Guy Stear Responsable Stratégie Émergents et Crédit Société Générale Cross Asset Research : "La question, c'est pas la Grèce en soi, c'est qui peut être le prochain ?".
Rencontres Paris Europlace 2015 : Stratégie d'investissement

7 juillet 2015 12 h 31 min
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Aux Rencontres Paris Europlace 2015, la Web Tv www.labourseetlavie.com réalise des interviews de personnalités dans le domaine de la Finance.

Avec Guy Stear Responsable Stratégie Émergents et Crédit Société Générale Cross Asset Research nous parlons de la stratégie d’investissement au lendemain du référendum en Grèce qui a vu la victoire du « Non ».

Quelles conséquences sur la stratégie d’investissement des intervenants sur les marchés ?

 

Web TV www.labourseetlavie.com : Guy Stear, bonjour. Vous êtes donc responsable de la stratégie des marchés émergents et de crédit à la Société Générale Cross Asset Research. On va parler avec vous de marchés, donc nous sommes à Paris Europlace aujourd’hui. Comment vous avez, vous, vu tout ce qui s’est passé en Europe, ce qui est aujourd’hui l’Europe qui concentre l’attention de beaucoup d’investisseurs, le sujet grec, est-ce qu’il est en cours de résolution ? Quel est un peu le sentiment que l’on a ?

Guy Stear, responsable de la stratégie des marchés émergents et de crédit à la SG Cross Asset Research : Non, je pense que ce n’est pas malheureusement en cours de résolution. Je pense que le référendum montre à quel point il y a un gouffre entre les attentes ou les demandes du peuple grec ou la vision de la sortie du peuple grec et la vision de sortie des créditeurs. On aura aujourd’hui la réunion avec un nouveau plan de discussions, de nouvelles discussions autour des différents plans, mais nous pensons à la Société Générale qu’il y a très peu de chances d’un accord aujourd’hui parce qu’il y a juste une différence assez fondamentale entre les deux côtés de voir la situation.

Web TV www.labourseetlavie.com : On sait qu’il y a des déclarations, c’est toujours compliqué au jour le jour de suivre ce qui se dit, on a l’impression quand même que la France, l’Allemagne, veulent garder la Grèce dans l’euro, ce n’est pas forcément ce que sont en train de se dire les investisseurs ?

Guy Stear, responsable de la stratégie des marchés émergents et de crédit à la SG Cross Asset Research : Moi je pense que tout le monde veut garder la Grèce dans l’euro et la Grèce elle-même veut rester dans l’euro. Donc là il n’y a pas… C’est un des points d’accord majeurs entre les différentes discussions. Par contre, comment garder la Grèce dans l’euro est vraiment différent. Le problème fondamental de la Grèce, pour nos économistes, c’est que la croissance et le système économique sont très faibles. Comment relancer la croissance ? Est-ce qu’il est nécessaire de faire des changements, des réformes structurelles ? Je pense que tout le monde s’accorde sur cela. Donc, sur ces points-là, il y a des accords. Par contre, le gouvernement grec dit « On ne peut pas relancer les réformes fondamentales sans avoir une croissance meilleure. Donc il faut nous donner plus d’argent pour faciliter la situation ». Et le point de vue des créditeurs, c’est que depuis plusieurs années, vous avez bénéficié des subventions de l’économie européenne, vous avez bénéficié d’une situation de soutien de l’économie européenne et les changements n’ont pas été faits. Donc il faut faire les changements, il faut faire les réformes structurelles, avant de demander plus d’argent. Donc c’est cela les différences fondamentales.

Web TV www.labourseetlavie.com : On voit encore la Banque centrale européenne qui maintient son soutien aux banques grecques, on sait que sans ce soutien-là, les banques grecques fermeraient complètement définitivement. Est-ce que cela ne veut pas dire tout de même qu’elles peuvent encore tenir et que donc il peut y avoir matière à des négociations à venir ?

Guy Stear, responsable de la stratégie des marchés émergents et de crédit à la SG Cross Asset Research : Il y a des soutiens de la Banque centrale européenne parce que la Banque centrale européenne ne veut pas prendre la décision politique qui devrait être prise par les hommes politiques, par les créditeurs d’un côté et par le gouvernement grec de l’autre. Donc elle maintient une sorte de statu quo, elle crée une sorte de stabilité, mais ceci dit, il y a les contrôles des capitaux, il y a un système bancaire qui est extrêmement fragilisé et qui n’opère qu’à une vitesse très lente. Donc on ne peut pas attendre que la Banque centrale règle tous les problèmes partout.

Web TV www.labourseetlavie.com : On disait ou en tout cas au cours des dernières années, on disait « la Grèce… », quand on a interrogé les investisseurs, c’est 2 % du PIB de la zone euro, c’est une économie peu importante, finalement on voit quand même que le fait que la Grèce puisse se « grexit » au cours des derniers mois, on a vu que cela inquiétait beaucoup d’investisseurs, donc pourquoi ils ont basculé dans le côté ce n’est pas important ? Si c’est important, c’est le côté symbole ?

