Quand le banquier qui dirige Euronext augmente son salaire de 100.000 euros avant Noël

Stéphane Boujnah le patron de la Bourse estimait qu’il n’était pas assez payé à la tête d’Euronext !

En plein débat sur les #retraites et un an après la crise des #GiletsJaunes un « grand patron » démontre qu’il ne tient aucun compte du contexte économique général en France. Son salaire passera donc de 725.000 euros à 825.000 euros, une bonne nouvelle pour lui à la veille de Noël, passée totalement inaperçue ! Après avoir quintuplé son salaire entre 2015 et 2016, il démontre ainsi un savoir-faire que les dirigeants de sociétés cotées aimeraient bien voir se répercuter dans la diminution du prix de la cotation en Bourse !

C’est par un pur hasard que je suis tombé sur cette information, car je reçois comme tous les journalistes des milliers de mails, et celui-ci concernait l’Assemblée Générale Extraordinaire d’Euronext, la société qui gère la Bourse de Paris, et les bourses de Bruxelles, Amsterdam, Dublin, Oslo, Lisbonne. Une information qu’en général, sauf à traiter de ces sujets, finit à la poubelle, en + c’est bon pour la planète ! Et en plus il fallait cliquer sur « Additional Detail… »

Mais voilà, allez savoir pourquoi, je suis allé voir le document, un moment d’égarement sans doute et là, j’ai découvert comment tu pouvais t’ajouter 100.000 euros à ton salaire sans que personne ne bronche. Et çà commence par une petite phrase d’introduction comme ceci

« Proposition de modification de la politique de rémunération (point 6 du vote). Comme recommandé par le Comité des rémunérations au Conseil de surveillance lors de sa réunion du 30 juillet 2019, compte tenu de la reconduction du directeur général (voir point 3), (i) la transformation d’Euronext et (ii) la concurrence environnement dans lequel il opère, il est maintenant proposé à l’Assemblée Générale de modifier certaines mesures de la rémunération du CEO. »

Et puis vient le moment le plus passionnant  :

« La structure de rémunération restera composée du salaire fixe (NDA, jusque là tout va bien), une courte incitation à terme sous forme de récompense en espèces et une incitation à long terme sous forme d’actions et d’avantages en nature ».

Et voilà le moment de la justification, on s’attend à du lourd, on parle quand même d’Euronext la société en charge de la Bourse de Paris et des bourses européennes citées plus haut. Celle qui est censée rivaliser avec Londres pour l’attractivité des entreprises en Europe.

Et la surprise est de taille :

(i) La société est fondamentalement différente de ce qu’elle était en juin 2014 lorsqu’elle a été cotée et
date de fixation du niveau de rémunération du directeur général actuel. Depuis son introduction en bourse en 2014, Euronext a une capitalisation boursière qui a plus que triplé, passant de 1,4 milliard d’euros en 2014 à 4,7 milliards d’euros fin juin
2019″

In order to reflect this increased complexity of the company and its environment, to remain competitive in Euronext reference market and to provide an appropriate ratio between the variable and fixed remuneration components and accentuate the long-term value creation for the company in accordance with the Dutch Corporate Governance Code recommendations, it is proposed to (i) increase the fixed annual remuneration of the CEO and Chairman of the Managing Board from € 725,000 to € 825,000, (ii) to keep the short term incentive target unchanged, and (iii) to increase the long term incentive % target from 100% to 150% with a maximum of 300%. »

C’est donc une nouvelle jurisprudence instituée par Euronext et ceux qui ont pris cette décision, la « capitalisation boursière » comme argument principal d’une augmentation de salaire !

Quel investisseur peut considérer cela comme « fair » ?

Au fait la capitalisation boursière c’est quoi ? : Il s’agit de « la valorisation au prix de marché de l’ensemble des actions en circulation d’une société par actions ».

Cela voudrait donc dire que Stéphane Boujnah Pdg d’Euronext serait l’homme qui aurait été seul à l’origine de la hausse du titre Euronext ! Aucun investisseur sérieux ne peut croire à cela !

La capitalisation boursière résulte aussi de phénomènes externes à l’entreprise, comme par exemple la politique monétaire, la situation économique mondiale et locale, si un Pdg pouvait à lui seul le faire cela se saurait depuis longtemps. Et puis dans ce cas nous sommes d’accord si un krach ou une baisse sévère survient, le salaire baissera en conséquences

Cela fait trente ans que je suis la Bourse et j’ai rarement vu cet argument avancé par un patron Français, même si en interrogeant Loïc Dessaint, le Directeur Général de Proxinvest, ce dernier me confirme que cela arrive « notamment lors de fusions d’entreprises comme celles de Essilor -Luxxotica » mais que « du côté des actionnaires institutionnels, en général le taux d’opposition à ce type de résolution est plus important ».

Et puis comment justifier que des dirigeants qui ont eu des actions gratuites qui leur ont été attribuées il y a quelques années profitent en + d’une hausse de leur patrimoine personnel, grâce à la meilleure capitalisation boursière.

