement. Pour la Chine, il s’agit de passer d’un modèle dans lequel la croissance a été essentiellement tirée par un couple investissement-exportation à un modèle qui maintenant reposera plus sur une histoire domestique, et notamment de consommation. La consommation reste un contributeur extrêmement faible, moins de 40 %, à la croissance, à la formation de la croissance chinoise. Alors, à cela évidemment, enfin évidemment, disons qu’à cela s’ajoute une autre problématique, c’est que les chinois, comme beaucoup d’autres économies, ont utilisé massivement le crédit comme absorbeur de choc. Il s’agissait de soutenir une demande domestique au moment où une demande externe faiblissait. Et le problème, c’est qu’aujourd’hui, quand on regarde le crédit bancaire, je dis bien bancaire parce que on va faire une petite précision aussi sur ce point, le crédit bancaire rapporté au PIB, c’est 155 % du PIB aujourd’hui. Donc, la problématique chinoise, c’est à la fois un ralentissement qui sera structurel lié à la baisse de l’investissement, et puis quelque part une qualité de crédit qui va se détériorer due probablement à des surcapacités. Il va falloir gérer, encore une fois, ce choc, cette transition de ces années post 2008. Alors aujourd’hui on voit, il y a une détérioration de la qualité de crédit, on voit les premiers défauts apparaître, cela a été une entreprise  Chaori qui a été le premier défaut historique, fabricant dans le secteur du photovoltaïque, premier défaut historique du marché chinois, mais il y en aura d’autres qui vont venir, on n’est pas forcément surpris par cela. La question, c’est dans quelles mesures les autorités chinoises vont être capables de gérer les conséquences de ces défauts, et là, je reviens sur le point essentiel, c’est que l’on a eu effectivement un développement du crédit bancaire, mais aussi un développement du crédit non bancaire, et cette partie-là est beaucoup moins régulée.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Ce que l’on appelle les shadow banking…

 

Marc Ali Ben Abdallah, Stratégiste Senior chez  Amundi : Tout à fait, et donc c’est là où la difficulté se présente pour les autorités chinoises aujourd’hui, c’est d’arriver  à gérer effectivement, d’une part à ne pas laisser leur système financier sous trop forte pression, et puis arriver à réguler cette partie  qui est « non bancaire ». Ceci étant, on n’est pas forcément très inquiet. Au jour d’aujourd’hui, il faut savoir que les banques chinoises ont des ratios prudentiels qui sont parmi les plus élevés au monde, et puis surtout, ils ont un niveau officiellement, encore une fois d’après les statistiques chinoises, des niveaux de prêts non performants, ce que l’on appelle les prêts non performants, ces créances douteuses, inférieurs à 1 %. Il faut avoir en tête aux Etats-Unis on est de l’ordre de 4 %, qu’en Italie on est de l’ordre de 11 %.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc on n’est pas aujourd’hui dans un scénario noir, en tout cas ce n’est pas ce qui est envisagé.

 

Marc Ali Ben Abdallah, Stratégiste Senior chez  Amundi : Voilà. Par contre, on voit bien, on voit une certaine nervosité. On a entendu récemment le fait que on avait des épargnants chinois qui étaient prêts à retirer leurs économies par inquiétude, mais encore une fois, on est plutôt confiant sur le fait que le gouvernement sera aux côtés de ses banques parce que c’est absolument systémique pour l’économie mondiale et pour la Chine.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : En conclusion peut-être sur l’allocation d’actifs, la stratégie d’investissement dans ce contexte peut-être plus compliqué pour les émergents à présent, comment vous allez réagir, investir, entre les actions ? Il y a eu à un moment donné aussi beaucoup sur la dette émergente, est-ce que c’est forcément un message de prudence ?

 

Marc Ali Ben Abdallah, Stratégiste Senior chez  Amundi : C’est surtout un message de discrimination. Donc l’idée, c’est qu’il y a encore des opportunités dans le monde actions. Il y a des opportunités du côté de la dette, notamment en dollars. On pense pour l’instant que les devises risquent de rester sous pression, malheureusement elles font partie de l’ajustement c’est-à-dire que la baisse des devises émergentes est pour les investisseurs quelque chose qu’il va falloir gérer. On pense que cette baisse des devises ne se fera pas avec une très forte volatilité. Donc ce qui veut dire qu’il reste encore des opportunités sur certains marchés locaux, notamment du côté actions, certains marchés locaux, notamment  les plus fragiles, Afrique du Sud, Turquie, en partie Brésil aujourd’hui, ou l’Inde, sont encore un petit peu soumis aux directionnels  de leur devise. Mais progressivement, nous sommes assez confiants sur le fait que les économies émergentes seront capables de mettre en place les agendas de réforme. On sait que l’agenda politique est un peu chargé, donc il va falloir attendre un petit peu pour y voir plus clair, mais on est plutôt confiant de ce côté-là, sur le fait qu’ils vont mettre en place ces réformes, ce qui veut dire que l’on aura des opportunités qui vont être bien présentes. Mais encore une fois, il faut rester dans cette idée de discrimination c’est-à-dire que l’on ne peut plus, ce qui est peut-être un peu inconfortable pour certains investisseurs, c’est que l’on ne peut plus aborder les émergents en bloc. On doit vraiment réagir dans une logique pays par pays.

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Ce sera le mot de la fin effectivement. Merci Marc Ali Ben Addallah d’avoir été avec nous, stratégiste senior chez Amundi.

 

Marc Ali Ben Abdallah, Stratégiste Senior chez  Amundi : Merci M. Testot.


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