Guy Stear, responsable de la stratégie des marchés émergents et de crédit à la SG Cross Asset Research : Oui. Je pense absolument, ce n’est pas simplement symbolique, mais on peut dire, cela ouvre une boîte de pandore parce qu’officiellement on n’a aucun moyen de sortir de l’euro. C’est une monnaie unique, on n’entre pas, on ne sort pas d’une monnaie unique. Par contre, une des choses qui peut être prévue, c’est que parce que la Grèce va faire faillite, pour avoir une économie qui marche, il va falloir créer sa propre devise, qui est le début d’une route qui peut amener la Grèce à sortir de l’euro. Et donc, la question qui se pose, ce n’est pas la Grèce en soi, parce que, comme vous avez dit, c’est une économie relativement petite, mais c’est l’effet de contagion, qui peut être le prochain ?

Web TV www.labourseetlavie.com : Donc ça c’est effectivement un sujet dont on va forcément en reparler au cours des prochains mois. Les investisseurs aujourd’hui ont d’autres sujets de préoccupation parce que globalement on était plutôt en train de se dire que que l’Europe allait mieux, les États-Unis, il y a de la reprise, l’emploi est là. Donc on était plutôt dans un optimisme en tout cas ?

Guy Stear, responsable de la stratégie des marchés émergents et de crédit à la SG Cross Asset Research : Je pense qu’il y a deux autres sujets qui sont très importants pour les investisseurs. Premièrement, le premier sujet, c’est qu’est-ce qui se passe avec la politique monétaire aux États-Unis. C’est la Fed, quand est-ce que la première hausse de taux va se passer aux États-Unis ? Comment et quand est-ce que la Fed va sortir de son QE ? La deuxième question, c’est quid de la croissance en Chine ? Parce que on a un marché boursier chinois extrêmement volatile, une hausse de plus de 100 % et une rebaisse de 25 %, une économie qui n’arrête pas de se ralentir, une politique monétaire qui va vers l’assouplissement, des changements qui sont très réguliers comme les changements annoncés ce week-end, donc c’est l’autre sujet de discussion, le sujet sur lequel se concentre les investisseurs.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui parce que avec ce qui se passe en Chine, ce krach qui est en train de se passer avec des valeurs qui ne sont pas cotées, cela pourrait inquiéter le reste du monde ? On n’était jusqu’à présent très au fait de regarder la croissance chinoise, regarder ce qui se passait en Chine, et dès qu’il y avait un moindre souci en Chine, les marchés prenaient peur ?

Guy Stear, responsable de la stratégie des marchés émergents et de crédit à la SG Cross Asset Research : Oui parce qu’il faut se rappeler que le marché chinois est quand même un marché relativement fermé, la participation des investisseurs internationaux dans le marché chinois est relativement limitée, et cela, c’est parce que le marché est fermé. Il y a des ouvertures ponctuelles, il y a différentes méthodes d’investir dans le marché chinois, mais elles sont relativement limitées. Par contre, en termes financiers, la Chine est un acteur important, mais en termes économiques c’est un géant, et c’est cela qui a beaucoup plus d’influence parce que c’est devenu le moteur de croissance en Asie, et un moteur de croissance pour toutes les zones qui sont des producteurs de matières premières.

Web TV www.labourseetlavie.com : Oui, on a eu effectivement l’impact du coût de cette décroissance chinoise sur ces matières premières. Globalement, quand on regarde les marchés, l’investissement, comment peut évoluer l’allocation d’actifs ? On voit des marchés émergents, il peut y avoir un certain nombre de dangers liés à ce que vous avez rappelé, les États-Unis, on arrive un peu à la fin d’un cycle, l’Europe, il y a ce sujet grec, qu’est-ce que l’on fait en ce moment ?

Guy Stear, responsable de la stratégie des marchés émergents et de crédit à la SG Cross Asset Research : Je pense que dans les marchés émergents, il faudrait plutôt être très défensif, disons. Je pense que le problème des marchés émergents, c’est que typiquement on a toujours des mauvaises réactions dans les marchés émergents, suite à une hausse des taux aux États-Unis, suite à une période de hausse du dollar, cela peut être un facteur négatif. Je pense que sur les marchés qui risquent de se tenir bien, je pense que la première chose, comme vous l’avez évoqué, la croissance repart en Europe, donc les bourses européennes peuvent avoir une performance qui est assez bonne. Deuxième chose, au niveau des devises, le dollar reste à la Société Générale notre devise préférée. On pense que le dollar peut se raffermir à la fois contre l’euro, mais aussi contre les devises des marchés émergents. Sur le marché de fixed income, c’est un peu plus délicat. Probablement le marché européen va se tenir mieux que le marché américain, donc avoir des actifs libellés en euros est probablement une meilleure chose que d’avoir des actifs libellés en dollars. Par contre sur le marché du crédit, on a une préférence pour les titres de crédits européens. Un peu comme la bourse, il y a la croissance qui repart, donc cela va soutenir les bénéfices de ces sociétés, et pour le moment ils ne sont pas en train d’augmenter le niveau de la dette, donc c’est un soutien.

Web TV www.labourseetlavie.com : Merci Guy Stear d’avoir été avec nous.

Guy Stear, responsable de la stratégie des marchés émergents et de crédit à la SG Cross Asset Research : Merci beaucoup.

 

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