C’est vouloir le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière !

J’ai du côté des PME et des ETI plutôt entendu des dirigeants entreprises et j’en ai vu des milliers au cours des dernières années me dire, « oh vous savez le cours de Bourse, je n’y peux rien… », mais aucun : « c’est grâce à moi que le cours de Bourse et la capitalisation boursière de l’entreprise que je dirige a fait fois 3 ».

Mais alors comment se fait-il que Stéphane Boujnah a pu sortir cet argument ? Parce qu’il ne risquait sans doute rien à le faire avec un conseil d’administration acquis à sa cause. Patron d’Euronext depuis 2015, sa carrière précédente fut à la fois politique et dans la banque. Ancien DSK Boy, et de Santander, le journal Le Monde titrait à son arrivée « Stéphane Boujnah, un socialiste à la Bourse » un socialiste qui sait bien manier la moulinette à euros.

Il vient discrètement de le confirmer, puisque avant la publication de cette article, même Médiapart n’était pas au courant ! 

Je suis la Bourse depuis 30 ans, depuis le 15 décembre 1989, j’ai vu la Société des Bourses Françaises (SBF) devenir Euronext, j’aurais bien aimé qu’en 2019, soit 4 ans après son arrivée, Stéphane Boujnah démontre ses capacités avec un #Brexit historique pour la Bourse de Paris, dont nous avons pas profité à ce jour, amène en Bourse de nombreuses PME et ETI françaises, diminue les charges qui pèsent sur ces entreprises avec la cotation en Bourse  à Paris justement, pour qu’enfin, nous puissions rivaliser avec l’Allemagne sur ce plan.

Alors que les banquiers « rachetaient la Bourse » comme j’avais pu l’écrire dans la Tribune en 1991, les dernières charges d’agents de change intégrant les grands réseaux bancaires, qu’en ont-il fait 28 ans plus tard ? Ce #Brexit historique était une occasion unique pour Euronext qui certes n’est pas que Paris, de prendre de l’avance, elle ne l’a pas fait. Et les sorties de la cote continuent.

Une fois le Brexit réalisé, le choc va être rude car les Anglais spécialistes du genre auront beau jeu de doper leur place financière, c’est tout ce qu’il leur reste, au détriment des marchés financiers continentaux.

« La Bourse de Paris est morte » m’ont déjà dit certaines agences de communication financière, qui sont désormais concurrencées par Euronext directement sur leurs offres de services, même si Euronext estime ne « pas faire leur métier ».

Et tous les observateurs avertis de la Bourse de Paris, oui c’est un petit monde que l’on connait par coeur, ont pu constater qu’au delà de ses services principaux (la Bourse et son fonctionnement expliqué ici par la finance pour tous), Euronext a « oublié » faute de concurrence sérieuse en France, « ils ont tué Alternativa » me confie un boursier, de trouver des entreprises pour la Bourse comme lors de la création du Second Marché dans les années 80 qui avait été pour des entreprises régionales une opportunité unique.

Euronext n’a eu de cesse de diversifier ses activités me confie un ancien de la maison, « c’est 1% de leur activité, mais ils n’ont aucune autre stratégie », Euronext vient de racheter récemment un fournisseur de DATA sur les OPCVM (OPCVM360), il avait pu aussi se diversifier avec un fournisseur de services néerlandais pour des webcasts qu’il vend aux entreprises, et on peut voir des représentants d’Euronext lors des évènements investisseurs / émetteurs, qui démarchent les entreprises directement pour leur vendre du conseil ou ce type de services également, comme si la cotation en Bourse à Paris ne coutait pas si chère et qu’il fallait faire un chèque en + à Euronext.

Certains émetteurs m’ont clairement dit que c’était « too much » ! Et les agences de communication financière ont eu peur, peur de déplaire à Euronext en disant à Euronext de faire son métier principal, de bien le faire, avant de faire le métier de conseil en communication corporate !

Des anciens salariés d’Euronext m’ont dit la même chose et c’est pour çà qu’ils étaient parti de l’entreprise, qui selon eux n’avait pas pour priorité de faire venir des PME en Bourse.

Last but Not Least, Euronext comme indiqué au début de cet article n’est pas que la Bourse de Paris, mais le Ministre de l’Economie Bruno Le Maire sait-il qu’il s’agit d’une société hollandaise ?

Euronext NV est une société holding de droit néerlandais, dont le siège social est situé à Amsterdam. Elle a été créée le 20 juillet 2000.

Depuis lors, il est clair que la Bourse de Paris qui compte pourtant avec la France le plus grand nombre de PME n’a pas été sa priorité, c’est la différence entre les discours des énarques et la réalité, la réalité fait mal, et leurs discours sonnent creux !

 

Sources : https://www.euronext.com/sites/default/files/financial-event-doc/2019-09/Additional%20details%20for%20EGM%202019.pdf et https://www.euronext.com/en/investor-relations/financial-calendar/egm-8102019

 

 

 

 

 

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